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Phase finale pour la procédure d'extradition visant une cadre de Huawei

La procédure d'extradition vers les États-Unis de la directrice financière du chinois Huawei a repris lundi devant un tribunal canadien, pour la phase finale de cette bataille judiciaire doublée d'une crise diplomatique avec la Chine.

Masque sur le visage, Meng Wanzhou est arrivée dans la matinée devant la Cour suprême de Colombie-Britannique à Vancouver.

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La fille du fondateur du géant chinois des télécoms avait été arrêtée fin 2018 à l'aéroport de cette ville à la demande des États-Unis, qui l'accusent d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran et veulent la juger pour fraude bancaire.

Washington accuse Mme Meng d'avoir menti à un cadre de la Banque HSBC en 2013 sur les liens entre Huawei et une filiale baptisée Skycom qui vendait des équipements de télécoms à l'Iran, exposant la banque à des sanctions américaines. L'intéressée a toujours nié ces accusations.

Dès le début de l'audience, les avocats de Mme Meng ont affirmé que HSBC savait en 2013 que Huawei était propriétaire de Skycom, puis contrôlait la société à qui elle avait cédé ses parts en 2007, Canicula.

«La banque savait que Skycom avait vendu ses actions à Canicula et la banque savait que Huawei contrôlait le compte bancaire de Canicula», a souligné l'un d'eux, Frank Addario.

La défense devrait aussi plaider que l'ancien président américain Donald Trump a «empoisonné» la procédure en affirmant fin 2018 qu'il n'hésiterait pas à intervenir dans le dossier contre Mme Meng si cela permettait d'obtenir des concessions commerciales de la Chine.

Des allégations que les avocats du procureur général du Canada avaient demandé au juge de rejeter, justifiant que ces déclarations ont été prononcées par «un président qui n'est plus en poste, à propos d'une éventuelle intervention qui, dans cette affaire, n'a jamais eu lieu».

L'affaire a entraîné une crise diplomatique sans précédent entre la Chine et le Canada, son deuxième partenaire commercial après les États-Unis, et ces audiences interviennent dans une période particulièrement tendue entre les deux pays.

La semaine dernière, le président américain Joe Biden a publiquement apporté son soutien au Canada pour exiger la libération de deux Canadiens arrêtés en Chine une dizaine de jours après l'interpellation de Mme Meng.

Deux autres initiatives canadiennes ont provoqué la fureur de Pékin.

Ottawa a lancé en février une déclaration signée par une soixantaine de pays dénonçant les détentions arbitraires d'étrangers comme moyen de pression diplomatique. Les députés canadiens ont également adopté une motion non contraignante assimilant le traitement réservé par la Chine à sa minorité ouïghoure à «un génocide», qualifiée de «provocation malveillante» par Pékin.

Quelques jours après l'interpellation de Meng Wanzhou à Vancouver, où elle vit depuis en résidence surveillée, l'ex-diplomate canadien Michael Kovrig et son compatriote, le consultant Michael Spavor, avaient été arrêtés en Chine et accusés d'espionnage.

Pour le Canada, soutenus par de nombreux pays occidentaux, les deux Canadiens sont détenus de façon «arbitraire», en représailles à l'arrestation de Mme Meng, ce que Pékin dément.

La Chine, de son côté, estime que le dossier visant Huawei est «purement politique», selon la porte-parole de la diplomatie chinoise Hua Chunying, et vise à entraver son développement commercial international.

En août, Washington, chef de file de la campagne contre Huawei, a interdit de territoire 38 filiales internationales du groupe afin de limiter leur accès aux technologies américaines.

Les services de renseignement américains craignent que Huawei, acteur clé de la 5G (génération ultrarapide de l'internet mobile), ne permette aux autorités chinoises d'utiliser ses équipements pour surveiller les communications et trafics de données des États-Unis.

Les audiences doivent se terminer à la mi-mai, mais en cas d'appel, la procédure pourrait durer encore plusieurs années.

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