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Retourner en France faire ses adieux à sa mère n’est pas un voyage essentiel

Un Québécois d’adoption qui a dû se rendre en France pour faire ses adieux à sa mère mourante et à qui on avait dit qu’il s’agissait d’un «voyage essentiel» a tout de même dû séjourner à l’hôtel à son retour dans des conditions qu’il ne souhaite à personne.

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Ludovic Haine, qui signe une lettre ouverte dans la section «Faites la différence», a dû débourser plus de 1400 $ pour trois nuits, alors que son test PCR, revenu négatif, était disponible 12 heures après son atterrissage à Montréal-Trudeau avec sa conjointe Fadelle Noël.

«Le plus important dans toute cette histoire, c’est de bafouer le côté essentiel de notre voyage, écrit le Longueuillois de 51 ans. Un peu de compassion serait bienvenu et nous permettre d’attendre les résultats dans notre foyer serait un minimum.»

L’homme, qui a immigré au pays il y a 25 ans, a dû de plus prendre quatre semaines de congé sans solde, et sa conjointe deux – car elle peut faire du télétravail –, ce qui fait un trou dans le budget familial de près de 3800 $ pour un déplacement visant non pas à se détendre ou à prendre du bon temps, mais bien à faire ses adieux à celle qui lui a donné la vie.

Sa mère a fait un AVC le 1er février à la suite d’une récidive de son cancer des os, qui s’est généralisé. À ce moment-là, on ne lui donnait que quelques semaines à vivre.

«Il me devient essentiel alors de revoir ma mère avant qu’elle parte et comme nous devrons attendre huit jours suite à notre arrivée en sol français pour la voir, il n’y a plus une minute à perdre», témoigne M. Haine dans sa lettre.

Sa conjointe et lui prennent l’avion, le 10 février, après avoir effectué deux jours plus tôt leur test. Après leur isolement obligatoire en France, un deuxième test PCR revient négatif.

Photo Courtoisie

Le couple peut ensuite voir la mère tous les jours. Ils apprennent, le 19 février, que le gouvernement canadien impose un séjour de trois jours à l’hôtel à la suite de voyages non essentiels par avion. Ils hésitent à revenir.

«Comme ma mère est née le 23 février, je ne me sens pas capable de partir avant son dernier anniversaire», confie M. Haine, qui contacte les autorités canadiennes.

Trois jours plus tard, on lui confirme au téléphone que son voyage étant jugé essentiel, voire humanitaire, il n’aura pas à réserver d’hôtel. Pour le retour, ils refont un test.

Le 23 février, toute la famille est réunie pour célébrer le dernier anniversaire de la mère. Le lendemain, «c’est la dernière fois que je vais voir ma mère vivante [...], relate M. Haine. C’est notre dernier collé et il faut que je lui dise adieu. Ça fait tellement mal.»

Mauvaise surprise à Montréal-Trudeau   

Le vol de retour se fait sans problème, l’avion étant peu occupé, mais c’est aux douanes de Montréal-Trudeau que la mauvaise nouvelle tombe. Le douanier leur dit après des vérifications que leur voyage n’était pas essentiel, les obligeant donc à passer par l’hôtel.

Leur test étant négatif, ils peuvent retourner à la maison, le 28 février. Mais ils auraient pu partir plus tôt, apprennent-ils avec stupéfaction. On sait que les frais prévus au départ sont toutefois maintenus même si l’on a en main son résultat négatif plus tôt.

«Le plus fâchant dans l’histoire, c’est que le lundi 1er mars, nous recevions une lettre papier dans la boîte aux lettres des Laboratoires Biron... nos résultats étaient disponibles le 26 février à 3 h du matin... 12 heures après notre arrivée en sol canadien», écrit Ludovic Haine.

Mercredi, il apprend finalement le décès de sa mère. «Comme quoi, attendre pour faire le voyage n’aurait pas été une option pour nous... Nous n’aurions pas eu les moments précieux vécus auprès d’elle et cette dernière étreinte tant importante pour un cœur d’enfant», dit-il.

En entrevue à QUB radio mercredi, Fadelle Noël, la conjointe de M. Haine, a dit: «On est soulagés d’avoir réagi rapidement puis de ne pas [s'être] fiés aux quelques semaines [que lui donnaient] les médecins parce qu’on aurait passé à côté».