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Protection du patrimoine bâti : des citoyens ne lâchent pas prise

Les efforts de citoyens de Lanaudière pour la sauvegarde de maisons ancestrales de leur village ramènent au-devant de la scène les lacunes criantes du Québec en matière de protection de son patrimoine bâti.

Un groupe de citoyens s’est formé l'an dernier dans la municipalité de Saint-Ambroise-de-Kildare pour empêcher la démolition d'une maison ancestrale – la maison Laporte - datant de 1900, qui est malgré tout tombée sous le pic des démolisseurs le 30 octobre dernier pour être remplacée par deux immeubles de 12 logements actuellement en construction.

Un changement au règlement de zonage effectué en juillet 2019 permet la construction de multilogements sur une partie de la rue Principale, où se trouvent d’autres maisons anciennes.

«Donner aux municipalités le pouvoir de décider en matière de préservation du patrimoine, c’est continuer de laisser entrer le loup dans la bergerie», accuse Johanne Saulnier, porte-parole du Groupe de la Principale à SAK.

Décidés à ne pas lâcher prise

Le groupe, s'il n'a pas réussi à sauver la maison Laporte, se félicite d’avoir pu obtenir récemment, une suspension d’initiatives du conseil municipal liées à de nouvelles constructions. Il avait notamment soumis une pétition de plus de 480 noms (qui est maintenant rendue à plus de 500 signatures) et des lettres d’opposition signées par plus de 60 résidents des secteurs concernés.

La pétition demande un moratoire sur ces projets et sur tout permis de démolition, d’abattage d’arbres et de nouvelles constructions sur l’ensemble de la rue Principale d’est en ouest.

«On a un beau village et on veut le conserver, a pour sa part mentionné François Desrochers, maire de Saint-Ambroise-de-Kildare depuis 24 ans. Mais on a l’obligation de densifier pour ne pas se faire «gober» par les plus grosses villes autour.»

Ce dernier a aussi dit qu’il y a un comité du patrimoine depuis 1997 dans sa municipalité et que les maisons du côté est du village ont été bâties dans les années 1970.

Sensible à la problématique de la protection du patrimoine bâti, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, mise sur le projet de loi 69 modifiant la Loi sur le patrimoine culturel afin notamment de mieux encadrer l’intervention municipale.

Le projet de loi est à l’étude en commission parlementaire depuis la mi-novembre.

«Les villes ont eu des pouvoirs, mais pas des devoirs, a expliqué la ministre Roy, en entrevue. La protection du patrimoine ne sera plus optionnelle.»

Mme Roy soutient qu’avec cette nouvelle législation, les villes devront se doter d’un règlement pour l’octroi des permis de démolition, soulignant que 60 % des villes n’en ont pas.

«Ça fait que pratiquement n’importe qui peut se pointer dans une ville et l’obtenir plus facilement qu’acheter un paquet de gomme au coin de la rue», a déploré la ministre.

«C’est là que va commencer un processus rigoureux d’analyse lorsqu’il s’agira d’un bâtiment patrimonial, a-t-elle ajouté. Et ce permis ne sera pas donné facilement, bien au contraire.»

Il y aurait donc l’obligation d’un avis public, d’une audience publique, d’une possibilité d’appel des citoyens et même une possibilité de désaveu par les MRC.

Et la future loi obligera également les villes à se doter d’un règlement pour forcer l’entretien des bâtiments patrimoniaux.

«On va aussi s’assurer que les villes puissent émettre des constats d’infractions assez juteux pour forcer l’entretien», a ajouté la ministre.

Elle a même parlé d’amendes pouvant aller jusqu’ au quart de million si un propriétaire ne fait pas l’entretien.

Serge Joyal, ancien sénateur et spécialiste en patrimoine bâti, croit pour sa part qu’il faudrait à la place un office de protection du patrimoine.

«Ça permettrait d’avoir un arbitre neutre, c’est-à-dire une autorité qui aurait la responsabilité d’adjuger entre les besoins de développements et les pressions faites sur les villes pour obtenir des permis de démolition », a expliqué M. Joyal, qui a lui-même contribué à sauver plusieurs maisons ancestrales, dont une maison canadienne en pierres taillées à Saint-Charles-Borromée, lorsqu’il n’était âgé que de 18 ans.

«Et cet office serait aussi nécessaire pour reconnaître que le patrimoine est un bien public qui appartient à tout le monde. Ça fait partie de notre héritage commun», a ajouté l’homme de 76 ans, qui croit aussi que les villes sont en conflit d’intérêts dans leur rôle de décideurs en termes de patrimoine.

Questionnée à ce sujet, Mme Roy a mentionné que le gouvernement ne veut pas multiplier les structures.

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