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Le pari du gouvernement est risqué selon des médecins

En entrevue, hier, le Dr Germain Poirier, chef des soins intensifs de l’Hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil, s’est dit inquiet qu’on se retrouve comme en janvier.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

En entrevue, hier, le Dr Germain Poirier, chef des soins intensifs de l’Hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil, s’est dit inquiet qu’on se retrouve comme en janvier.

L’ombre de la troisième vague inquiète dans les hôpitaux de la province, même s’il est encore trop tôt pour mesurer les impacts de la hausse récente des cas. « Si on regarde ce qui se passe chez nos voisins, c’est sûr qu’en faisant les mêmes erreurs, on va avoir les mêmes résultats », craint un intensiviste de Québec.

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Le Dr François Leblanc, intensiviste à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, est inquiet de ce qui les attend, ses collègues soignants et lui.

« L’inquiétude, c’est de voir ce qui se passe ailleurs et de constater qu’aucune précaution n’est prise par le gouvernement pour atténuer ce qui s’est passé en Ontario, par exemple. On fait juste la même erreur », déplore le Dr François Leblanc. 

« On va attendre la vague. Et la vague s’en vient », ajoute-t-il, résigné. « On va y faire face. [...] On n’a pas le choix. »

Un choix préoccupant  

Aux dires du directeur national de santé publique Horacio Arruda, le gouvernement a fait le choix d’accepter une hausse du nombre de cas pour éviter que la population ne jette l’éponge quant au respect des mesures sanitaires.

Un tel pari comporte toutefois des risques qui ne plaisent pas aux gens du réseau. On y entrevoit des hospitalisations et des décès dans les prochaines semaines.

« C’est sûr que ça nous inquiète parce que si ça continue comme ça, on pourrait se retrouver comme en janvier, et ça n’intéresse personne », analyse le Dr Germain Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec et chef des soins intensifs à l’Hôpital Charles-Le Moyne de Longueuil. 

Dans la dernière semaine, le nombre de patients hospitalisés sur son unité « a presque triplé ». « On voit certains signes », admet-il.

Son collègue, François Leblanc, va toutefois encore plus loin. 

« J’ai de la misère à comprendre ce changement de ton de la Santé publique. Je perçois un fatalisme de leur part. [...] Ce que je comprends du Dr Arruda, c’est qu’on sait qu’il y aura des décès, mais qu’on est prêt à l’accepter. C’est plus facile à dire de son poste qu’au chevet d’un malade », laisse tomber le médecin.

Penser aux soignants  

Avec des nouveaux variants plus contagieux, les médecins craignent aussi les impacts sur le personnel soignant, déjà épuisé.

« Si ça se propage, ça va entraîner des gens qui vont rester à la maison avec leurs enfants ou parce qu’ils ont été en contact avec un cas positif. Ce sont des choses qu’il faudra voir. Comment ça va se répercuter sur l’effectif soignant », questionne le Dr Germain Poirier.

« Ça peut peser énormément lourd sur le système de santé. »

Respecter les mesures  

Pour éviter un tel scénario, les Québécois devront respecter les mesures, implorent les spécialistes. 

« Un paquet de groupes font fi de la réalité des soignants sur le terrain. Certains vont maintenir les mesures, mais si ce n’est pas tout le monde qui le fait [il y a un risque] », soutient le Dr Leblanc. 

« On n’a pas un grand esprit collectif », constate-t-il à regret, après un an de pandémie.