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Racisme 2.0

Photo courtoisie

Chaque jour, le gouffre racialiste s’élargit. Après des décennies, voire presque un siècle, à prêcher qu’il n’y a qu’une seule race — la race humaine — des trublions obsédés par la recherche de la petite bête s’activent à instaurer ce que je nommerai le compartimentalisme : les Blancs avec les Blancs; les Noirs avec les Noirs; les Autochtones avec les Autochtones. Chacun chez soi.  

Ce qui est prôné par cette fausse gauche post-moderne n’est rien d’autre que du racisme 2.0. 

Nouvelle polémique

La nouvelle star de la poésie, Amanda Gorman, qui a charmé le monde entier en déclamant The Hill We Climb à l’investiture du président Biden, est l’épicentre de la plus récente polémique. 

Choisie pour traduire l’œuvre de Gorman, l’écrivaine néerlandaise Marieke Lucas Rijneveld, lauréate du Booker Prize l’an dernier, a dû se désister devant la controverse engendrée par une journaliste militante, même si l’éditeur néerlandais Meulenhoff avait pris soin de signaler que Rijneveld «est attachée aux questions de l'égalité des sexes et de la résilience, et nous reconnaissons en elle la passion et la lutte pour une société inclusive». 

En France, la maison Fayard, plus consciente que le monde blanc marche désormais sur des œufs, a confié la traduction à l’artiste belgo-congolaise Marie-Pierra Kakoma. 

Rendu là, on a envie de se demander : ai-je le droit de lire la poésie d’Amanda Gorman si je suis blanc de peau? 

Les justiciers de la race

Imaginez un instant que mon éditeur décide de traduire mon plus récent best-seller (Béatrice Picard : Avec l’âge, on peut tout dire), en choisissant un traducteur de race noire et que je m’y oppose. Le tollé serait intergalactique: on m’accuserait de racisme, de mâle blanc suprémaciste et on me lyncherait en moins de deux sur les réseaux sociaux. 

J’aurais beau évoquer tous les concepts intellectuels à la mode : appropriation culturelle, incapacité de saisir ma sensibilité blanche, etc., il se trouverait sûrement une poignée de militants de l’université Concordia pour faire un autodafé de mes livres devant un lieu symbolique comme une librairie. 

Saviez-vous que la plupart des livres de Dany Laferrière ont été traduits en anglais par un homme de race blanche (David Homel)? Y a-t-il eu scandale? Non. 

La grille identitaire des nouveaux justiciers de la race n’est que du racisme inversé, au nom de la sensibilité au passé esclavagiste, la micro-agression et autres concepts hautement discutables nés dans les plus woke des universités américaines. 

Imaginez les prochaines dérives à venir : un homme peut-il traduire un livre écrit par une femme? Et vice-versa? 

Je ne sais même plus si je devrais inclure des personnages « racisés » (quelle laideur, ce néologisme) dans le roman que je suis en train d’écrire car c’est perdant-perdant. S’il y en a, on va m’accuser de m’approprier une sensibilité qui ne m’appartient pas; s’il n’y en a pas, on va m’accuser de d’invisibiliser la société noire. 

La question est pour l’instant sans issue : quoi que l’on fasse, le racialisme ambiant place inéluctablement la société blanche du mauvais côté de la clôture. Une clôture érigée par les racistes 2.0, faut-il préciser. 

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