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Tramway: une saga qui dure depuis 3 ans

En novembre dernier, la Ville de Québec avait dévoilé une version détaillée de la maquette du futur tramway. Sur la photo, un exemple de l’intégration du tramway sur de rue de la Couronne.

Illustration courtoisie

En novembre dernier, la Ville de Québec avait dévoilé une version détaillée de la maquette du futur tramway. Sur la photo, un exemple de l’intégration du tramway sur de rue de la Couronne.

Le plus gros projet de l’histoire de la Ville de Québec est aujourd’hui dans l’incertitude, alors que trois consortiums attendent sur la ligne de départ. Tour d’horizon de cette saga qui concerne tous les contribuables du Québec.

Le tramway de Québec est né en mars 2018. Quelques mois après la dernière élection municipale qui a porté le maire Régis Labeaume à la tête de la capitale pour un quatrième mandat, avec une écrasante majorité. 

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Pourtant, en campagne électorale, le maire avait rejeté l’option d’un tramway telle que proposée par un parti adverse, Démocratie Québec, tout en se disant en faveur d’un réseau structurant. 

Ce fait demeure une épine dans le pied de son administration depuis. Régis Labeaume est talonné par le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin, qui martèle que la population n’a jamais pu se prononcer sur le projet du maire. Cette semaine, même le ministre des Transports, François Bonnardel, a fait sienne cette rhétorique. 

Pour se défendre des critiques qui l’accusaient d’avoir élaboré un projet sur un coin de table, Régis Labeaume référait aux années d’études qui ont été réalisées depuis le Plan de mobilité durable de la Ville de Québec, en 2011. Ce plan identifie le tramway comme l’outil numéro un pour améliorer la mobilité à Québec. 

Ce sont des fonds limités qui ont empêché la Ville d’aller dans cette direction, faisait valoir l’administration Labeaume. D’où le choix, en 2015, d’opter pour un SRB, service rapide par bus, pour son projet de réseau structurant, en partenariat avec Lévis. Ce dernier a connu une fin abrupte lorsque Lévis a quitté le navire, au grand déplaisir de Régis Labeaume, qui est en froid avec le maire de la Rive-Sud depuis. 

«Réseau structurant»

C’est encore une question de sous qui a ramené le tramway à l’avant-plan en 2018. Le gouvernement libéral de l’époque, mené par Philippe Couillard, a donné à Québec les moyens de ses ambitions. L’État s’engageait alors à appuyer financièrement le projet. 

L’administration du maire ne se contente pas d’élaborer un tramway. Elle tisse un «réseau structurant» qui desservira le centre-ville et les banlieues, grâce au tramway comme colonne vertébrale, mais aussi à un trambus (bus rapide en voie dédiée) en basse-ville et à des voies dédiées aux autobus en périphérie. 

Le projet est plutôt bien reçu dans la communauté et très largement salué par les experts. 

Explosion des coûts

Le financement a donné lieu à toute une saga, et c’est finalement l’intervention de Montréal, qui a accepté de céder 800 millions $ de fonds fédéraux qui lui étaient destinés, qui a tranché le litige. L’enveloppe de 3,3 milliards $ était désormais scellée. 

Mais les choses se corsent quand la Ville, à l’étroit dans ce budget, fait le choix d’abandonner le trambus pour compenser la hausse de 700 millions $ du tramway. La décision est suivie d’un rapport du BAPE désastreux.

Le gouvernement Legault met le frein fin 2020 et demande à Québec de s’assurer d’une desserte convenable des banlieues. Régis Labeaume s’échine à prouver que son projet répond à ce critère, mais la CAQ demeure insatisfaite.

Une série de négociations, d’abord secrètes, puis éventées cette semaine par le maire, mènent à l’impasse. Le premier ministre et le maire de la capitale sont à couteaux tirés. 

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Consortiums en attente

Pendant ce temps, la municipalité attend le décret gouvernemental qui lui permettrait de lancer son appel d’offres. Trois consortiums, attirés par le mégaprojet, attendent depuis plus de six mois. Le maire craint qu’ils ne déchantent et quittent. 

Le clan Legault réplique que les fonds fédéraux sont disponibles jusqu’en 2023 et assure qu’il ne veut pas retarder inutilement le projet. Après des mois de tergiversations, les yeux sont tournés vers le gouvernement québécois, qui doit proposer un nouveau tracé... dans les prochaines semaines. 

Ce qu’a dit le maire Régis Labeaume   

Quebec

Photo d'archives, Stevens LeBlanc

OCTOBRE 2017, LORS DE LA DERNIÈRE CAMPAGNE ÉLECTORALE MUNICIPALE

«Il n’y aura pas un projet de transport collectif qui va créer l’adhésion et le consensus si on ne peut pas servir la population du nord de la ville et de l’est de la ville.»

MARS 2018

«Québec entre dans la modernité [avec ce réseau] audacieux, ambitieux et rassembleur.» 

Ce qu’a dit le premier ministre François Legault   

Quebec

Photo d'archives, Stevens LeBlanc

MARS 2018

«C’est un très beau projet. C’est un projet futuriste, moderne qui dessert, comme on l’avait demandé, les banlieues de Québec.»

JANVIER 2021

«On trouve que [le tracé actuel], ça ne dessert pas assez bien les banlieues de Québec. C’était une condition depuis le jour 1.» 

3,3 milliards $ de vos taxes en jeu   

Le dossier du tramway de Québec a fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois. Et avec le bras de fer qui oppose le maire de Québec et le gouvernement Legault, l’enjeu est en train de tourner en crise nationale, alors qu’une somme de 3,3 milliards $ d’argent public est en jeu. 

Le Réseau structurant...   

... AUJOURD’HUI SELON LES PLANS DE LA VILLE DE QUÉBEC  

Le tramway de 22 km doit coûter 3,1 G$ sur les 3,3 G$ du mégaprojet   

Le trambus est abandonné    

La Ville se dit prête à ce que le terminus Est du tramway soit situé au niveau de la 41e rue plutôt que de la 76e. Les 220 M$ dégagés permettraient d’améliorer la desserte vers le nord      

... SELON LE PROJET ANNONCÉ LE 16 MARS 2018  

Budget de 3 G$ en provenance du gouvernement du Québec et du gouvernement du Canada     

La Ville ajoute 300 M$ pour «des travaux d’aménagement urbain» sans toutefois inclure officiellement cette somme dans le budget    

Sur les 3 G$ du budget, il y a 2 G$ pour le tramway, 571 M$ pour le trambus et 408 M$ pour 16 nouveaux km de voies réservées pour des pôles d’échanges, pour 5000 cases supplémentaires de stationnements incitatifs et pour deux remontées mécaniques       

100 M$ de plus par année de retard   

La semaine dernière, le vérificateur général de la Ville de Québec a certifié que chaque année de retard pour réaliser le réseau structurant entraîne 100 M$ de coûts supplémentaires. Selon Régis Labeaume, nous en sommes déjà à six mois de retard, ce qui correspond à une hausse de 50 M$. Le maire craint par ailleurs que les propositions du gouvernement pour le changement de tracé ne retardent le mégaprojet de deux ans.   

3 conditions pour un appui   

Lors de la campagne électorale provinciale de 2018, la CAQ disait appuyer le projet de réseau structurant à ces trois conditions:   

Le respect des coûts initiaux   

La couverture des banlieues   

La connectivité de la Rive-Sud par un troisième lien routier à l’est       

Le tramway au fil du temps      

2011 | Le Plan de mobilité durable recommande l’implantation d’un tramway «comme outil de développement urbain et comme élément structurant du réseau de transport collectif».    

Mars 2015 | Un Service rapide par bus (SRB) de 1,1 milliard $ est annoncé pour desservir Québec et Lévis. Le tracé fait 38 km. Évalué à 2 G$, le tramway est écarté, car jugé trop cher.     

Printemps 2017 | Le SRB est abandonné. Dans la foulée, les maires Régis Labeaume et Gilles Lehouillier, de Lévis, se brouillent durablement.      

Automne 2017 | À l’élection municipale, M. Labeaume se dit favorable à un réseau de transport « structurant », mais il s’oppose au projet de tramway de 11,6 km – entre les pôles Saint-Roch et Laurier – porté par Démocratie Québec.      

Mars 2018 | Régis Labeaume et le premier ministre libéral, Philippe Couillard, annoncent, en grande pompe, un réseau structurant de 3 G$ qui comprend notamment 23 km de tramway, 17 km de trambus et 16 km d’infrastructures dédiées.      

2019 | Mésentente sur le programme fédéral précis à utiliser pour boucler le financement du réseau structurant. L’impasse est finalement dénouée grâce à la Ville de Montréal, qui accepte de céder 800 M$ à la Ville de Québec.      

Juin 2020 | La Ville de Québec abandonne le trambus pour des raisons essentiellement budgétaires. Dans le cadre du mégaprojet de réseau structurant de 3,3 G$, la facture du seul tramway a grimpé de 2 G$ (en 2018) à 3,1 G$. Simultanément, la Ville et le RTC annoncent un plan de 144 M$ pour améliorer la desserte des banlieues.      

Novembre 2020 | Le rapport du BAPE consacré au tramway est particulièrement dévastateur.     

Fin 2020 | Les négociations entre le gouvernement du Québec et la Ville de Québec sur le tracé du tramway sont intenses. Le maire Labeaume, qui pense avoir conclu un accord de principe avec le ministre des Transports, François Bonnardel, part en vacances «le cœur léger» pour la période des Fêtes.    

Début 2021 | Rien ne va plus. Le gouvernement Legault rejette la proposition faite par la Ville de Québec en estimant que les banlieues ne sont pas assez bien desservies. On promet de proposer un nouveau tracé à la municipalité «dans les prochaines semaines». Pour tenter de dénouer l’impasse, le maire Labeaume va bientôt rencontrer le premier ministre Legault et le ministre Bonnardel.        

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