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Médicaments et grossesses: Une banque de données pour diviser par trois le temps de recherche

Dominick Gravel/Agence QMI

La création d'une nouvelle banque de données par des chercheurs canadiens pourrait permettre, sous peu, de diminuer par trois le temps d'étude nécessaire pour évaluer si un médicament peut être dangereux pour les femmes enceintes, un parent pauvre de la recherche pharmaceutique.

Bien qu'entre 55 à 60 % des femmes enceintes prennent des médicaments, les risques que posent ces derniers pour la mère en devenir et son fœtus ne sont pas connus dans 90 % des cas.

Projet pancanadien

La création d'une nouvelle banque de données, le CAMCCO, d’ici un an et demi, permettrait de changer la donne. Grâce à elle, les scientifiques pourront profiter d’un échantillon de 4 millions de Canadiens provenant de six provinces du CAMCCO.

Ce vaste projet de recherche vient de recevoir une subvention de 2,9 millions $ du Fonds d’innovation de la Fondation canadienne pour l’innovation.

«Actuellement, ça prend 4-5 ans pour faire une étude sur un médicament, mais d’ici 18 mois, ça pourrait prendre environ six mois», a expliqué Anick Bérard, une chercheuse séniore au CHU Sainte-Justine, qui s’intéresse depuis une vingtaine d’années aux impacts de la consommation de médicaments pendant la grossesse.

Pour déterminer les risques et les bénéfices de tel ou tel médicament, l’épidémiologiste a toujours travaillé avec des données qui portaient sur un peu moins de 500 000 mères-enfants originaires du Québec.

«Au Canada, les données brutes de santé ne peuvent pas traverser les frontières provinciales. Par contre, le CAMCCO fera en sorte que nos protocoles de recherche seront harmonisés, ce qui fait qu’on pourra beaucoup plus facilement comparer les travaux des autres provinces. On va aussi pouvoir utiliser les données agrégées des autres provinces», a expliqué Anick Bérard.

Ce genre de recherche est nécessaire puisqu’il est interdit de tester les médicaments avant commercialisation sur les femmes enceintes.

Bref, quand Santé Canada donne son approbation pour un nouveau traitement, les impacts pendant la gestation restent à découvrir.

Médicaments particulièrement à risque

Les laboratoires pharmaceutiques n’ont plus le droit de se servir des femmes enceintes pour leurs études randomisées en partie à cause du scandale de la thalidomide, cet anti-nauséeux à l’origine de nombreux cas de malformations congénitales dans les années 60.

Mais encore aujourd’hui, des médicaments dont on connaît pourtant les conséquences dévastatrices sur les fœtus continuent d’être pris par des femmes.

C’est le cas de l’accutane, ce puissant remède contre l’acné.

«Souvent, l’accutane est prescrit avant la grossesse et la mère arrête quand elle sait qu’elle est enceinte, mais le mal est fait. Habituellement pour l’accutane, il faudrait que les femmes passent un test de grossesse tous les mois avant le renouvellement de prescription. Il y a des protocoles, mais ils ne sont pas obligatoires comme aux États-Unis ici», a regretté Mme Bérard, qui a mené une étude sur ce sujet il y a quelques années.

Elle estime aussi à 5 % le taux de femmes enceintes au Québec qui sont exposées à des tératogènes, soit des produits que l’on sait susceptibles de causer des malformations chez le bébé à naître.

«Pour les médicaments contre l’épilepsie, on sait qu’il peut y avoir des conséquences pour l’enfant, mais souvent les conséquences de ne pas le prendre pour la mère peuvent être plus graves. Ce ne sont pas des décisions faciles pour les médecins», a nuancé la chercheuse du CHU Sainte-Justine.

Avec la création du CAMCCO, elle entend maintenant concentrer ses recherches sur les impacts de la prise d’opioïdes, d’antidépresseurs et d’antibiotiques.