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Achat d'une maison: un véritable parcours du combattant qui s’éternise

Marché immobilier

Photo Pierre-Paul Poulin

« Faut arrêter de faire perdre son temps au monde. On devrait faire des enchères directement devant la porte. Toi, t’offres combien ? Pis toi ? Qui dit mieux ? Close-moi ça qu’on en finisse ! »

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Après un an de recherche, 40 maisons visitées et une dizaine d’offres d’achat refusées, c’est le constat de Meggie Tétreault et de son conjoint. 

Comme bien du monde, ils se sont laissé emporter par la vague au printemps dernier. 

« On n’aura pas de vacances, on vient de sauver 10 000 $, on va s’acheter une maison », se sont-ils dit.

« Mais ça n’a vraiment pas marché de même », lance la consultante en marketing de 35 ans. 

Avec leurs enfants de 15, 5 et 4 ans, ils sont locataires depuis longtemps d’un « beau 5 1⁄2 » dans un triplex de Longueuil, ville où ils ont grandi. Leurs parents habitent tout près, un soutien utile avec trois enfants. 

Ils s’étaient donné un budget de 350 000 $ pour avoir plus d’espace, une cour et « tout le tralala ». 

« Des fois, on visitait la deuxième journée et il y avait déjà 10 offres », dit-elle. 

Augmenter le budget  

Longueuil s’est vite révélée hors de leur portée. Ce n’était guère mieux à Boucherville, la ville voisine déjà hors de prix prépandémie. Ils se sont mis à regarder du côté de Varennes, la deuxième voisine, et ont fait passer leur budget à 400 000 $. 

« On veut rester assez proche de notre famille, on ne veut pas se ramasser à Saint-Constant », illustre la jeune femme. 

Récemment, ils ont même accepté de sauter l’étape de l’inspection et ont offert 392 000 $ pour une maison affichée à 350 000 $. Elle s’est vendue 400 000 $. 

« On a pris une pause. Mentalement, j’étais à bout », raconte Meggie. 

« J’ai au moins deux-trois autres acheteurs, si ce n’est pas plus, qui vivent la même chose », assure leur courtière immobilière, Sonia Rose. 

Aller plus loin  

Après 15 ans dans le métier, elle fait même du porte-à-porte depuis peu dans les quartiers visés par ses clients. 

« Je demande aux gens s’ils veulent vendre. Je n’ai pas le choix, on manque de vendeurs », dit-elle. 

Sur les réseaux sociaux, elle « pousse plus », achète davantage de pub afin de trouver des pistes intéressantes. 

La courtière d’expérience constate que bien souvent, pour qu’une offre d’achat se distingue, il faut accepter de faire une croix sur l’inspection et ne pas avoir peur de surenchérir. 

« En 15 ans, je n’ai jamais vu ça », dit-elle.

« Comme Meggie, les gens sont prêts à aller de plus en plus loin. Le scénario de Longueuil se répète dans les villes plus éloignées, comme Varennes », remarque-t-elle.  

Ils ont trouvé la solution en s’excentrant  

Dominique Poulin et Myriam Martel ont acheté cette maison en décembre. C’était la cinquième qu’ils visitaient à Pointe-aux-Trembles.

Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Dominique Poulin et Myriam Martel ont acheté cette maison en décembre. C’était la cinquième qu’ils visitaient à Pointe-aux-Trembles.

Si les prix augmentent plus rapidement en banlieue, le marché immobilier sur l’île de Montréal n’a pas non plus été épargné par la vague, comme l’ont constaté Dominique Poulin et Myriam Martel. 

Le couple de jeunes trentenaires originaire de Sherbrooke vient de faire l’acquisition d’une maison en rangée de trois chambres à Pointe-aux-Trembles. 

« On est littéralement à la pointe de l’île, on voit le pont vers Repentigny », s’exclame Dominique, pas peu fier de son premier achat immobilier. 

Nature et REM  

Si plusieurs Montréalais ont des préjugés défavorables sur ce quartier, dit-il, qu’ils se détrompent.

En plus du bord de l’eau, on y trouve de nombreux parcs, notamment le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies, « ce qui permet d’avoir un petit coin de forêt même en étant sur l’île ». 

Et s’il est vrai que les restos, pubs et cafés se font plutôt rares dans le coin, quelques projets sont en cours afin de redonner vie à l’endroit, notamment celui de la Société de développement Angus au cœur de ce qui était autrefois le village de Pointe-aux-Trembles. 

Avec le REM de l’Est annoncé à la fin de 2020 et prévu pour 2029, « on était prêt à miser là-dessus », indique le jeune homme. 

Excentrés par choix  

Installé à Hochelaga-Maisonneuve depuis cinq ans, le couple a vite fait une croix sur le quartier quand est venu le temps d’acheter, l’automne dernier.

« On veut une famille éventuellement et pour un condo de trois chambres, c’était minimum 325 000 $ », explique Dominique. 

Avec un budget de 350 000 $, ils ont décidé de regarder plus à l’est.

La première maison qu’ils ont visitée, dans le quartier Suncor près des usines pétrochimiques, a fait l’objet de 60 visites en deux jours et de 17 offres d’achat. 

Le couple a vite compris que pour avoir une chance de l’emporter, il fallait offrir de 15 à 20 % de plus que le prix affiché. 

Ils ont visité cinq maisons au total, déposant quatre offres au passage. En fin de compte, ils ont payé 340 000 $ pour leur maison en rangée qui était affichée à 300 000 $. 

« Pour quelqu’un qui est prêt à penser sur un horizon de 10 ans, c’est très bien Pointe-aux-Trembles », pense Dominique.