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Des pièces qui valent (plus) que de l'or

Plusieurs régions du Québec ont connu une hausse spectaculaire de vols de catalyseurs au cours de la dernière année, leur nombre étant même multiplié par 10 dans certaines localités. 

Attirés par les prix élevés de certains métaux rares qu’ils contiennent, le rhodium en particulier, les petits criminels n’hésitent plus à se glisser sous les véhicules et à couper à la hâte les pots catalytiques.

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Selon des chiffres obtenus par Le Journal, la région du grand Montréal est la plus touchée par ce fléau et on y a dénombré l’an dernier près de 3200 catalyseurs disparus sur des véhicules. 

« En 2020, 2219 dossiers de vols de catalyseurs ont été rapportés au SPVM, un volume trois fois plus élevé que celui enregistré durant l’année 2019 et sept fois plus élevé qu’en 2018 », indique le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Constat semblable à la police de Longueuil, où on a recensé seulement 42 pots catalytiques dérobés en 2018. Ce nombre a bondi à 522 l’an dernier. 

En moins de deux ans, les vols de catalyseurs sont devenus 12 fois plus nombreux dans cette agglomération. 

« Ça ne se passe pas seulement à Longueuil ou à Montréal. Quelqu’un peut voler ici et vendre ailleurs. Cette dynamique-là est partout à travers le Québec et même à travers le monde », explique le porte-parole de la police de Longueuil, Jean-Pierre Voutsinos. 

Gares et stationnements 

La Rive-Nord de Montréal est loin d’être épargnée par cette problématique. 

Selon les données du Service de police de Laval (SPL), les malfaiteurs ont mis la main sur presque cinq fois plus de pots catalytiques l’an dernier, en comparaison avec 2018.

González Reyes Andrés a été sous le choc de voir soudainement son véhicule sans catalyseur dans le quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles.

Photo courtoisie

González Reyes Andrés a été sous le choc de voir soudainement son véhicule sans catalyseur dans le quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles.

« C’est un item très populaire au niveau de la revente en ce moment. Ces statistiques-là le reflètent. C’est un phénomène très présent dans les stationnements ou les gares chez nous », affirme une porte-parole du SPL Évelyne Boudreau. 

Les véhicules utilitaires sport (VUS) seraient les plus ciblés pour ces crimes, selon plusieurs corps policiers. 

Les marques Hyundai et Kia sont particulièrement convoitées par les criminels puisque l’accès à cette pièce y serait apparemment plus facile.

Même avec un couvre-feu 

En analysant ses propres données pour Le Journal, la police de Laval s’est dite surprise de constater que le couvre-feu n’a pas empêché les voleurs d’agir. 

Du 1er janvier au 23 février, le SPL a comptabilisé 53 nouveaux larcins de catalyseurs. 

« Avant, un vol sur deux était de nuit. Maintenant, avec le couvre-feu, c’est un vol sur quatre », s’étonne l’agente Boudreau. 

« On est présentement dans une vague qui a pris un pic durant la dernière année, et ça, malgré la pandémie », ajoute-t-elle.

En décembre, plusieurs corps policiers de la région métropolitaine ont décidé de s’unir pour combattre ce fléau grandissant. 

Le Service de police de l’agglomération de Longueuil, la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent et la Régie intermunicipale de police Roussillon ont décidé de faire front commun. 

Ferrailleurs 

Ensemble, ils ciblent les pillards, mais également les ferrailleurs. 

Ce réseau facilite aussi l’échange d’informations entre enquêteurs et devrait mener « à la découverte de cellules ou de réseaux de voleurs et de ferrailleurs complices », espère-t-on.


Le nombre de vols rapportés explose


2018 2019 2020
Montréal 323 679 2219
Laval 88 148 412
Longueuil 42 87 522

De petites annonces qui font sourciller      

Grâce aux petites annonces et même à une application mobile, la revente de catalyseurs semble un véritable jeu d’enfant au Québec. 

Les criminels qui dérobent les pots catalytiques n’ont pas à chercher de midi à 14 h pour revendre leurs pièces d’automobile. 

« J’achète tous vos catalyseurs en bon état. Je paie cash et je me déplace les chercher », écrit un utilisateur Facebook qui se cache sous le nom de Cata Man.  

Le Journal a constaté qu’il existe des dizaines de petites annonces comme celle-ci. La plupart se retrouvent sur des plateformes comme Kijiji ou encore Facebook Marketplace.

Amazon des pots 

Les acheteurs et les vendeurs sont aussi actifs sur une application nommée Eco Cat. Celle-ci agit un peu comme l’Amazon des pots catalytiques partout dans le monde. 

Eco Cat fournit aussi à ses usagers un catalogue qui recense les prix des catalyseurs en fonction de la marque de véhicule qui leur est associée. La valeur d’une pièce fluctue par rapport aux prix des métaux qu’elle contient, comme le palladium, le rhodium ou le platine. 

Payant 

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) affirme être bien au courant du recel de pots catalytiques dans la métropole.

« Le prix de revente varie selon les modèles de véhicules, mais se situe généralement entre 100 et 500 $ par catalyseur, pour un véhicule, et de 500 à 1500 $ pour une fourgonnette ou un camion », mentionne le SPVM. 

« Une équipe est présentement affectée à un projet à ce sujet en ce moment. Des liens sont également faits avec les services policiers avoisinants lorsque des pistes d’enquête nous y mènent », ajoute-t-on.

Appel au public 

La police de Longueuil assure qu’elle prend le taureau par les cornes pour endiguer ce fléau, mais elle demande la collaboration du public. 

« On avait 42 vols en 2018 à Longueuil. On est rendu à 522 vols en 2020. Ça reflète exactement l’augmentation des prix des métaux sur le marché. Tant que les prix seront élevés sur le marché, la tendance se maintiendra », affirme l’agent Jean-Pierre Voutsinos. 

Ce dernier demande à la population de dénoncer ce type de crimes liés aux vols de catalyseurs et de signaler toutes annonces qu’elle croit suspectes.