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Coupable d’avoir menacé de tuer ses filles si elles enlevaient leur voile

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Paul - stock.adobe.com

Un Montréalais de confession musulmane qui a menacé à répétition ses quatre filles de les tuer si elles osaient enlever leur voile, en plus de les avoir frappées à plusieurs reprises, a été déclaré coupable sur toute la ligne.

«Elles étaient obligées de porter le voile, il menaçait régulièrement de les tuer s’il les voyait “comme des Québécoises”», a expliqué la juge Josée Bélanger en déclarant coupable le père violent, ce mercredi, au palais de justice de Montréal.

L’homme de 47 ans, que l’on ne peut nommer afin de protéger l’identité de ses quatre filles, a commis ses crimes entre 2016 et 2018, alors qu’il venait d’immigrer d’Algérie. S’il avait choisi le Canada, c’est pour que «ses filles puissent étudier et porter le voile», a-t-il été dit à la cour.

Et selon le témoignage de ses quatre filles mineures, dont la plus jeune avait 8 ans au moment des faits, il n’avait aucune ouverture à ce qu’elles puissent l’enlever. Il leur était également interdit de fréquenter des garçons, ou de porter des vêtements trop courts à son goût, sous peine d’être frappées. Mais contrairement à ce qu’il faisait dans son pays natal, il évitait de les frapper avec une ceinture «pour ne pas laisser de marques».

«Si vous portez plainte, [les autorités] ne feront rien, vous êtes arabes», disait le père à ses filles.

Le père, qui a depuis été déchu de sa parentalité par la Cour du Québec, s’était toutefois trompé sur ce point.

Sauvées par l’école 

C’est que si les victimes avaient trop peur de porter plainte, c’est plutôt un éducateur qui s’en est chargé. Un jour, il a vu que l’une d’elles avait enlevé son voile à l’école et, étonné, il lui en avait fait la remarque.

«Elle a répondu que sa mère était au courant, mais que si son père l’apprenait, il allait la tuer», a relaté la magistrate.

L’éducateur a alors immédiatement prévenu la fille qu’il allait faire un signalement à la DPJ, mais elle a refusé en expliquant que même une plainte allait mettre sa vie en danger.

«Elle a voulu remettre le voile, mais l’intervenant a refusé», a ajouté la juge.

Peu après, une plainte était déposée et le père était arrêté et accusé.

Pas de complot 

Lors du procès, le père s’était défendu d’avoir commis tout crime. Au plus, avait-il dit, il était un parent « sévère », mais pas violent.

«Il se disait victime d’un complot», a dit la juge.

Sauf que sa version n’a pas été retenue, contrairement à celles des victimes, qui ont longuement raconté toutes les façons dont elles pouvaient être menacées et battues dans à la maison. Une fois, le père a frappé une de ses filles à un œil, suffisamment pour qu’il lui soit impossible de l’ouvrir pendant un certain temps. À d’autres moments, c’était des tordages de bras. Par moment, il demandait même à ses fils de battre leurs sœurs, en interdisant à ces dernières de se défendre.

Déclaré coupable de menaces et de divers voies de fait, dont certaines armées et causant des lésions, l’individu reviendra à la cour dans les prochaines semaines pour les plaidoiries sur la peine à lui imposer.

En attendant, il restera détenu préventivement. Sa femme l’a depuis quitté, et il n’a plus aucune autorité sur ses filles, qui étaient présentes à la cour et qui ne portaient d’ailleurs pas le voile lors de l’audience.