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1 milliard pour sauver les papetières

ARG-INVESTISSEMENT KRUGER

Photo d’archives

Endettées, plombées par de lourds régimes de retraite et fabriquant des produits en déclin, les papetières québécoises sont fragiles, et le gouvernement Legault est prêt à mettre un milliard pour les aider à se moderniser et assurer leur survie.

« On a déjà investi 680 M$ en deux ans et demi, et s’il faut mettre un autre milliard, mettons un autre milliard sous forme de prêt », affirme le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en entrevue avec le Bureau parlementaire.

La forêt québécoise est sous pression : environnementalistes, villégiateurs, acériculteurs, plusieurs groupes croient qu’elle est gérée au seul bénéfice de l’industrie forestière, et Québec devra trouver des moyens pour rétablir les ponts entre la foresterie et les autres utilisateurs de nos forêts.

Mais le gouvernement a un autre défi : soutenir les papetières qui sont le moteur de cette industrie.

Ce sont elles qui achètent les copeaux et les arbres qui ne sont pas désirés par les autres transformateurs.

Leur disparition laisse un vide : depuis que l’usine de Fortress à Thurso, en Outaouais, a fermé en 2019, Québec doit subventionner le transport du bois jusqu’en Estrie pour rentabiliser les opérations de coupe.

Pierre Fitzgibbon

Photo d'archives

Pierre Fitzgibbon

Très inquiétant

Ce « vide » pourrait apparaître ailleurs au Québec : « C’est très, très, très inquiétant », affirme Luc Bouthilier, professeur au département des sciences du bois et de la forêt à l’Université Laval.

Le ministre Fitzgibbon le reconnaît. La situation n’est pas facile. Quatre usines sont fermées à Amos (Abitibi), Baie-Comeau (Côte-Nord), Thurso (Outaouais) et Brompton (Estrie).

Une dizaine d’autres sont vulnérables puisque « le produit qu’elles fabriquent est en décroissance », dit-il. Le papier journal et le papier d’imprimante n’ont plus la cote depuis longtemps.

Déjà, l’usine de Brompton, qui appartient à l’entreprise familiale Kruger, est sortie du pétrin. Québec finance sa conversion vers le papier tissu avec un prêt de 165 M$ pour un projet de 240 M$. C’est beaucoup d’argent.

« Le gouvernement va devoir intervenir plus massivement qu’on l’a fait dans le passé. À l’époque, la règle au pouce, c’est que dans une usine à papier, le gouvernement mettait de 20 à 25 % du financement. Là, on est plus à 30, 40 % », indique-t-il.

Pierre Dufour

Photo d'archives

Pierre Dufour

Pas d’éléphants blancs

M. Fitzgibbon est en contact direct avec chacun des propriétaires, que ce soit Produits forestiers Résolu [qui possède les usines fermées d’Amos et de Baie-Comeau], Cascade ou Domtar, où il a travaillé dans le passé, par exemple.

« Ils savent que ce qu’on a fait chez Kruger est disponible pour eux. Avec Kruger c’est un prêt, et dans d’autres cas, ça pourra être des prêts-pardon. On va moduler nos interventions. »

L’objectif de M. Fitzgibbon est d’aider ces entreprises à trouver un marché lucratif à long terme. Il ne financera pas des éléphants blancs.

À Thurso, en Outaouais, la fermeture permanente de Fortress est un scénario plausible. « On préférerait redonner une vocation de pâtes et papiers à Thurso. On a deux projets qu’on regarde. Tant mieux si ça se fait, mais sinon on ne fera pas un investissement qui prendrait trop de ressources ».

Parallèlement, le ministre des Forêts, Pierre Dufour, souligne de son côté qu’il va déployer une stratégie de modernisation des usines de sciage, et de plancher et de carton par exemple.

« On veut moderniser les procédés avec de l’intelligence artificielle et de la robotisation », souligne-t-il. Il mise également sur la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits.


3 usines de pâtes et papiers sont fermées  

  • Amos (Abitibi-Témiscamingue)   
  • Thurso (Outaouais)    
  • Baie-Comeau (Côte-Nord)     

Une usine est relancée   

  • Brompton (Estrie)    
  • Prêt du gouvernement de 165 M$ pour un investissement de 240 M$     

Une dizaine d’autres sont vulnérables   

  • Elles produisent par exemple du papier journal ou du papier d’imprimante, des marchés en déclin.  
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