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La famille d'une jeune victime d’un délit de fuite espère une peine exemplaire

CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

La mère d’une adolescente happée par un chauffeur ivre et « laissée pour morte » dans un fossé espère que la peine sera à la hauteur du délit, pour servir de leçon à ceux qui prennent le volant avec des facultés affaiblies.

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« Il y a tellement de personnes qui conduisent après avoir bu. Il faut envoyer un message clair, insiste Isabelle Le Brasseur, la mère de l’adolescente. Aucun parent ne veut recevoir l’appel que j’ai reçu ce soir-là. »

Amy Labelle, qui n’avait que 15 ans à l’époque, a relaté hier sa souffrance des deux années, dans une lettre qu’elle a lue, flegmatique, au palais de justice de Joliette. Son témoignage émotif a par ailleurs tiré une larme à l’auteur de l'accident, Robert Poirier. Ce dernier avait aussi plaidé coupable en juin dernier de conduite avec les facultés affaiblies et de délit de fuite causant des lésions.  

robert poirier délit de fuite mascouche

Photo tirée de Facebook

« Je ne suis pas avancée dans la vie, mais pourtant, je sais très bien qu’il ne faut pas prendre sa voiture lorsqu’on est ivre, et surtout qu’il ne faut pas laisser une enfant pour morte sur le bord de la rue, comme si c’était un déchet. [...] Je ne suis pas un déchet », a-t-elle relaté, la voix teintée par l’émotion.  

Quelques minutes au volant 

Car le 9 juillet 2019 en soirée, Poirier s'est enfilé six pintes de bières dans un premier restaurant de Terrebonne, avant de se rendre dans un bar pour consommer sept autres bières et trois shooters.

Malgré cela, à 23h40, le cinquantenaire a quand même décidé de prendre la route, heurtant de plein fouet l’adolescente sur son cyclomoteur quelques minutes plus tard à Mascouche. Le véhicule aurait ralenti après l’impact, avant de poursuivre sa route sans un regard pour la victime, qui venait d’être projetée sur plusieurs mètres.

La jeune fille a subi un sévère traumatisme crânien ainsi que des fractures au visage et au tibia. Elle vit toujours avec de lourds maux de tête. « Pourquoi n’avez-vous pas porté secours à une fille que vous avez frappée, qui a le même âge que votre fille? a-t-elle questionné. Je suis triste que cela me soit arrivé à moi, mais j’ai surtout peur que cela arrive à un autre innocent. »

Vu la nature du délit et malgré les profonds remords du chauffeur, la procureure de la Couronne réclame une peine de détention de deux ans moins un jour suivi d’une interdiction de conduire pour trois ans.

« On parle d’un accident tard le soir, la victime est chanceuse que des gens l’aient vu, aient pu lui porter secours [...] Ça a pris une victime sérieusement blessée et des accusations criminelles importantes pour que monsieur s’engage dans une thérapie », soouligne Me Geneviève Aumont.

Il avait par ailleurs été accusé de conduite avec les facultés affaiblies en 2015.

Efforts considérables 

La défense réclame pour sa part une peine d’emprisonnement de neuf mois, vu les efforts considérables de l’homme de 53 ans pour reprendre sa vie en main et se réhabiliter. Ce dernier est sobre depuis, et a suivi une thérapie fermée de six mois, précise Me Karine Herrera-Nadon.

« Les changements positifs perdurent dans le temps. J’ai confiance qu’on ne le reverra pas à la cour », estime-t-elle.  

Néanmoins, la famille espère que la peine sera sévère, pour dissuader d’autres conducteurs de rouler avec les facultés affaiblies.

« Même deux ans, au fond, ce n’est pas beaucoup. Amy, deux ans après, elle a encore des séquelles », déplore sa mère. « Mes accomplissements à moi, ma fierté ont été volés par un accident », conclut la jeune fille, habitée par le sentiment de devoir « recommencer à zéro »

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