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Même après 25 ans, cette pompière doit toujours en faire plus que les hommes

Bernice Stafford est toujours très à l’aise dans son métier de pompière à Repentigny. Elle constate que les mentalités ont beaucoup changé au Québec depuis ses débuts.

Photo Chantal Poirier

Bernice Stafford est toujours très à l’aise dans son métier de pompière à Repentigny. Elle constate que les mentalités ont beaucoup changé au Québec depuis ses débuts.

Seule femme dans un monde d’hommes pendant ses études et à la caserne, une pompière de Repentigny s’est heurtée à plusieurs portes fermées au cours de sa carrière en raison de son genre. 

« Je me suis déjà présentée à une entrevue et le directeur a eu un malaise en voyant que j’étais une fille, lance d’emblée Bernice Stafford, pompière depuis 25 ans. Avec mon prénom, ça peut être confondant. Des années plus tard, il m’a avoué qu’il ne m’avait pas embauchée parce que j’étais une femme. »

« Je suis contente qu’il me l’ait dit, ça veut dire que les mentalités évoluent », poursuit-elle.

Du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours eu le feu sacré pour le métier de pompière, même si elle n’a jamais vraiment pu s’expliquer cette passion.

« C’est peut-être parce que j’habitais proche d’une caserne dans mon enfance, analyse-t-elle. Quand je voyais de la fumée, je partais avec mon vélo. J’étais très jeune et je me perdais dans la ville. Mais je voulais voir le feu. »

La première

Du haut de ses 5 ans, on lui mettait déjà des bâtons dans les roues lorsqu’elle disait qu’elle aspirait à devenir pompière.

« On me disait : “Les filles ne font pas ça”. Je répondais : “Bien, je serai la première” », se remémore la femme âgée de 48 ans. Le sujet a longtemps été tabou dans sa propre famille.  

Après des études, notamment à l’Institut de protection contre les incendies du Québec, à Laval, elle s’est heurtée à plusieurs défis.

« Ç’a été très difficile trouver un emploi [à temps plein], avoue-t-elle. J’ai appliqué dans tellement de villes avant d’être prise que je ne pourrais même pas les compter. »

Lorsqu’elle a mis les pieds à la caserne de Repentigny, où elle travaille toujours 22 ans plus tard, il n’y avait même pas de vestiaire pour femmes.

« Avant, c’était une toilette et une douche commune. Depuis 8-10 ans, on a une nouvelle caserne et j’ai un vestiaire. Mais le dortoir reste commun », note-t-elle.

Les mentalités changent

Encore aujourd’hui, elle a l’impression de devoir faire ses preuves, par exemple en s’entraînant plus fort que ses collègues masculins.

« C’est quelque chose qui dure toute une carrière. Il faut faire plus d’efforts. Heureusement, je vois les mentalités changer. Au fil des ans, je reçois moins de commentaires et les gens font plus attention », explique-t-elle. 

Pour cette raison, elle encourage les femmes qui le souhaitent à foncer. 

« Si moi j’ai été capable il y a 30 ans de devenir pompière, n’importe qui peut aujourd’hui. Mais un conseil : il faut être prête à devenir un des gars de la gang et embarquer dans leurs niaiseries », lance-t-elle en riant.