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Comment mieux utiliser son compte de retraite immobilisé ?

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Illustration Adobe Stock

Nous sommes de plus en plus nombreux à nous retrouver avec un « compte de retraite immobilisé » (CRI). Ça ressemble à un REER, mais avec des contraintes supplémentaires. On ne peut pas piger là-dedans comme on veut.

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Des stratégies existent pour faire disparaître cet obstacle. 

Le problème, c’est que de plus en plus de gens y recourent sans que ce soit nécessaire. Et ceux à qui ces manœuvres profiteraient le plus en ignorent souvent l’existence.

Le CRI, c’est quoi ?

Le mien me vient de mon ancien job, où je participais à un régime de retraite à cotisations déterminées (CD). Quand on quitte son emploi avec le contenu de son fonds de pension, on n’a pas le choix, on doit déposer sa cagnotte dans un CRI.

C’est la même chose qu’un REER, disais-je, sauf que les retraits sont strictement encadrés. On ne peut pas puiser directement dans un CRI. Les actifs doivent d’abord être transférés vers un fonds de revenu viager (FRV), l’équivalent d’un FERR (fonds enregistré de revenu de retraite).

Sauf que le FRV est plus rigide que son cousin. Il faut retirer un pourcentage minimal de son capital chaque année, comme avec le FERR. Toutefois, le FRV impose aussi un plafond aux retraits. À partir de 65 ans, on ne peut retirer au-delà d’un certain pourcentage de l’actif par année, pourcentage qui augmente lentement avec l’âge (7,2 % à 65 ans ; 8,1 % à 71 ans, par exemple).

Où est le problème ?

Pour la plupart des détenteurs d’un CRI, ce n’est pas un problème, au contraire cette contrainte les empêche d’épuiser trop vite leur bas de laine. C’est le but de l’affaire : étaler le plus longtemps possible le décaissement.

Toutefois, ces limites peuvent représenter un irritant pour ceux qui possèdent des sommes importantes dans leur CRI/FRV sans avoir accès à d’autres fonds ailleurs, dans un CELI ou REER, par exemple.

Les plafonds de retraits constituent aussi un sérieux problème pour les détenteurs d’un compte beaucoup plus modeste. Ces seuils coupent l’accès à certaines stratégies de décaissement qui leur permettraient d’accroître leurs revenus grâce au Supplément de revenu garanti (SRG).

« Désimmobiliser » le CRI

On peut éliminer ces obstacles, mais en amont, avant de prendre sa retraite. Il y a une fenêtre qui s’ouvre dans la cinquantaine qui permet de « désimmobiliser » progressivement le CRI à l’aide de transferts (tortueux) vers le REER. Elle se referme à 65 ans.

Je vous épargne les détails de la mécanique qui repose sur des aller-retour d’argent entre divers comptes (CRI, FRV et REER). Cela occasionne une bonne quantité de paperasses et génère probablement des frais.

Comme dans tout, la proposition a été faite par des conseillers astucieux à une clientèle restreinte, le mot s’est passé dans l’industrie, et maintenant c’est rendu que c’est utilisé sans trop de discernement.

Les limites actuelles des FRV permettent pourtant déjà d’épuiser prématurément son capital de retraite. Les éliminer servirait seulement à arriver au bout de son épargne plus rapidement.

Quant aux gens à qui profiteraient ces techniques, les travailleurs avec un modeste pécule, ils n’en entendent pas parler, faute d’avoir accès aux conseils financiers.

À savoir  

  • La vitesse à laquelle on peut décaisser un FRV est déterminée par les taux d’intérêt sur les obligations à long terme. Plus les taux d’intérêt sont bas, plus les plafonds seront réduits eux aussi de manière à ce que le capital ne s’épuise pas. Tout ça est inscrit sur une grille. Ceux qui ont élaboré ce système n’ont toutefois pas imaginé que le taux d’intérêt pouvait baisser en bas de 6 %, le taux de référence appliqué actuellement.   
  • Au décès, le CRI revient automatiquement à son conjoint. Si on a des enfants d’une union précédente et qu’on veut que l’argent leur revienne, il faut « désimmobiliser » le CRI.  
  • Le CRI offre une meilleure protection contre les créanciers que le REER.