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Gestion de la pandémie: les forces et les faiblesses du Québec

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Photo pool la presse canadienne/Paul chiasson

La pandémie de COVID-19 qui fait rage depuis un an a mis en lumière les forces et les faiblesses du Québec face à la menace épidémiologique. Voici un tour d’horizon des bons coups, des moins bons coups et des leçons qu’il faut tirer de cette crise qui est loin d’être terminée. Pour l’occasion, Le Journal s’est entretenu avec le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ, le Dr Quoc Dinh Nguyen, interniste-gériatre au CHUM, et la Dre Caroline Quach, pédiatre et infectiologue au CHU Sainte-Justine. 

• À lire aussi: Un an de pandémie: François Legault ne voit pas comment il aurait pu faire mieux

  • Écoutez nos extraits d’entrevue avec François Legault ici   

LE QUÉBEC PAS PRÉPARÉ

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Photo Joël Lemay

« Quand arrive la pandémie, ce n’est plus le temps de se préparer ! », lance le Dr Gaston De Serres. Et prévoir, c’est assurément avoir des entrepôts bien garnis d’équipements médicaux et de protection individuelle, mais aussi avoir des résidences pour aînés bien financées et pourvues de suffisamment de personnel. « On n’était pas prêt. On a ramassé le fruit de plusieurs années de sous-investissements dans les établissements qui s’occupent des personnes âgées », constate-t-il. Le Québec aurait eu un meilleur bilan s’il n’avait pas tardé à tester les travailleurs des CHSLD, à s’assurer d’une utilisation rigoureuse des équipements de protection et à instaurer rapidement les zones froides et les zones chaudes, ajoute le Dr Quoc Dinh Nguyen. « Il n’a jamais manqué d’équipement de protection dans les réserves gouvernementales, mais il en a manqué sur le terrain. En termes de distribution, en termes de logistique, il aurait fallu se préparer bien plus tôt ». 

DU RENFORT BIENVENU DANS LES CHSLD

preposes beneficiaires covid 19

Photo d'archives

Au printemps dernier, le manque criant de main-d’œuvre dans les CHSLD a ouvert la porte au virus, qui a fait des ravages chez nos aînés vulnérables. Le Dr Quoc Dinh Nguyen salue la décision de François Legault d’embaucher massivement près de 10 000 préposés aux bénéficiaires, qui ont suivi une formation accélérée durant la période estivale. Un renfort qui a probablement contribué à éviter une autre hécatombe dans les CHSLD durant la seconde vague de l’épidémie. « De former autant de PAB qui arrivent sur le terrain, qui prêtent main-forte, ça amène beaucoup d’air frais, c’est un bon coup qu’il faut souligner », déclare-t-il. Même s’il y a eu des départs depuis le début de la formation, le gouvernement Legault soutient que ce programme accéléré de recrutement a permis d’ajouter 7666 PAB dans les CHSLD. 

VIVE L’ÉCOLE !

Écoles Étudiants distanciation

Photo Jonathan Tremblay

Rarement a-t-on vu des enfants et des adolescents aussi pressés d’aller en classe, même masqués et badigeonnés de Purell. Le Québec a misé juste en maintenant une fréquentation scolaire en personne « à peu près adéquate » depuis le début de la pandémie, selon la Dre Caroline Quach. « J’espère en tout cas qu’il y aura eu moins d’impact sur la santé et le développement de nos enfants ». Elle signale que d’autres provinces, notamment au Canada, ont gardé les écoles fermées beaucoup plus longtemps. « Le reste de mes collègues dans les autres provinces se battent pour que les écoles rouvrent », dit-elle. Malheureusement, bien des jeunes Québécois ont été privés de leurs activités sportives, mais le gouvernement a fait des choix en se basant sur les recommandations de la Santé publique. 

LA VACCINATION, L’ÉPINE AU PIED DU CANADA

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Photo Paul Chiasson

Il faut apprendre de ses erreurs. Les retards dans l’approvisionnement des vaccins freinent notre combativité face à la COVID-19. « La plus grosse épine dans notre pied, au niveau canadien, c’est vraiment la disponibilité des vaccins. Il faut qu’on ait une certaine autonomie de production », plaide la Dre Caroline Quach. La capacité limitée du Canada de produire des vaccins et plus largement des médicaments et de l’équipement de protection individuelle doit servir de leçon pour l’avenir. Selon le Dr Gaston De Serres, il ne faut pas se surprendre que nos voisins américains et même les pays européens rechignent à fournir le Canada. « Les politiciens de chaque pays sont au service de leur population et c’est sûr que s’il se produit des doses de vaccins dans leur pays [qui] s’en vont à l’étranger avant de servir à immuniser des gens du pays, ça ne passe pas ». 

CENTRALISATION ET MANQUE DE TRANSPARENCE

La pandémie a mis en lumière les lacunes du réseau de la santé québécois, devenu hypercentralisé depuis la réforme Barrette. « C’est la recette pour que ça puisse être problématique pour pouvoir s’adapter à la réalité du terrain », avance le Dr Gaston De Serres. Un avis que partage la Dre Caroline Quach, aux premières loges pour constater les faiblesses du système. « Les décisions sont prises au central et sont envoyées dans le réseau pour qu’on les applique. Mettons qu’on n’a pas grand-chose à dire en réponse à ce qui est envoyé, même si ça ne s’applique pas nécessairement à notre milieu », signale la pédiatre. Le Dr Quoc Dinh Nguyen estime que le gouvernement et les autorités de santé publique auraient gagné à être plus transparents dès le début. « Il y aurait eu moyen, sur les masques, sur l’incertitude des masques, sur la transmission asymptomatique d’être beaucoup plus transparent et de reconnaître l’incertitude ».