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Les administratrices d'une page de dénonciations anonymes forcées de se dévoiler

JOEL LEMAY/ 24 HEURES/ AGENCE QM

Les administratrices de la page Facebook «Dis son nom», qui avait publié une série de noms de présumés agresseurs sexuels, devront dévoiler leur identité, a jugé la Cour supérieure du Québec.

Née l'été dernier dans la foulée du mouvement #Moiaussi, la page Facebook faisait l'objet d'une poursuite par Jean-François Marquis, dont le nom est apparu sur la liste en août 2020. Ce dernier, qui assure n'avoir rien à se reprocher, poursuit les deux administratrices de la page pour 50 000 $ en dommages moraux et exige d'avoir accès aux informations qui expliquent sa présence sur la liste, incluant le nom et les motifs de la personne qui l'aurait dénoncé.

Dans un jugement rendu la semaine dernière, la Cour supérieure du Québec a d'abord accepté que les identités des administratrices de «Dis son nom» soient dévoilées. L'une d'elles, Delphine Bergeron, avait déjà pris la parole publiquement lors d'une entrevue accordée au journal «Le Devoir».

Cependant, la fondatrice de la page, A.A., souhaitait demeurer anonyme. Elle avait justifié sa demande en expliquant qu'elle a déjà subi deux agressions sexuelles, «qu'elle entame son processus de guérison et qu'elle ne se sent pas assez forte en ce moment pour agir de manière publique», a souligné la juge Katheryne A. Desfossés.

Cet argument n'a pas convaincu le tribunal, d'autant plus que la fondatrice de la page a reconnu que Jean-François Marquis ne figure pas parmi ses agresseurs. La cause s'apparente davantage à une poursuite pour diffamation, sans lien direct avec le vécu de A.A. dont le «récit n'est pas nécessaire à sa défense», a résumé la juge qui a donc refusé de lui accorder l'anonymat.

«Considérant que les défenderesses entendent spécifiquement démontrer la véracité des reproches formulés par la ou les victimes alléguées de monsieur Marquis, il est évident que ce dernier doit savoir qui lui reproche quel geste. Lui refuser cette information équivaudrait à le priver de son droit de répondre à la Défense», a aussi estimé la juge Desfossés.

Cependant, celle-ci a mis des bémols sur la requête de M. Marquis, qui ne pourra consulter que les documents recueillis par «Dis son nom» le concernant, et non l'ensemble des dénonciations comme il le réclamait. Il aura aussi accès aux communications entre les administratrices le concernant.

Ces dernières disposent de 30 jours pour faire appel du jugement.