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Tollé aux États-Unis après une loi républicaine censée rendre les élections plus «sûres»

«Ignoble»: Joe Biden a étrillé les tentatives de restreindre l'accès aux urnes dans plusieurs États gouvernés par des républicains, avec en tête la Géorgie où, après sa victoire puis le succès historique de deux sénateurs démocrates, une loi très controversée a été promulguée jeudi.

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Dans cet État du Sud portant encore les plaies de la ségrégation, la mobilisation des minorités, électeurs afro-américains en tête, a permis à Joe Biden de remporter l'État en novembre. Une première pour un candidat démocrate à la Maison-Blanche en près de trois décennies.

Et en janvier, les démocrates ont transformé l'essai avec les victoires surprises de leurs candidats, Jon Ossoff et Raphael Warnock, face aux deux sénateurs républicains sortants. Deux sièges qui ont permis à leur parti de reprendre le contrôle du Sénat.

Pour Donald Trump, qui n'a jamais concédé explicitement sa défaite, les victoires démocrates en Géorgie symbolisent bien les «fraudes» qui ont selon lui entaché le scrutin du 3 novembre. Malgré ses nombreuses actions en justice, elles n'ont jamais été démontrées.

Mais à travers les États-Unis, des responsables républicains citent désormais le «manque de confiance» dans le système électoral pour justifier quelque 250 projets de loi qui pourraient limiter l'accès au vote dans plus de 40 États.

Et jeudi, le gouverneur républicain de la Géorgie, Brian Kemp, a promulgué l'un de ces textes, se disant «fier» de pouvoir assurer que les prochaines élections en Géorgie seraient «sûres, justes et accessibles».

Cette loi permettra des «élections plus justes et sûres», a renchéri l'ancien vice-président de Donald Trump, Mike Pence.

«Triste jour pour la Géorgie», rappel de son «passé sombre»: le texte a au contraire provoqué un tollé chez les démocrates. Avec en plus puissant porte-voix le président américain.

«Ce qui m'inquiète, c'est à quel point toute cette initiative va à l'encontre des valeurs américaines. C'est ignoble», a dénoncé Joe Biden jeudi. «Décider dans certains Etats que vous ne pouvez pas apporter de l'eau aux gens qui attendent pour voter?», s'est-il indigné.

Les électeurs avaient parfois attendu de longues heures pour pouvoir voter pendant les journées ouvertes au vote anticipé, pour la présidentielle de novembre.

Des volontaires étaient alors passés distribuer des vivres, comme à Smyrna, en banlieue d'Atlanta, où dans la chaleur moite et encore lourde de la fin octobre, une maman tirait dans son chariot ses deux enfants et des bouteilles d'eau qu'elle répartissait aux électeurs, tandis que des volontaires de l'ONG World Central Kitchen leur donnaient des sandwiches.

Avec la pandémie, les possibilités de voter par anticipation et par courrier avaient été élargies. Une «pression» sur les responsables électoraux, «avec une hausse spectaculaire des bulletins envoyés par correspondance et les restrictions liées à la pandémie», affirme le texte de loi.

Un «manque important de confiance dans le système électoral de la Géorgie s'est installé», poursuit-il.

Le texte républicain restreint le nombre d'urnes installées dans la rue pour déposer les bulletins à tout moment («drop box»), renforce les contrôles sur l'identité des électeurs votant par correspondance, et limite le délai autorisé pour demander ses bulletins par procuration.

La nouvelle loi interdit aussi de donner de «la nourriture et des boissons à un électeur». Les responsables électoraux pourront néanmoins «donner accès à une fontaine».

Dès jeudi, plusieurs organisations oeuvrant pour mobiliser les électeurs en Géorgie ont porté plainte contre la nouvelle loi républicaine.

Et à Washington, les démocrates promettent de tout faire pour adopter un vaste projet de loi qui renforcerait le droit de vote, notamment chez les minorités, à travers les États-Unis.

Déjà adopté à la Chambre, le texte sera soumis à un vote au Sénat, a promis son chef démocrate Chuck Schumer. Mais sa majorité est bien trop étroite pour qu'il y soit adopté en l'état, à moins d'une réforme explosive des règles de la chambre haute.

Joe Biden a affirmé jeudi qu'il tenterait «de voir comment faire adopter» ce texte au Congrès. Sans plus s'avancer.