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Agressivité sur les réseaux sociaux : une spécialiste se prononce

Clavier

Photo d’archives

Des élus annoncent vouloir abandonner la politique, las de se faire invectiver violemment. Dany Turcotte a quitté «Tout le monde en parle» pour cette raison. Le problème de l’agressivité sur les réseaux sociaux a récemment pris une telle ampleur que le premier ministre François Legault a même procédé à un rappel à l’ordre sur sa page Facebook, samedi dernier. 

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Le phénomène n’est pas nouveau, mais est de plus en plus pris au sérieux, parce que de plus en plus inquiétant.

Questionnée à ce sujet par l’Agence QMI, mardi, la Dre Marie-Anne Sergerie, psychologue, spécialiste en cyberdépendance et autrice du livre «Cyberdépendance : quand l’usage des technologies devient un problème», avoue se poser elle-même la question quant aux motifs qui justifient les montées de haine virtuelles auxquelles on assiste sur le web présentement.

La pandémie, reconnaît-elle, constitue peut-être un début de réponse, mais n’explique sans doute pas à elle seule la tendance.

«On peut émettre l’hypothèse que la pandémie peut avoir un effet, a expliqué la Dre Sergerie. Est-ce que c’est la seule raison? Probablement pas. Mais la pandémie fait en sorte que les gens ont moins de soupapes. Ils ne peuvent plus s’entraîner ou faire du sport de la même façon, ils ne peuvent plus voir leurs proches de la même façon... C’est sûr que tout ce qui permettait de réguler davantage l’humeur est moins présent. Ce qui est resté, c’est Internet et les réseaux sociaux. C’est une belle façon de rester en contact avec les autres, mais quand c’est la seule soupape, ça peut entraîner des débordements chez les gens qui sont plus isolés ou déprimés.»

«Derrière l’écran, on oublie souvent qu’il y a une personne de l’autre côté, a ajouté l’experte. Il est assez documenté depuis avant même l’époque des réseaux sociaux que l’écran peut amener un effet de désinhibition. Les gens vont avoir tendance à dire des choses qu’ils ne diraient pas nécessairement à une personne en face d’eux. Si on combine avec le fait que les gens sont peut-être plus isolés et stressés, et qu’ils ont moins de facteurs de protection, ça donne peut-être un cocktail plus explosif. Mais c’est une hypothèse qui reste à valider, car on est encore les deux pieds dedans.»

Prévention

La clé pour enrayer les vagues de grossièreté virtuelle? L’éducation, estime Marie-Anne Sergerie, qui intervient aussi ponctuellement à «Star Académie» pour partager son expertise en la matière avec les candidats.

Internet étant là pour rester, il devient indispensable de fixer des balises pour arriver à un usage responsable des technologies, a-t-elle fait valoir.

«Il faut avoir une réflexion sur les comportements à adopter. Comment faire une utilisation responsable des réseaux sociaux, ça commence dès le bas âge, dès le primaire ou le secondaire. Beaucoup de prévention serait importante à faire sur, par exemple, le pourquoi et le comment des contenus qu’on publie. Réfléchir, avant de publier, à l’impact que ça peut créer chez l’autre. Est-ce qu’on aimerait recevoir ce type de message?»

«Je pense que c’est important, pour que la population réfléchisse à comment écrire, comment formuler. La personne qui est de l’autre côté de l’écran, qui reçoit les commentaires, pourrait être notre fille ou nos parents. Ce n’est pas parce qu’on est devant un écran qu’on est insensible...»

«C’est une réalité qui est quand même nouvelle, a ajouté Marie-Anne Sergerie. Il y a 10 ans, oui, il y avait des réseaux sociaux, mais ils n’avaient pas la même envergure que maintenant. Les comportements n’étaient pas aussi ancrés ou développés. Les réseaux sociaux évoluent tellement vite! D’où l’importance de prendre ce temps de réflexion et de voir comment on se positionne, comment on arrive à se protéger là-dedans.»

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