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Sans Trump, la désinformation politique se fait discrète

Lorsque Twitter a annoncé la suspension permanente du compte de Donald Trump après l’assaut du 6 janvier sur le Capitole américain, le réseau social s’est justifié en évoquant le risque de nouvelles incitations à la violence.

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L’annonce était intervenue après des semaines de contestation de la victoire de Joe Biden à la présidentielle de 2020 par le milliardaire.

Près de trois mois plus tard, le nombre de publications aux affirmations politiques erronées ou trompeuses a connu une baisse spectaculaire aux États-Unis, une tendance dont Twitter et Facebook souhaitent s’attribuer le mérite.

Avec Trump privé de porte-voix et Biden bien plus discret dans les médias, l’absence d’élection à court terme pousse les Américains à délaisser la vie politique et s’intéresser davantage à la reprise économique et à la campagne de vaccination contre la COVID-19.

C’est cette bascule, plutôt qu’un changement fondamental dans la manière dont se répandent les fausses informations, qui est à l’origine de ce faible niveau de publications mensongères, selon des experts.

«Le facteur le plus important a été de priver Donald Trump de son audience», soutient le professeur Russell Muirhead, co-auteur de A Lot of People Are Saying (Beaucoup disent que..., non traduit), une expression que l’ancien président américain utilisait régulièrement avant de lancer des affirmations sans fondement.

«Cela a entraîné la disparition d’une tempête quotidienne de désinformation dans l’écosystème», déclare-t-il à l’AFP.

Mais l’effet risque d’être de courte durée, dans un environnement en ligne où l’actualité façonne la désinformation. Les théories du complot sur les vaccins ont par exemple proliféré au début de 2021.

«Une situation étrange»

«On peut s’attendre à voir le volume de fausses informations remonter à l’approche d’une élection», souligne Russell Muirhead.

Donald Trump possédait plus de 88 millions d’abonnés sur son compte Twitter avant sa suspension. Ses tweets et publications Facebook étaient son moyen préféré d’affirmer sans fondements — plus de 60 recours de ses équipes ont été déboutés par la justice — qu’une fraude électorale de grande ampleur lui a coûté un second mandat.

«Le sujet prépondérant de désinformation en 2020 était l’intégrité de cette élection», analyse Joshua Tucker, professeur de sciences politiques et expert en analyse de données et des réseaux sociaux à l’université de New York.

«Nous sommes dans une situation étrange où deux-tiers des républicains sont toujours convaincus que l’élection était frauduleuse. La période d’attente de deux mois et demi entre (l’élection de) novembre et l’investiture a donné un aspect intéressant à la désinformation pour eux car il y avait cette question non-résolue de qui serait président le 21 janvier», au lendemain de la cérémonie d’investiture, souligne-t-il.

«Cette question a perdu beaucoup de son intérêt après le 21 janvier», ajoute-t-il.

Un réseau social Trump?

Mais le récit complotiste ne s’est pas éteint pour autant.

Après l’investiture de Joe Biden, les tenants des théories du complot QAnon ont affirmé que Trump reviendrait au pouvoir le 4 mars. Une affirmation qui a conduit les autorités fédérales à renforcer la sécurité autour des lieux de pouvoir à Washington.

La date du 4 mars est passée sans incidents, poussant encore plus à la marge la nébuleuse QAnon, tenante d’une théorie selon laquelle Joe Biden et les démocrates font partie d’un complot mondial sataniste et pédophile.

Pourquoi certains continuent-ils de partager des informations erronées? Début mars, des chercheurs ont affirmé que les Américains propagent de fausses informations sur les réseaux sociaux simplement parce qu’ils ne se demandent pas si le contenu est vrai ou faux.

Trump, privé de ses caisses de résonance qu’étaient Twitter et Facebook, a laissé poindre son isolement relatif dans quelques interviews sans panache, même si son entourage a laissé entendre qu’il pourrait lancer son propre réseau social pour l’aider à effectuer son grand retour.

Mais Joshua Tucker s’est dit sceptique sur la capacité d’un tel réseau social à dépasser la sphère politique.

«Trump est content de démarrer de nouvelles choses, s’il pense qu’il peut se faire de l’argent. Mais il y a plein de raisons pour lesquelles les gens sont sur les réseaux sociaux, au-delà de la politique», explique-t-il.

Les réseaux sociaux comme «TikTok ou Clubhouse visent l’ensemble du marché américain. Mais si vous êtes Trump, vous commencez avec un handicap. Le fait qu’une plateforme soit affiliée à Trump signifiera que beaucoup de gens refuseront de s’en approcher», précise le chercheur.