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Un jeune papa de 27 ans perd son combat contre la COVID-19

Pier-Luc Bouchard, qui était connu comme « le chiro au chapeau melon et au nœud papillon », est mort de la COVID-19 le 7 janvier dernier.

Photo courtoisie

Pier-Luc Bouchard, qui était connu comme « le chiro au chapeau melon et au nœud papillon », est mort de la COVID-19 le 7 janvier dernier.

Un jeune père de 27 ans atteint d’un cancer au cerveau s’est fait voler les derniers instants de sa vie par la COVID-19, au moment où un nouveau traitement de chimiothérapie annonçait des résultats encourageants.

« Pier-Luc, il ne faisait jamais rien à moitié. Il a toujours voulu que son nom soit dans le dictionnaire Larousse. Partout où il passait, il laissait sa trace, le petit torrieu, lance sa mère, Annick Thériault. Il luttait contre un cancer sans jamais baisser les bras. Il voulait tellement vivre [...], mais la COVID nous l’a volé trop tôt. 

Il jouait de la guitare pour son fils de 10 mois, Noah.

Photo courtoisie

Il jouait de la guitare pour son fils de 10 mois, Noah.

« Il nous a laissé le plus bel héritage, ajoute-t-elle. Ses enfants de 3 ans et 10 mois, Gabrielle et Noah, et sa persévérance. C’est notre héros. »

En mars 2017, alors que Pier-Luc Bouchard terminait son doctorat en chiropratique, un goût amer est apparu dans la bouche du jeune homme de 24 ans. Après une batterie de tests, le diagnostic tombe.

« Le 23 mars, il a appris qu’il avait une tumeur au cerveau assez grosse », raconte Mme Thériault au bout de fil, de son domicile de La Sarre, en Abitibi-Témiscamingue.

Quelques mois après s’être fait enlever 90 % de sa tumeur, il a entrepris son nouveau métier de chiropraticien chez lui, en Abitibi. 

« Pier-Luc était connu comme le chiro au chapeau melon et au nœud papillon », évoque sa mère.

Opération et récidive

Mais une récidive en mai dernier a fait dégringoler son état de santé. Un nouveau traitement amorcé en décembre semblait toutefois prometteur.

« La tumeur avait fondu d’à peu près 50 %. Ça augurait bien, fait valoir son neurochirurgien et neuro-oncologue, le Dr David Fortin. On s’attendait à voir des résultats positifs, à ce que notre gars puisse reprendre une vie relativement normale. »

« Le fait qu’il ait pogné cette maudite COVID, ça rend son histoire encore plus triste, déplore le spécialiste. C’est vraiment la COVID qui lui a volé les derniers instants de sa vie. »

En janvier, une éclosion de COVID-19 à l’hôpital Fleurimont de Sherbrooke (CHUS) a fait craindre le pire.

Malgré la prudence dont elle a fait preuve, la famille est rentrée en Abitibi avec le coronavirus, après le dernier traitement de Pier-Luc. 

« Lui, sa sœur Cloé, mon mari et moi, qui étions ses aidants naturels, on l’a tous eue. Jamais, jamais, jamais, j’aurais pensé. On faisait tellement attention », souffle Mme Thériault.

Entouré de ses parents (aux extrémités), Luc Bouchard et Annick Thériault, ainsi que de sa grande sœur Cloé, en Abitibi-Témiscamingue.

Photo courtoisie

Entouré de ses parents (aux extrémités), Luc Bouchard et Annick Thériault, ainsi que de sa grande sœur Cloé, en Abitibi-Témiscamingue.

« Se protéger » pour les autres

Pier-Luc Bouchard a d’abord eu une petite toux, suivie de graves difficultés respiratoires.

« On l’a hospitalisé le 24 janvier. Le lendemain, on lui a provoqué un coma. Et le 7 février, on a choisi de diminuer son respirateur et de le laisser partir », confie la mère.

« Il a eu une forme agressive du virus en grande partie parce qu’il avait une immunosuppression, explique le Dr Fortin. Il y a plein de gens qui regardent les mesures sanitaires de loin. Ils ne comprennent pas que des personnes sont plus à risque de mourir de la maladie. »

« Il faut se protéger pour protéger les gens comme Pier-Luc », ajoute Annick Thériault. 

Peu de moyens pour les jeunes atteints de cancer  

La mère de Pier-Luc Bouchard, qui a lutté pendant quatre ans contre un cancer, déplore le manque criant de ressources financières pour les malades de 18 à 25 ans.

« C’est ma prochaine bataille : trouver du financement pour ces jeunes », lance Annick Thériault, dont le fils a reçu un diagnostic de cancer du cerveau à 24 ans. 

« À cet âge, il n’existe à peu près pas d’aide financière pour eux. »

Son fils, qui terminait un doctorat en chiropratique, s’est retrouvé devant rien.

« À cause de sa maladie, il n’était pas assurable au privé. Il n’avait pas d’assurance salaire parce qu’il n’avait pas commencé à travailler. Il n’avait pas droit au chômage ni à l’aide sociale », détaille-t-elle.

« Jamais assez »

La directrice des services aux familles, recherches et partenariats à Leucan, Carol Beaudry, « comprend la mère [de Pier-Luc] de vouloir faire bouger les choses ».

« C’est difficile à dire, mais c’est presque mieux de recevoir un diagnostic avant 18 ans », laisse tomber la directrice de l’organisme venant en aide aux enfants atteints de cancer. 

« La famille du malade sera soutenue financièrement jusqu’à ce qu’il ait 25 ans. Mais dès qu’une personne est majeure, elle tombe dans le monde adulte où les règles sont bien différentes. 

« Il y a la fondation Néz pour vivre [qui soutient les 18-35 ans], mais ce n’est pas assez, poursuit Mme Beaudry. Ce n’est jamais assez. »

Sociofinancement

En pleine bataille contre le cancer du cerveau, M. Bouchard est décédé de la COVID-19 le 7 février.

Pour aider sa conjointe et leurs deux jeunes enfants, des amis de la famille ont mis sur pied une campagne de sociofinancement. 

Près de 18 000 $ ont été amassés en deux semaines.

« À travers son combat, Pier-Luc voulait sensibiliser les gens à vivre chaque jour comme si c’était le dernier, relate Mme Thériault. C’est à mon tour de me battre. Je veux me servir de son histoire pour aider. »