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Passeport vaccinal : le gouvernement a de sérieuses questions à évaluer

L’idée du passeport vaccinal qui permettrait de donner accès aux personnes vaccinées à certains lieux, comme les restaurants, aux voyages, et à d’autres pays, serait peut-être précipité puisque que le vaccin contre la COVID, même s’il montre des résultats préliminaires encourageants, n’a pas encore fait ses preuves.

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C’est du moins ce que croit la professeure Roxane Borgès Da Silva, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, en entrevue avec Mario Dumont. 

«Un passeport vaccinal c’est quelque chose de très intéressant lorsqu’il y a plusieurs caractéristiques de réunies. Par exemple, dans la vaccination contre la grippe, le vaccin nous protège, et protège les gens autour de nous. [...] Dans le cas de la COVID, il reste encore beaucoup de choses à connaître, beaucoup d’études à venir pour s’assurer que le vaccin, lorsqu’on l’a reçu, nous empêche de contaminer les autres et d’attraper la COVID», explique Mme Borgès Da Silva. 

Par ailleurs, la durée de l’immunisation obtenue grâce au vaccin n’est pas encore clairement déterminée. «Est-ce qu’il y aura une date de péremption sur le passeport? Est-ce qu’un an après le vaccin est toujours efficace?», se questionne Mme Borgès Da Silva. 

Elle considère qu’un passeport vaccinal mettrait également des barrières à l’accès notamment pour les personnes qui ne peuvent le recevoir : femmes qui allaitent ou encore personnes allergiques. 

«Avoir un passeport vaccinal qui interdit l’accès à certaines personnes... on met des barrières à l’accès de manière un peu précipitée. On va exclure des personnes alors qu’on n’a pas encore les données», insiste-t-elle. 

Tourisme 

De nombreux pays songent néanmoins à exiger ce type de passeport-vaccin pour permettre aux touristes d’entrer sur leur territoire.  

«Les pays du sud ou la Grèce dont le tourisme représente une grande proportion du PIB, ont un intérêt et souhaitent avoir ces éléments-là. Mais le passeport vaccination nous protège seulement individuellement. Même si moi je suis vaccinée et je m’en vais dans un de ces pays, je ne protège peut-être pas les gens autour de moi. Quel est l’intérêt de ce passeport si on ne protège pas les gens autour de nous?», se questionne l’experte. 

En plus des questions éthiques, il faudra s’assurer de la sécurité des données d’un tel document que l’on souhaiterait informatisé. 

«Si c’est digital, est-ce que les données vont être sécurisées? Confidentielles? Qui vas-y avoir accès? Ce sont toutes des questions que les gouvernements doivent se poser avant de lancer rapidement l’idée qu’on va le mettre en place», considère-t-elle.

Le ministre de la Santé Christian Dubé a confirmé jeudi en point de presse que le gouvernement évaluait la possibilité de mettre en place un tel passeport, à l’instar de plusieurs autres pays dans le monde.

«Pour moi, un passeport vaccination digital, c’est tout à fait normal. On a des équipes qui sont en train de regarder ça», a-t-il laissé entendre.

Un Québécois qui aurait reçu les deux doses du vaccin contre la COVID-19 pourrait, par exemple, présenter sa certification vaccinale numérique à l'entrée d'une salle de spectacle afin d'y avoir accès.

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