/finance/consumer

Combien de plus dans le portefeuille des aînés avec le budget d’Eric Girard?

Illustration Adobe Stock

Ce n’était pas tout à fait à un feu d’artifice auquel nous avait conviés le ministre des Finances, Eric Girard, jeudi dernier. Pour les particuliers, à moins d’approcher les 70 ans, il n’y avait vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Petite année budgétaire, donc, où le plus gros morceau consiste en l’amélioration d’une aide financière visant les aînés : le crédit d’impôt pour maintien à domicile passera progressivement de 35 % à 40 % d’ici 2026 (+1 % par année à partir de 2022). Qu’est-ce que ça représente dans les poches des contribuables visés ?

Un crédit remboursable

Le crédit pour maintien à domicile est « remboursable », ce qui veut dire qu’on y a droit, peu importe si on paie ou non des impôts. On peut l’appliquer sur un éventail de dépenses (services infirmiers, entretien ménager, déneigement, travaux mineurs sur la maison, service de livraison d’épicerie, aide à la préparation des repas, etc.).

La liste et les modalités diffèrent selon qu’on habite sa maison, un appartement en location ou en copropriété, une résidence privée pour personnes âgées (RPA) ou un CHSLD. Le plafond des dépenses admissibles monte à 19 500 $ pour une personne seule autonome (25 500 $ pour une personne non autonome) et au double pour les couples.

Actuellement, le crédit s’élève à 35 % des dépenses admissibles, soit à 6825 $, maximum, pour un individu autonome (8925 $ pour une personne non autonome). Quelqu’un dont le revenu passe le cap des 60 135 $ voit cependant le montant de l’aide diminuer tranquillement, soit l’équivalent de 3 % des revenus gagnés au-delà du seuil en question.

En 2019, plus de 576 M$ ont été versés aux aînés par l’intermédiaire de ce crédit, un montant en hausse constante.

Bonification

Grâce aux nouveaux paramètres, les aînés québécois se retrouveront avec 394 M$ de plus dans leur portefeuille au cours des cinq prochaines années, dont 142 M$ pour la seule année 2026, quand le crédit atteindra la cible de 40 %.

Combien cela représentera pour une personne âgée ?

Selon Québec, les dépenses admissibles moyennes pour une personne seule autonome vivant en RPA atteignent 9400 $. Actuellement, cela donne droit à un remboursement de 3290 $, une somme qui atteindra 3760 $ en 2026. Ce sera donc 470 $ par année, en moyenne pour un résident d’un RPA.

Quelqu’un dont les dépenses admissibles touchent le plafond (19 500 $) reçoit 6825 $ de la part du gouvernement. En 2026, ce crédit s’élèvera à 7800 $, soit près de 1000 $ de plus par année.

Il va sans dire qu’un aîné en forme qui habite sa maison ne retirera pas beaucoup de la bonification de cette mesure.

Toutefois, les aînés qui consomment les services en RPA sont gagnants. Les RPA ont donc de quoi se réjouir. Déjà, elles mettent de l’avant le crédit pour maintien à domicile afin d’aider les résidents à avaler des coûts d’hébergement élevés. Un plus généreux crédit donnera juste plus de poids à cet argument de vente.

À savoir 

-Les aînés qui vivent dans des appartements locatifs voient corriger un affreux retard. Pour eux, 5 % du coût de leur loyer est admissible au crédit d’impôt pour maintien à domicile, mais le prix du loyer considéré était lui-même plafonné à 600 $ par mois. Le plafond a été porté à 1200 $ (bienvenue en 2021). Gain potentiel : 162 $ par année.

-Un deuxième seuil de réduction a été ajouté (taux de 7 %) pour les revenus de plus de 100 000 $, et ce, dès 2022. « À partir d’un revenu familial de plus de 124 375 $, les aînés toucheront un crédit moins généreux qu’avant les changements », calcule David Truong, fiscaliste et planificateur financier chez Banque Nationale Gestion privée 1859. Peu de personnes sont concernées.