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Un an de pandémie: François Legault ne voit pas comment il aurait pu faire mieux

Le gouvernement Legault reste populaire malgré le triste bilan du Québec face à la pandémie. Le premier ministre croit que cette situation s’explique facilement : les Québécois savent que les gouvernements précédents ont négligé les CHSLD.

Photo Stevens LeBlanc, Journal de Québec

Le gouvernement Legault reste populaire malgré le triste bilan du Québec face à la pandémie. Le premier ministre croit que cette situation s’explique facilement : les Québécois savent que les gouvernements précédents ont négligé les CHSLD.

Malgré un bilan de plus de 10 000 victimes après un an de pandémie, François Legault ne voit pas comment il aurait pu faire mieux, vu la vétusté des CHSLD, les coupes libérales en santé et la semaine de relâche survenue au mauvais moment.

« Qu’est-ce que j’aurais pu faire de plus, étant donné que c’est nous qui avons été les plus prudents ? » laisse tomber le premier ministre en entrevue avec notre Bureau parlementaire, dans ses bureaux de Québec, où il revient sur la pandémie qui fait rage depuis un an.

Le premier ministre admet avoir été frustré par les débats scientifiques sur l’usage des tests rapides et la ventilation dans les écoles par exemple. « La science s’ajuste aussi au fur et à mesure », dit-il.

Il maintient que sa décision de privilégier les tests PCR, plus précis, et celle de recommander l’ouverture des fenêtres plutôt que d’installer des purificateurs d’air dans les écoles étaient les bonnes.

Photo Stevens LeBlanc

Et il a fait confiance à la Santé publique malgré les critiques d’universitaires.

Devant CNN toute la nuit 

Mais il ajoute qu’au début de la pandémie, il écoutait parfois la chaîne américaine CNN toute la nuit tout en lisant sur internet tout ce qui s’écrivait sur la COVID dans le monde.

« Dès que je voyais une mesure que je jugeais intéressante, j’allais plus loin que ce que me recommandait ma Santé publique. On a été la première province à fermer les écoles, à fermer les entreprises » souligne-t-il.

Photo Stevens LeBlanc

La publication récente d’avis de la Santé publique démontre d’ailleurs que le gouvernement a souvent été plus sévère que ce que recommandait le Dr Arruda, à l’égard des restos, des gyms et des cinémas notamment.

Cette crise aura aussi permis de réaliser l’importance de la Santé publique, qui avait subi d’importantes compressions sous l’administration de Gaétan Barrette, dit le premier ministre.

« On a donné un budget supplémentaire [de 106 M$] au Dr Arruda pour qu’il puisse avoir tout le personnel nécessaire », a-t-il dit.

Populaire malgré tout 

Le Québec, qui a récemment franchi la barre des 10 000 décès causés par la COVID-19, compte près de la moitié de tous les morts au Canada. Et pourtant, la popularité de la CAQ, et de son chef François Legault, n’a pas été affectée par ce triste bilan.

Le premier ministre l’explique ainsi : nous avons surtout souffert dans les CHSLD, et tout le monde sait que les centres d’hébergement longue durée « ont été l’angle mort de beaucoup de gouvernements », dit-il.

Et, ajoute-t-il, c’est sans compter les compressions du PLQ : de nombreux centres n’avaient ni patrons ni responsables des équipements de protections individuelles, des postes abolis dans le passé.

Il cite l’ex-PM Pauline Marois, qui a fait ce constat en avril dernier. « C’est l’ensemble des gouvernements qui se sont succédé. On a fait fausse route et aujourd’hui on en paie le prix », avait-elle dit à TVA Nouvelles.

Les préposés aux bénéficiaires 

M. Legault estime que son gouvernement a donné un coup de barre après la première vague. Il pointe l’opération de recrutement des préposés aux bénéficiaires. « On va avoir ajouté plus de 8000 préposés. C’est plus de 30 % des effectifs » laisse-t-il tomber.

Mais pourquoi les autres provinces ont-elles mieux performé que le Québec ? Chapelet de statistiques en main, M. Legault rétorque que la semaine de relâche a provoqué une première vague plus dure au Québec et que lorsqu’on le compare aux pays du G7, seuls le Canada et l’Allemagne ont fait mieux.

Plusieurs questions sont toutefois sans réponses : Québec aurait-il dû annuler sa semaine de relâche ? A-t-on commandé assez tôt des équipements de protection ? Pourquoi ne pas avoir plus rapidement exigé le port du masque ? C’est la commissaire à la Santé Johanne Guay qui donnera des réponses, rétorque M. Legault. Pas question de faire une enquête publique, qu’il associe à un spin des partis d’opposition.

Le PLQ n’a pas aidé 

Il critique également le virage des libéraux durant la pandémie : avec l’arrivée de Dominique Anglade comme cheffe, le PLQ s’est mis à critiquer les mesures de santé publique.

« De voir Monsef [Derraji] et Dominique [Anglade] laisser entendre que certaines mesures n’étaient pas les bonnes. On essaye d’expliquer aux Québécois que c’est important de suivre les consignes, et là on a quelqu’un qui vient dire le contraire ou à peu près », dénonce-t-il.

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Rester après 70 ans pour relancer l’économie  

François Legault renonce à l’idée de partir après un deuxième mandat, comme il l’a déjà dit dans le passé. Le virage que doit prendre l’économie québécoise l’intéresse davantage que la retraite. Il s’explique sur cette question avec Le Journal et expose comment il envisage le Québec post-pandémie.          

Vous avez déjà dit dans le passé que vous ne souhaitiez pas vous éterniser en politique. Pourquoi ce changement ?

L’économie. On a un écart de richesse monstrueux avec l’Ontario, avec le reste du Canada et les États-Unis. Si on récupère un 1 % de PIB par année, ça va prendre 15 ans pour être aussi riche que le reste du Canada. 15 ans. Être aussi riche que le reste du Canada, arrêter de recevoir 13 milliards de péréquation, ça va prendre trois ou quatre mandats. Je ne dis pas que je vais faire trois, quatre mandats. Ce que je dis, c’est que je suis ouvert. Ça va dépendre de ma santé. Si je suis en santé comme aujourd’hui, je vais rester. Mais un moment donné, j’ai 63 ans. Je vais être comment dans 10 ans, à 73 ans, je ne sais pas. 

Est-ce que la victoire de Joe Biden, qui est devenu président des États-Unis à 78 ans, vous a inspiré ?

Je ne sais pas si ça m’inspire, moi, mais ça en inspire autour de moi qui me rappellent cet exemple. Je ne sais pas comment je vais être en forme à 70 ans, et à 75 ans, mais il reste beaucoup de travail à faire. On a une nouvelle économie à mettre en place dans les technologies de l’information, avec le télétravail, la vente en ligne, toute l’innovation s’est accélérée.

Quel a été l’impact de la pandémie sur cette décision ?Avez-vous l’impression de vous être fait voler votre premier mandat ?

Non, je regarde tous les engagements qu’on a pris en 2018. Je crois qu’on va tous les respecter, d’ici octobre 2022. On a travaillé très fort avec Pierre Fitzgibbon [...] et là, franchement, tous les projets (qui sont en développement), ça va être le fun dans la prochaine année. Je trouve ça très excitant. 

Et ce virage de l’économie québécoise, comment l’envisagez--vous ?

Il y a beaucoup de choses à dire, les Québécois se sont habitués à acheter québécois, et ce n’est pas juste vrai en agroalimentaire. On parle du manufacturier. Avec les relations qui ne sont pas très bonnes avec des pays comme la Chine, on regarde la mécanisation, la robotisation. Être capable de grossir la taille de nos manufacturiers, et remplacer des importations par des produits faits au Québec.

On a beaucoup parlé de pénurie de main-d’œuvre dans les dernières années. Y aura-t-il assez de travailleurs ? 

On va avoir besoin, je n’exagère pas, de dizaines de milliers de personnes en technologie de l’information. Je travaille avec le ministre du Travail, Jean Boulet, pour requalifier des travailleurs. Il y a beaucoup de gens qui travaillaient dans les magasins qui ne retrouveront pas leur emploi. On regarde pour mettre des incitatifs pour que des gens qui ont perdu de façon permanente leur emploi dans des magasins au détail se requalifient dans les TI : en les soutenant financièrement pour aller étudier, ou est-ce qu’on leur paye un salaire pour étudier, par exemple.


UNE DEUXIÈME VIE POUR LES CENTRES-VILLES

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Photo d'archives

Les grands perdants de la pandémie ? Les centres-villes et les centres d’achat. « Dans les centres-villes comme à Montréal, comme les gens ont plus de télétravail, il va y avoir beaucoup de locaux de libres », dit François Legault. Il espère en profiter pour y attirer plus d’entreprises, notamment dans le domaine des TI, mais une partie de ces tours seront converties en logements. « Même chose en banlieue : beaucoup de centres d’achat vont devoir se trouver une nouvelle vocation ». 


 APRÈS LES AVIONS, LES SATELLITES

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Photo d'archives

Les ventes d’avions ont piqué du nez avec la pandémie, et la situation prendra un certain temps avant de se rétablir. Pour soutenir sa filière aéronautique, le Québec doit se tourner vers les satellites, déclare François Legault. La récente annonce d’un appui financier au projet de Lightspeed n’est que la première étape dans cette aventure, dit-il.


LE TÉLÉTRAVAIL, BON POUR LES RÉGIONS

Dossier sur les effets du télétravail

Photo d'archives

Avis aux travailleurs qui s’ennuient de leur bureau : le télétravail est là pour rester, du moins dans la fonction publique. Le secrétaire général du gouvernement, Yves Ouellet, a reçu le mandat de revoir tous les besoins de locaux dans les prochaines années pour l’État québécois. « On a déjà promis en campagne de transférer 5000 emplois en région. Peut-être qu’on pourra en faire plus que ça. Avec le télétravail, ça va être plus facile de travailler en région plutôt que de travailler à Québec », dit-il.