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Travailler au Nunavut pour passer la crise

Photo Courtoisie

Des Québécois découragés d’avoir perdu leur emploi en restauration ont décidé de partir travailler au Nunavut plutôt que d’attendre que la crise se termine et qu’ils puissent retrouver un emploi.

«Je suis quelqu’un qui a toujours eu plusieurs emplois, et là, du jour au lendemain, je me suis retrouvé avec plus rien à faire. Une de mes amies avait posté une annonce pour une job [au Nunavut], je lui ai posé des questions et deux jours après j’étais, dans l’avion», raconte Yan Bourgeois-Tremblay qui travaille depuis le mois de juin 2020 à la mine d’or de Meadowbank, dans la région de Kivalliq au Nunavut.

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Les premiers mois de la pandémie ont été durs pour ce barman et serveur montréalais de 29 ans. Le confinement dans son appartement et sa perte d’emploi lui ont fait subir beaucoup d’anxiété. Une situation qui l’a poussé à consommer du cannabis pour se détendre, confie-t-il.

«Être sur la PCU et devoir rester à la maison à ne rien faire, ce n’est pas très gratifiant et je me sentais inutile à la société. Alors [l’opportunité d’emploi au Nunavut] a été une porte de secours. Je voulais juste me sentir utile», ajoute-t-il.

De son côté, Sébastien Joly, un Montréalais de 27 ans qui travaille dans les bars, abonde dans le même sens. Il a décidé de partir lui aussi travailler à la mine de Meadowbank, en novembre dernier, pour l’expérience et surtout parce qu’il était lui aussi «tanné de ne rien faire».

Comme eux, plus d’une centaine de Québécois ont décidé de sauter le pas avec la pandémie, soutient Nanette Dallaire, recruteuse pour Outland, une division de l’entreprise Dexterra qui se charge de trouver du personnel pour certaines mines au Nunavut et en Ontario.

«Depuis la pandémie, beaucoup de personnes ont perdu leurs emplois alors, pour eux, c’est une chance unique de venir travailler sur le territoire», explique-t-elle.

Travail, travail, travail 

Une fois arrivés là-bas, les employés ont un horaire bien chargé et travaillent 12h par jour pendant 14 jours consécutifs. Après deux semaines de travail, ils rentrent au Québec.

«Ce n’est pas toujours facile, des fois, les journées sont plus longues que d’autres, surtout qu’on n’a pas de congés. C’est drainant, notamment pendant le gros pic de l’hiver, car on a seulement du soleil pendant 2 heures chaque jour », explique M. Bourgeois-Tremblay, qui s’occupe de conduire la nourriture qui arrive par avion aux camps de la mine pour laquelle il travaille. Il passe plusieurs heures sur la route, parcourant environ 200 km quotidiennement à seulement 50 km/heure.

Actuellement, M. Tremblay-Bourgeois se questionne sur son avenir et ne sait pas encore s’il retournera en restauration au retour à la vie normale.

Pour Sébastien Joly, qui travaille en cuisine de nuit, l’expérience lui a aussi donné envie de rester dans le domaine.

«Je m’y plais tellement que ça a influencé ma décision pour me réorienter! J’adore les sciences, j’aime le type d’horaire et le mode de vie, donc j’ai décidé de m’inscrire en génie des mines», affirme-t-il.

Santé et sécurité 

Pour les deux hommes, le Nunavut leur a permis de passer à travers la crise de la COVID-19, en plus de reprendre une meilleure hygiène de vie.

Les horaires chargés de travail ne laissent pas beaucoup de temps libre, mais juste assez pour aller au gym du camp où ils habitent pendant leurs semaines de travail.

La consommation d’alcool ou de substances est totalement interdite sur place, ce qui permet de ne pas faire d’écarts. Impossible aussi de sortir, puisque le camp se trouve très loin des villages des communautés.

Et pour être sûrs que personne ne propage la COVID-19 dans le camp, les employés passent des tests de dépistage régulièrement avant de retourner au Nunavut et un autre cinq jours après leur arrivée au camp.