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Les travailleuses du sexe n’ont pas été épargnées par la pandémie

Entre le confinement et les mesures sanitaires, la pandémie de COVID-19 a eu un impact direct sur les travailleuses du sexe, plusieurs d’entre elles ayant été plongées dans un état d’extrême vulnérabilité.

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Isabelle est escorte à Sherbrooke depuis sept ans et peut témoigner de la grande fragilité dans laquelle elle et de nombreuses travailleuses du sexe se trouvent depuis près d’un an, en raison notamment de la chute drastique du nombre de clients.

«Moi j’ai perdu au moins 90% de mes clients, ça équivaut à environ 600 à 700 $ de moins par mois», a expliqué Isabelle. «Mon chèque paie seulement mon loyer, donc tout le reste c’est-à-dire les comptes de cellulaire, d’Hydro, peu importe, je devais trouver l’argent pour le payer.»

Comme plusieurs autres travailleuses du sexe, Isabelle a alors dû se rabattre sur les quelques clients qui sollicitaient encore des services sexuels.

«J’avais toujours privilégié de travailler davantage le jour, donc jamais la nuit, parce que je ne voulais justement pas être confrontée à cette clientèle-là. Les clients étaient non seulement plus intoxiqués, mais ils étaient également plus violents. Je me faisais carrément agresser à chaque fois », a-t-elle mentionné.

Ces agressions, elle les a subies pour pouvoir survivre.

Aucune aide financière et aucune ressource d’hébergement n’étant disponible, elle n’a eu accès qu’à de l’aide alimentaire, une ressource qui est déjà très sollicitée.

«Présentement c’est très difficile parce que plusieurs personnes font appel aux banques alimentaires. On nous donne des aliments pour un mois, mais en réalité, tu fais à peine deux semaines avec la quantité de nourriture offerte. J’ai donc pris l’habitude de me faire une assiette et de la diviser de façon à ce qu’elle dure entre deux et trois jours. J’ai maigri énormément.»

Isabelle a pu quitter la prostitution il y a deux mois grâce à un bon samaritain qui a payé ses dettes. Elle est maintenant suivie par une intervenante du Centre d’aide et de luttes contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Estrie.

D’autres travailleuses du sexe voudraient également quitter le milieu, mais les intervenantes ne suffisent plus à la tâche.

«On a vu que plusieurs travailleuses du sexe se sont servi du contexte de la pandémie pour sortir de ce milieu», a précisé Kelly Laramée, intervenante au CALACS de l’Estrie.

L’organisme a donc offert de nombreux dépannages, allant même parfois jusqu’à payer le loyer de certaines femmes pour qu’elles aient un peu d’argent à elles.

Mais malgré toute sa bonne volonté, le CALACS Estrie avoue manquer de ressources financières et humaines pour faire face à cette nouvelle situation, et admet même devoir mettre certaines femmes sur une liste d’attente.

«On a fait plusieurs interventions pour tenter de sensibiliser le gouvernement au fait que cette problématique est réelle et qu’on doit s’en occuper», a affirmé Mme Laramée. «Parce que les délais d’attente, ça fait que des fois on perd les femmes, on arrive plus à les rejoindre. Donc quand elles font surface c’est important de les prendre maintenant pendant que le besoin est là et pendant qu’elles sont prêtes.»

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