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«The United States vs. Billie Holiday» : se souvenir pour ne pas répéter

Capture d'écran YouTube

Sacrée meilleure actrice dimanche aux Golden Globes, Andra Day éblouit dans ce film coup de poing de Lee Daniels («Precious»).

Ça se passe il y a moins de 100 ans, en 1937. C’est l’année où le Sénat américain «étudie» un projet de loi interdisant le lynchage des Noirs américains. Qui ne sera pas adopté. 1937 : c’est l’année où le mot «nigger» (terme qui n’est pas équivalent au mot en n, parce qu’il est, en anglais, celui employé par les propriétaires d’esclaves), est prononcé couramment par les Blancs. Oui, c’était il y a moins de 100 ans.

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1937. C’est l’année où «Strange Fruit» est publié. D’abord un poème, le texte chanté par Billie Holiday (extraordinaire Andra Day) pour la première fois en 1939 décrit les lynchages de Noirs qui ont cours dans le Sud. Oui, c’était il y a moins de 100 ans. Le gouvernement américain, par le biais de la police et du FBI, tente de faire taire la chanteuse. Peine perdue, Billie Holiday ne se laisse pas intimider et continuer de chanter ce «Strange Fruit» qui raconte le quotidien de tant de Noirs. Elle en paiera le prix, dix ans plus tard : elle passera un an et un jour en prison pour possession de drogue.

Brisée et abusée 

Œuvre de Suzan-Lori Parks, le scénario de «The United States vs. Billie Holiday» est brouillon, faisant sans cesse des allers-retours entre présent et passé, entre hallucinations et réalité. Mais cela ne dérange pas. Ce flou, ce mélange de dates et de lieux, rend d’autant plus puissant l’axe thématique du long métrage martelé à raison et sans relâche par Lee Daniels: que la haine érigée en institution détruit une société.

C’était il y a moins de 100 ans. Lorsqu’une journaliste ose demander «Comment est-ce d’être une femme de couleur?» à la chanteuse. Lorsqu’elle se fait harceler par le gouvernement. Lorsqu’on lui rappelle sans cesse son statut «inférieur». Violée à l’âge de 10 ans, jetée dehors par sa mère alors qu’elle est à peine une préadolescente, Billie Holiday était animée d’une rage de vivre et de témoigner, qu’Andra Day transmet magnifiquement à l’écran.

Droguée, brisée, abusée par les hommes dans sa vie, la Billie Holiday de «The United States vs. Billie Holiday» demeure la «Lady Day» iconique, celle dont la vie est bien plus puissante que la légende.

Oui, c’était il y a moins de 100 ans. Et pour comprendre l’Histoire, il faut s’en rappeler. Pour ne plus jamais la répéter.

«The United States vs. Billie Holiday» est disponible en vidéo sur demande (location) et en achat électronique en version originale anglaise dès le 2 mars via Illico et les plateformes numériques.

Note : 4 sur 5