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Un programme pour aider les schizophrènes menacé

Des psychiatres craignent pour la santé mentale de plusieurs de leurs patients en raison du projet de loi 92 qui menace, selon eux, l'avenir d'un programme qui vient en aide à des patients atteints de la forme la plus grave de schizophrénie. 

«Il y a des répercussions pour notre clientèle. Il y a des enjeux d'accès pour les soins», explique le Dr Jean-François De la Sablonnière, psychiatre au CISSS du Bas-Saint-Laurent. 

Le docteur De la Sablonnière traite des patients parmi les plus vulnérables, ceux atteints de la forme la plus sévère de schizophrénie. 

Comme plusieurs de ses collègues psychiatres, il ne sait plus à qui s'adresser pour être entendu. Un programme de surveillance qui a fait ses preuves est menacé par le projet de loi 92. 

«Cette décision politique aura des conséquences néfastes sur la santé mentale des patients qui souffrent de schizophrénie résistante. Cela risque de réduire de façon considérable l'accès aux soins, la qualité des soins qu'ils reçoivent, et donc réduire leurs chances de succès dans la thérapie», dénonce le Dr De la Sablonnière. 

La clozapine est un médicament de dernier recours. Son utilisation doit être accompagnée d'un programme de surveillance. Mais voilà que la molécule ne fait pas partie des exceptions humanitaires prévues dans la loi. 

Une petite exception, mais qui a de grandes conséquences. Le programme de surveillance est menacé, les nouveaux patients ne pourront pas y avoir accès. 

Le Dr David Bloom de l’Institut Douglas s’inquiète également des conséquences de ce projet de loi. 

«C'est capital que les psychiatres aient cet outil-là au niveau pharmacologique, pour traiter une proportion substantielle des patients qui sont atteints d'une schizophrénie résistante», explique de son côté le Dr Bloom.

«J'ai vu des situations cliniques dans lesquelles les patients étaient refusés dans des systèmes de surveillance parce qu'il n'y avait pas cette capacité, cette souplesse de s'ajuster aux besoins spécifiques d'un patient, de sorte que le patient se retrouvait finalement sans avoir accès à la clopazine. Donc, ce sont ces situations-là qu'on cherche absolument à éviter, pour le bien de notre clientèle», insiste le Dr De la Sablonnière. 

Ces psychiatres ont pourtant multiplié les démarches depuis 2016 et se sont toujours butés à un refus. Ils ignorent pourquoi, surtout qu'il n'y aurait pas d'impacts financiers. 

«Ce sont les patients les plus vulnérables de notre société. L'adoption de la loi, en prévoyant une exemption pour la clozapine, c'est un changement qui se ferait à coût nul, qui n'aurait pratiquement aucune conséquence pour les finances autant de l'état que de la Régie de l'assurance maladie du Québec, que pour les patients, tout en protégeant l'accès aux soins», soutient le Dr De la Sablonnière. 

TVA Nouvelles demandé des explications au ministère de la Santé et nous attendons toujours une réponse. 

Entre temps, les psychiatres se sentent complètement abandonnés, surtout que la mesure doit entrer en vigueur au début du mois d'avril. 

- D'après les informations de Claudie Côté