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Son immeuble devient un squat

Photo 24 Heures, Camille Lalancette

Infestation de coquerelles, vols fréquents et lieu de squat pour des personnes itinérantes, les Habitations Saint-André dans le quartier Centre-Sud, à Montréal, faisaient rêver Tina-Lili Gagné à son arrivée en 2015. Son appartement la plonge désormais dans un cauchemar.

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«Quand je suis arrivée ici, c’était un soulagement, c’était presque le paradis!» a raconté samedi la mère monoparentale de quatre enfants qui avait été relocalisée parce que le demi-sous-sol qu’elle habitait était insalubre et infesté de moisissures.

Elle occupe un logement de six pièces et demie qui lui coûte 25 % de son salaire en vertu du Programme de logement sans but lucratif (HLM). Elle a accès à une grande terrasse extérieure, à quelques pas de toutes les commodités du Village. En plus d’un garage pour stationner sa voiture. Le lieu idéal, quoi.

Photo 24 Heures, Camille Lalancette

Tina-Lili Gagné ne se plaint pas la bouche pleine.

La dégradation des appartements est évidente: des murs gonflés par des infiltrations d’eau, des comptoirs jaunis par le temps et l’usure, et des planchers abimés par les nombreux va et viens.

Dans un escalier de secours, une femme itinérante s’est posée pour dormir; des trafiquants entrent souvent par effraction dans un appartement du sixième étage, le résident d’en face a ajouté plusieurs loquets pour se protéger; l’équipe d’extermination se servait de deux appartements vides pour mettre ses outils, ils ont été vandalisés à plusieurs reprises; des voisins ont raconté s’être fait voler leur télévision durant la nuit pendant qu’ils étaient là, s’essouffle à raconter Mme Gagné.

«Tu te sens violée, quelqu’un est entré chez vous, il aurait pu arriver de quoi à mes enfants», a lancé Tina-Lili Gagné, qui a elle aussi été victime de vols.

Photo 24 Heures, Camille Lalancette

Un milieu sécuritaire

Elle revendique d’habiter dans un espace propre et sécuritaire, mais son sort est dans les mains du gouvernement. «La pauvreté, ça ne rapporte pas, mais pour l’instant ce sont nous, les locataires, qui sommes les otages», a-t-elle souligné.

Le 1650, rue Saint-Timothée devait être entièrement rénovée, mais le financement pour le faire est en attente depuis cinq ans. Au fil des ans, 45 unités se sont vidées et n’ont pas été relouées parce qu’elles ne seraient «pas louables», décrit Mme Gagné.

L’immeuble fête ses 50 ans et aucune rénovation n’a été faite depuis sa construction, avance Mme Gagné.

Photo 24 Heures, Camille Lalancette

Pour le bien-être de tous

«Ce que je veux, c’est changer les choses. C’est épuisant de vivre dans des conditions comme ça. Si ce l’est pour moi, ce l’est pour les 55 000 autres locataires de l’OMHM», a-t-elle affirmé.

Tina-Lili Gagné a des troubles de santé mentale qui l’empêchent d’occuper un emploi à temps plein. Elle donne de son temps dans le comité de locataires et travaille à temps partiel pour l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).

«Le fait que ça se dégrade, ça joue beaucoup sur ma santé mentale», a-t-elle dit.

La Fédération des locataires d’habitation à loyer modique du Québec affirme que l’immeuble est coté «E», selon l’échelle de vétusté des infrastructures au Québec.

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