/regional/saguenay

Un virage pour l'industrie forestière

La fibre cellulosique produite à l’usine Kénogami de Produits forestiers Résolu (PFR) à Saguenay a des applications étonnantes.

• À lire aussi: Déforestation: le Québec et le Canada pourraient en faire plus

• À lire aussi: Régime forestier: le Québec se fait passer un sapin!

• À lire aussi: Autre flambée du prix du bois de construction

D’ailleurs, si on vous demandait ce que pourrait avoir en commun des cosmétiques, de la peinture, du béton, des tableaux de bord de voiture, du plastique composite et de l'asphalte, la réponse serait cette fibre de bois.

Pour donner une image, le président et chef de la direction de FP Innovations qui a conçu ce filament, Stéphane Renou, utilise l’exemple d’un fromage Ficello.

«Les bouts de fromages où on enlevait les petites brindilles, c'est ça la fibre cellulosique. Une toute petite fibre avec beaucoup d'arrimage dessus. Ça a des propriétés que j'appellerais du velcro naturel.»

Le filament pourrait donc remplacer d'autres ingrédients provenant du pétrole, par exemple. «Je comparerais le filament de cellulose à une épice en cuisine. On en met un tout petit peu et on vient de changer les propriétés de façon substantielle», a ajouté M. Renou.

Cette fibre est un exemple concret du virage qu’amorce l’industrie forestière, puisque les papetières observent une baisse de la demande du papier.

«Le marché du papier est un marché qui se contracte annuellement de 10, 12, 15 %, a indiqué le porte-parole de Produits forestiers Résolu, Louis Bouchard. Et ça, à l'extérieur des effets COVID-19 qui eux-mêmes, ont accéléré la décroissance.»

Cette fibre et le recours à des produits innovateurs et plus verts représentent donc l’avenir pour cette industrie. «Je pense qu'il en va de sa pérennité, a ajouté M. Bouchard. Il en va de sa survie. Il faut voir aussi ce qui va être durable dans les nouvelles habitudes de vie. Il y a une réflexion qui est largement entamée depuis un certain temps pour ce besoin de se transformer comme industrie pour s'habituer aux nouvelles consommations.»

Quelle avenue?

À l’usine Kénogami, on en est aux étapes exploratoires afin de déterminer dans quels produits cette fibre a un avenir commercial.

Ce choix est important, selon Stéphane Renou. «La question, c'est dans quel marché on va et pour quels investissements? Ça devient vraiment une décision d'affaires. Quel est le premier marché? Quelle est la première application pour justifier l'ensemble des mouvements commerciaux qu'ils ont à faire. Donc, ce n'est pas aussi simple que de dire, je remplace ceci par cela pour avoir un énorme marché. Non, c'est beaucoup plus compliqué. Par contre, il y a beaucoup de potentiel.»

PFR se classe dans le top-100 des entreprises canadiennes qui investissent le plus dans la recherche et le développement. « C'est d'ailleurs un état de fait qui surprend certaines personnes qui peuvent voir dans l'industrie forestière, une industrie qui est relativement figée, même archaïque. C'est très loin de la réalité», a tenu à préciser Louis Bouchard.

«Le papier journal, c'est plate, mais on en fait moins. Mais la forêt est encore là, rappelle le conseiller municipal de Saguenay, Jean-Marc Crevier, qui voudrait que le Saguenay- Lac-St-Jean soit une sorte de «Vallée du bois» comme Québec l’a déjà été pour l’aluminium. Et on est capable de faire des choses. Et si ça peut bénéficier à notre monde ici au niveau de la région, tant mieux.»

Mais pour y arriver, la recherche et l’entrée sur des marchés internationaux ça coûte cher. «La compétition est mondiale, estime Stéphane Renou. C'est un domaine dans lequel il faut entrer avec des investissements substantiels pour y réussir.»

La fibre cellulosique a des vertus écologiques intéressantes, mais sa production amène des coûts de production plus élevés.

«Entre des produits issus du pétrolier qui bouillonnent sur les sables du Sahara et des arbres qui doivent être transformés en bois et ensuite, on prend les résidus, on en fait des produits chimiques. Ce sont deux chemins un peu différents. Ce sont deux prix différents, aussi», a bien pris soin de préciser M. Renou.

«La vraie question, à quel point c'est économique de le faire? Et si ce n'est pas économique, est-ce que les gens sont prêts à payer une valeur ajoutée? Il va falloir que l'on pousse de plus en plus en technologie pour transformer les arbres vers des produits chimiques de façon de plus en plus efficace pour que le coût descende», a-t-il poursuivi.

Le Bloc québécois en faveur

Selon le Bloc québécois, la conjoncture est idéale pour que l’industrie du bois se transforme.

«C’est un virage qui tombe dans une conjoncture parfaite parce qu'il y a une relance qui devra se faire dans des positions économiques à faible empreinte carbone, a affirmé le député bloquiste de Jonquière, Mario Simard. Pour saisir cette opportunité-là, il faudra que le gouvernement fasse des programmes qui donnent accès aux capitaux, aux entrepreneurs qui veulent saisir l'opportunité d'entrer dans ce qu'on appelle la bioéconomie.»

Le bloquiste reproche au fédéral d’avoir injecté 24 milliards $ depuis quatre ans dans l’industrie du gaz et du pétrole contre 950 millions $ dans celle du bois.

«Le chaînon manquant, c'est le financement qui serait disponible pour les entrepreneurs afin de mettre en application ce fameux tournant vers la bioéconomie. C'est là que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer. On a une conjoncture parfaite, mais ça prend du courage politique. Et malheureusement, le courage politique au niveau fédéral, il est absent», a conclu le député.

Dans la même catégorie