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Amélie B. Simard: le bonheur est dans la sobriété

Jet Set. Élément 60 de Vanessa Pilon dans le but d'amasser des fonds pour la Société canadienne de la sclérose en plaques .

Photo Le Journal de Montréal, Ghyslain Lavoie

Le 10 janvier dernier, Amélie B. Simard célébrait sept ans de sobriété, sans drogue et sans alcool, dans une publication sur ses réseaux sociaux. La sobriété se compte souvent une journée à la fois. La comédienne a accepté de revenir sur ce parcours contre la dépendance qui lui a permis de se construire une nouvelle vie.

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Amélie, que représentent ces sept années de sobriété pour toi?

Pour moi, c’est un changement de vie complet. Il y a la fille que j’étais quand je consommais et celle que je suis désormais. Je reste la même personne, sauf que je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui. En arrêtant de consommer, j’avais peur de perdre mon identité et ma folie, mais c’est tout le contraire qui est arrivé. J’avais aussi peur de perdre de ma confiance, mais j’en ai finalement gagné. L’alcool a été une désillusion sur plusieurs pans de ma vie. Aujourd’hui, je n’y pense plus du tout. Ça ne me vient jamais à l’idée d’avoir envie de prendre un verre, par exemple. Je n’y pense jamais, à aucun moment. J’avais aussi des problèmes de consommation de cocaïne, mais ça venait toujours avec un verre. La première année a été difficile, mais j’en avais vraiment assez. Il a fallu que je touche le fond pour avoir envie de m’en sortir, je n’étais plus capable de consommer.

Qu’est-ce qui a déclenché cette volonté de t’en sortir?

J’avais des pensées noires et je faisais régulièrement des crises d’anxiété pendant lesquelles je n’arrivais plus à respirer. J’appelais ma sœur à l’aide pour qu’elle vienne me chercher. J’ai eu plusieurs moments de panique de ce genre. À un moment donné, j’ai compris que soit je m’en sortais, soit j’allais en mourir. Je voulais vivre, j’aimais assez la vie pour ne pas avoir envie de mourir. Je savais qu’il y avait encore, au fond de moi, la flamme nécessaire pour vivre, et c’est cette flamme que j’ai écoutée pour m’en sortir.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce processus?

J’ai dû faire des deuils d’amitié avec des personnes pour lesquelles j’ai encore beaucoup d’amour aujourd’hui. Mais il fallait que je m’éloigne d’elles pour ma protection, pour aller mieux. Le ménage s’est quand même fait de manière assez douce; des gens ont tranquillement disparu de ma vie au fil du temps. C’était nécessaire, mais il a fallu que je l’accepte.

Connaissais-tu déjà ton conjoint à l’époque?

Pas du tout. En fait, je l’ai rencontré dans une réunion des Alcooliques Anonymes, après un an de sobriété. Si on m’avait dit que j’allais rencontrer mon futur conjoint chez les AA, je ne l’aurais jamais cru. Je n’allais pas là-bas pour ça, mais la vie l’a mis sur mon chemin. Je dis qu’il est le cadeau de mon rétablissement. Si je n’avais pas arrêté de consommer, je ne l’aurais pas rencontré, et je n’aurais pas eu la vie que j’ai aujourd’hui.

Est-ce plus facile de rester sobre avec un conjoint qui est passé par le même chemin?

Je ne veux pas dire que ça aide, car pour certains, c’est nuisible. Mais pour moi, ç’a aidé. On a un parcours assez similaire. On s’entend que je vis avec une personne dépendante, et lui aussi; n’importe lequel des deux pourrait rechuter et, éventuellement, entraîner l’autre, mais je pense sincèrement que ça n’arrivera pas. Vivre avec une personne qui a un parcours similaire au sien peut aider, mais ça peut aussi être le contraire.

Quels conseils peut-on donner à ceux qui ont envie de s’en sortir et à leur entourage?

Il faut commencer par en parler avec des gens de confiance dans son entourage. Moi, j’en ai parlé à mes sœurs et à une amie, et ça m’a aidé. Et si on n’a pas ce type de personnes autour de nous, il y a beaucoup de ressources pour ceux qui ont des problèmes de dépendance. Je participe encore régulièrement à des réunions des AA. Ces rencontres sont importantes, parce qu’elles servent à aller chercher de l’aide et à écouter des histoires qui ressemblent à la nôtre. Quand on a un problème de consommation, on a souvent l’impression d’être seul et incompris. En écoutant les histoires d’autres personnes qui vivent les mêmes problèmes, on peut s’identifier à leurs parcours et on comprend des choses, notamment les raisons pour lesquelles on doit geler nos émotions avec des substances.

La guérison passe-t-elle nécessairement par une psychothérapie, qui permet d’aller plus loin dans le problème que le simple fait d’arrêter de consommer?

C’est sûr que ça aide. Dans le fond, la consommation est un symptôme; il faut aller en profondeur pour déterminer quelles sont les raisons qui nous poussent à neutraliser des choses difficiles au fond de soi. Si on ne va pas creuser, le problème va rester présent. Si on a arrêté de consommer de l’alcool, on risque de se lancer dans une autre dépendance, que ce soit le sexe, le magasinage... Mais si on fait face au problème, il y a plus de chance d’avoir un véritable rétablissement.

Sept ans plus tard, as-tu l’impression d’être complètement guérie?

Je ne ressens plus du tout ce qu’on appelle «la soif de consommer». J’aimais beaucoup le vin; c’était impossible pour moi de ne pas prendre un verre de vin en mangeant. Aujourd’hui, ça ne me passe même pas par la tête. Je n’y pense plus du tout.

Maintenant, tu es dans une relation stable et tu as un enfant. Est-ce que ça aide à ne pas rechuter?

En effet, ça change totalement ce que j’ai envie de faire au quotidien. Ma vie ne ressemble plus du tout à ce qu’elle était à la fin de ma vingtaine. Je ne suis plus à la même place. Mais cette vie, je l’ai construite, j’ai fait des choix. La raison pour laquelle je n’ai plus envie de consommer, c’est aussi parce que j’aime profondément cette nouvelle vie. Avoir un garçon, le regarder grandir, c’est complètement autre chose. Je me questionne aussi sur ma façon d’être avec lui, sur ce que je veux lui transmettre, sur les valeurs que je veux lui donner... Le fait que Noah-James grandisse dans une famille dans laquelle il n’y a pas de consommation, c’est très important pour moi. C’est un beau cadeau que je lui donne.

Dans la situation actuelle, quels conseils donnerais-tu aux gens qui souffrent de dépendance?

Il faut en discuter. Parler de son problème fait toute la différence. La première fois que j’ai dit que j’avais un problème de consommation, j’avais 25 ans, et j’ai arrêté seulement à 29 ans, car il a fallu que je fasse un chemin, que je réalise profondément que j’avais un problème, même si plusieurs personnes me l’avaient dit auparavant. Il faut accepter soi-même qu’on ait un problème; c’est la première étape du processus de guérison. Je trouve qu’il y a encore beaucoup de honte autour de ce sujet, et je ne comprends pas pourquoi. Il y a tellement de gens qui souffrent. Ressentir de la honte n’aide pas à en parler; ça n’aide donc pas à s’en sortir.

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