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Multimillionnaires à 29 ans grâce à des motoneiges électriques

De gauche à droite, les trois fondateurs de Taiga Motors : Paul Achard, Samuel Bruneau et Gabriel Bernatchez avec la EKKO.

Photo courtoisie

De gauche à droite, les trois fondateurs de Taiga Motors : Paul Achard, Samuel Bruneau et Gabriel Bernatchez avec la EKKO.

Trois jeunes Québécois sont sur le point de devenir multimillionnaires grâce à leur entreprise de véhicules hors route électriques qui s’apprête à entrer en Bourse.

En avril, lorsque ses actions commenceront à être négociées à la Bourse de Toronto, Taiga Motors vaudra environ un demi-milliard de dollars ! 

« Ça ne nous affecte pas trop, assure au Journal le PDG de Taiga, Samuel Bruneau. Nous, on a nos gros défis au quotidien : on veut être capables de livrer nos véhicules, de faire la montée en production. Mais comme fondateurs, ça nous enlève un peu de stress de savoir qu’on va avoir toutes les ressources nécessaires pour faire tout ce qu’on veut faire. »

Tous âgés de 29 ans aujourd’hui, Samuel Bruneau, Gabriel Bernatchez et Paul Achard ont fondé Taiga en 2015. Ils se sont connus alors qu’ils étudiaient en génie à l’Université McGill.

« On a vu l’occasion de marier ce qu’on avait appris à McGill et ce qui s’annonçait possible avec les technologies électriques, pour faire des motoneiges, des motomarines et des véhicules hors route qui seraient capables de concurrencer les meilleurs modèles à combustion », raconte Samuel Bruneau.

L’objectif de Taiga ? « Faire un peu comme Tesla et devenir le leader dans tout ce qui est électrification hors route », dit-il.

Les géants du marché, Bombardier Produits récréatifs (BRP), Polaris et Yamaha, n’ont pas encore lancé de motoneiges ni de motomarines électriques. Le défi est de faire entrer suffisamment de batteries dans ces petits véhicules pour générer la performance que recherchent les amateurs.

« Si tu prends une motoneige à combustion traditionnelle et que tu essaies de faire une conversion électrique, ça va être très difficile parce que tu ne vas pas avoir assez d’espace », expose M. Bruneau. 

Plus de 100 000 heures de tests 

Taiga y est parvenu en concevant sur mesure plus de 2000 composants. L’entreprise a déposé une vingtaine de demandes de brevets et effectué plus de 100 000 heures d’essais.

Résultat : en cinq ans de travail, la motoneige de Taiga est passée d’une autonomie d’une cinquantaine de kilomètres à environ 140 kilomètres. La puissance a doublé pour atteindre l’équivalent de 180 chevaux-vapeur.

Taiga a aussi mis beaucoup d’efforts pour s’assurer que les batteries ne souffriraient pas trop du froid. En trouvant des façons novatrices de les isoler, les ingénieurs ont réussi à limiter à 5 % la perte de puissance à -30 °C comparativement à 0 °C.

Déjà plus de 1500 précommandes 

L’entreprise a déjà reçu plus de 1500 précommandes pour ses véhicules. Les premières motomarines doivent être livrées cet été alors qu’on vise l’automne pour les motoneiges. 

L’annonce de l’entrée en Bourse n’a fait qu’accroître l’engouement, notamment auprès des consommateurs qui sont déjà propriétaires d’une voiture électrique.

Taiga assemblera les premières unités à son usine pilote de Montréal, mais elle lancera bientôt la construction d’installations qui pourront produire 60 000 véhicules par année. 

« Nos investisseurs viennent surtout de l’extérieur – de l’Ontario, des États-Unis – mais pour nous, c’était important de rester ici. La motoneige a été inventée au Québec, alors on est très fiers de pouvoir la réinventer ici aussi. »  

  • Taiga voit grand : en 2025, ses fondateurs prévoient vendre 76 000 motoneiges, motomarines et véhicules côte à côte par année, ce qui générerait des revenus de plus de 1,3 milliard $.    

Incapable de se financer ici, il s’inscrit au Nasdaq  

Las d’attendre le soutien financier de Québec et d’Ottawa, un entrepreneur spécialisé dans les moteurs de bateau électriques a dû se tourner vers des investisseurs américains.

« Malheureusement, on est obligés d’aller voir nos voisins. Je trouve ça dommage, surtout que le gouvernement [du Québec] annonce qu’il veut électrifier les transports », lance au Journal Alexandre Mongeon, président de Vision Marine Technologies.

La PME de Boisbriand, au nord de Montréal, a recueilli plus de 27 millions $ en inscrivant ses actions au Nasdaq, la Bourse américaine spécialisée dans les entreprises technologiques.

Frénésie boursière 

À l’instar du constructeur d’autobus et de camions Lion Électrique de Saint-Jérôme ainsi que du producteur de véhicules hors route Taiga Motors (voir autre texte), Vision Marine a profité de la frénésie monstre qui entoure la mobilité électrique depuis quelques mois.

Ancien compétiteur dans des courses de bateaux, M. Mongeon construit des embarcations depuis plusieurs années avec l’aide d’une petite équipe de spécialistes.

Sa vie a changé en 2015 lorsqu’il a rencontré, lors d’une compétition, le célèbre olympien québécois Ian Bruce, co-inventeur du populaire dériveur Laser. M. Bruce est mort l’année suivante à l’âge de 82 ans.

Alexandre Mongeon s’est alors donné le défi de concevoir un ensemble de motorisation électrique performant pour bateaux. 

Moteur E-Motion 

Vision Marine a atteint son objectif en créant le moteur E-Motion, qui doit permettre de remplacer des hors-bord de 175 chevaux-vapeur avec une autonomie équivalente à un réservoir d’essence de 85 litres. Rien de comparable aux petits moteurs électriques utilisés depuis longtemps par les pêcheurs !

« Pour l’instant, on n’a pas de véritable concurrent, on est les seuls », soutient M. Mongeon.

L’entreprise commencera à prendre les commandes dans quelques semaines et prévoit livrer ses premiers moteurs d’ici la fin de l’année. Pas moins de 11 constructeurs de bateaux offriront l’E-Motion à leurs clients.

« Environ 350 000 moteurs hors-bord ont été vendus en Amérique du Nord l’an dernier et pour commencer, on espère aller chercher 0,5 % de ça, ce qui représente 1750 moteurs par année », indique M. Mongeon.