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Jusqu'à -56 degrés dans le Grand Nord québécois dimanche

Courtoisie

Le mercure devrait descendre à -56 degrés avec le refroidissement éolien, dimanche matin, à Salluit, dans le Grand Nord québécois. Si les habitants du Nunavik sont habitués aux froids polaires, il n’en demeure pas moins qu’une température aussi basse est exceptionnelle, ce qui bouscule les habitudes de la population.

«On ne sort pas dehors, parce qu’en quelques minutes, on a des engelures, c’est automatique», a expliqué au téléphone Jayson Verkest, qui est déneigeur dans le village inuit de Salluit.

Les avertissements de vents violents de 100 km/h, la poudrerie qui réduit la visibilité et le froid intense pour les prochains jours vont donner du travail à l’équipe de M. Verkest, qui travaille pour la coopérative inuite Qaqqalik.

Le service de déneigement pour lequel il est superviseur est le seul qui assure le déneigement des routes du village de quelque 1500 âmes.

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«C’est zéro visibilité, mon équipe ne bouge pas parce que c’est dangereux, les gens sont tous chez eux», a-t-il raconté samedi, à l’abri dans le garage central où les machines se préparent à affronter la tempête.

Vers 15h samedi, les routes principales étaient déneigées, mais les conditions extrêmes forceront l’équipe de déneigeurs à rester au garage durant la nuit de samedi à dimanche.

Sans eau ni internet  

Les villageois sont fournis en eau par un camion-citerne qui passe dans chaque maison. Il se peut que si la tempête continue certains foyers manquent d’eau.

Le réseau Wi-Fi fait aussi des siennes quand les températures sont mauvaises. Le téléchargement des photos de M.Verkest s’est d’ailleurs fait de peine et de misère.

Quand toutes les routes sont bloquées, on peut comprendre que les aéroports aussi le sont. Or, pour la petite localité de Salluit, les avions sont une plaque tournante de l’approvisionnement.

«Quand il n’y a pas d’avion, il n’y a pas de nourriture, de matériaux ou de renfort», a noté Jayson Verkest.

Pour le chauffage des maisons, le tout est adapté aux grands froids, les villageois se chauffent au diesel ou à l’huile.

Courtoisie

Tous les commerces sont fermés, et si les températures sont aussi froides lundi, les écoles garderont leurs portes closes.

«Le blizzard d’une nuit fait des bancs de neige de 6 à 10 pieds. Quand tu sors dehors, tu ne peux pas respirer, les narines se collent et ça prend des lunettes de ski pour survivre, le blizzard est aussi dense que ça ressemble à une feuille de papier blanc», a illustré le déneigeur.

Environnement Canada prévoyait samedi que la visibilité allait être réduite à 400 mètres durant la nuit et que le froid intense allait persister toute la journée de dimanche.

La température grimpera en après-midi à - 48, si on prend en compte le refroidissement éolien.

Pas comme au sud  

Évidemment que ces froids intenses sont anormaux pour les habitants du coin, mais en général, les Nunavikois s’y plaisent bien malgré tout.

«On peut avoir une belle journée et il fait -35 dehors», a expliqué Jayson Verkest, qui connait aussi l’hiver du sud du Québec, comme il est originaire de Joliette.

Depuis deux ans, Gabrielle Poulin habite à Iqaluit au Nunavut, l’un des trois territoires au nord du Canada. Elle remarque que les températures n’ont pas la même mesure qu’en terres québécoises du Sud.

«J’ai vécu à Sherbrooke plusieurs années, et j’ai trouvé que les hivers sont plus difficiles qu’à Iqaluit», dit l’Iqalummiuq d’adoption.Pour les Inuits bien habitués aux températures extrêmes, ils ne leur traversent même pas l’esprit de sortir par les temps qui courent.Jayson Verkest est surpris par la résistance de ce peuple.

«Des fois, on manque de couches tellement il fait froid, mais il y a des Inuits en motoneige pas de mitaines», a-t-il raconté.