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«C’était une démarche thérapeutique» - Robert Lalonde

Quebec

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

Dans la nuit du 26 décembre 2018, Robert Lalonde et sa conjointe ont tout perdu dans un incendie qui a totalement dévasté leur maison de campagne, qu’ils habitaient depuis 40 ans. En une soirée, quatre décennies de souvenirs et d’objets, dont les 4000 livres de M. Lalonde, sont parties en fumée. L’homme en a fait un récit, qu’il nous offre dans son nouvel ouvrage, «La reconstruction du paradis».

Monsieur Lalonde, qu’est-ce qui vous a amené à vouloir faire un récit de cette tragédie?

Je suis écrivain et je me suis dit que si j’écrivais sur l’incendie de ma maison et la perte de tout, je passerais peut-être au travers plus facilement. C’était une démarche thérapeutique en fin de compte qui m’a aidé à comprendre ce que je vivais. Ça m’a aussi permis de réaliser que c’était peut-être un mal pour un bien, puisque ça nous a amenés à changer de vie. Nous avons emménagé dans une nouvelle maison, qui est assez extraordinaire et qui demande beaucoup moins d’entretien que la précédente. C’était un endroit difficile à entretenir, et nous prenons de l’âge. Ce livre est comme un journal que j’ai tenu et que j’ai finalement adressé aux lecteurs.

Perdre 4000 livres, est-ce que ç’a été un deuil pour vous? Avez-vous envie de les remplacer?

Ça faisait des années que je faisais le tour de ma bibliothèque en me disant qu’il faudrait que j’élague. J’avais beaucoup trop de livres, que j’aurais pu donner. Je passais à travers des fois, mais ça me décourageait, alors je reportais le projet de ce grand ménage. Finalement, le feu a décidé pour moi. Ç’a été assez radical et ça a nettoyé mes rayons au point de les faire disparaître! Je vais toujours me souvenir de cette image des pompiers qui tentent de sortir mes livres des ruines. Les livres sortaient par paquets gelés par l’eau. Je leur ai dit de laisser tout ça là. Cette table rase a fait du bien et ç’a été libérateur. J’ai remplacé certains livres auxquels je tenais, mais la page est tournée. Je fréquente maintenant les bibliothèques; c’est moins encombrant.

Est-ce que cette épreuve a changé votre rapport au matériel?

Complètement. On s’est rendu compte qu’on avait trop de choses et qu’on avait beaucoup trop accumulé. Il y avait beaucoup de souvenirs dans cette maison, et nos amis sont tous venus sur les lieux de l’incendie pour que nous fassions notre deuil. Mais on a vite compris que ces souvenirs-là sont à l’intérieur de nous et qu’on les porte avec nous.

Pourquoi avoir choisi de ne pas reconstruire au même endroit?

Au départ, on avait fait des plans de reconstruction. Mais finalement, on s’est dit qu’on avait peut-être fait le temps qu’on devait faire à cet endroit et qu’on n’avait pas envie de construire sur une ruine. Alors notre fille a trouvé la maison idéale sur internet, et voilà!

Avez-vous un nouveau projet littéraire en chantier?

Oui, tout le temps! Surtout qu’en ce moment nous ne pouvons pas jouer au théâtre. Donc j’écris des pièces de théâtre, même si je ne sais pas quand elles seront jouées. J’écris aussi des correspondances avec de jeunes écrivains. Je me garde occupé et, comme tout le monde, j’ai bien hâte que cette pandémie passe.

Le roman «La reconstruction du paradis», publié aux Éditions Boréal, est disponible en librairie.