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L'acquisition de Transat par Air Canada n'aura pas lieu

L’acquisition d’Air Transat par Air Canada n’aura pas lieu, ont annoncé les deux entreprises aériennes vendredi.

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La décision s’explique par le rejet de cette acquisition par la Commission européenne, car cette dernière voyait un problème en matière de concurrence se dresser à l’horizon.

«Cette transaction, d'abord envisagée il y a plus de deux ans, a été compliquée par la pandémie et, en fin de compte, Air Canada a atteint la limite des concessions qu'elle était prête à accorder à la Commission européenne pour répondre à ses préoccupations en matière de droit de la concurrence», a déclaré par communiqué Jean-Marc Eustache, PDG de Transat.

Air Canada et Transat avaient conclu l‘accord d'acquisition en juin 2019, avant que les modalités ne soient modifiées en août 2019 et révisées une nouvelle fois en octobre 2020.

Le prix d’achat le plus récent tournait autour de 190 millions $, un montant substantiellement plus bas que les 720 millions $ entendus avant l’hécatombe de l’industrie aérienne provoquée par la pandémie de COVID-19.

Le gouvernement fédéral avait donné le feu vert à l’acquisition le 11 février dernier, estimant que cela permettrait «de clarifier et de stabiliser l'avenir de l'entreprise».

Le ministre des Transports Omar Alghabra a dit «prendre acte» de la décision vendredi. «Le plus important pour notre gouvernement est de protéger les emplois au Québec et dans le reste du Canada, ainsi que de préserver la viabilité à long terme de Transat A.T.», a-t-il écrit dans un communiqué.

«Nous discutons activement des options de soutien financier pour de nombreuses compagnies aériennes canadiennes, y compris Air Transat», ajouté le ministre.

La résiliation de la Convention d'arrangement forcera Air Canada à verser un paiement de résiliation de 12,5 millions $ à Transat et d'abandonner son droit à des frais de résiliation de 10 millions $ dans le cas d'une acquisition de Transat par un tiers dans l’année suivant la fin de la convention, fait-on savoir.

Les voies de l’avenir   

Jean-Marc Eustache laisse entendre que Transat poursuivra un plan stratégique en allant chercher le financement nécessaire. L’entreprise annonce qu’elle requerra un nouveau financement de 500 millions $ pour l’année en cours.

«Maintenant que Transat n'est plus assujettie aux limites prévues par la Convention d'arrangement, nous sommes libres de prendre les mesures nécessaires pour assurer un long avenir prospère, en commençant par l'obtention d'un financement à long terme qui donnera à Transat la latitude nécessaire pour réaliser son plan stratégique», a-t-il mentionné.

L’offre de Pierre Karl Péladeau tient toujours

Déjà, le PDG de Transat a mentionné l’offre faite par le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui avait maintes fois démontré son intérêt pour la ligne aérienne québécoise. L'offre de M. Péladeau tient toujours pour l'achat de toutes les actions émises et en circulation à 5 $ l'action par l'entremise de sa firme d'investissement Gestion MTRHP inc.

Celui-ci a réitéré ses intentions dans un message vendredi, en soulignant que la décision de la Commission européenne n’avait rien de surprenant.

«Par l’achat de Transat, étant un concurrent direct pour la très grande majorité des trajets transatlantiques et des «destinations soleil», Air Canada aurait accaparé plus de 60 % du marché», un seuil que M. Péladeau juge «inacceptable», a-t-on précisé dans un communiqué.

«L’offre de monsieur Péladeau propose un plan d’affaires rigoureux misant sur les secteurs de l’entreprise à fort potentiel de croissance, sur l’expertise et la création d’emplois au Québec et sur le développement du siège social à Montréal», a-t-on ajouté.

Toutefois, Transat veut faire montre de prudence en spécifiant que les déclarations portant sur l’avenir à court terme de l’entreprise incluses dans le communiqué ne sont que des «hypothèses», même si elles sont «jugées raisonnables» par la direction.

«Rien ne garantit que la direction réussira à identifier et à implanter d'autres options stratégiques qui seraient dans l'intérêt véritable de la Société et de ses parties prenantes dans le contexte des conditions actuelles de l'économie, des marchés, de la réglementation et de la concurrence dans les secteurs dans lesquels la Société exerce ses activités, ou qu'elle réussirait à implanter de telles options stratégiques selon des modalités ou à un moment favorable», annonce-t-on.

Un choc, mais pas une surprise   

Pour Mehran Ebrahimi, professeur au département de management et technologie de l’UQAM, la nouvelle est un «choc», même si «on s’y attendait».

«On était un petit peu préparé, quand on regardait les déclarations, les choix stratégiques d’Air Canada en matière d’abandon d’acquisition d’avions, et tout ça, on disait que de plus en plus cette transaction-là ne s’[intégrait] pas dans la stratégie future d’Air Canada», a-t-il déclaré en entrevue à LCN.

La mort de l’arrangement entre deux entreprises est de mauvais augure pour Transat, estime l’expert.

GEN-

STEVE MADDEN/AGENCE QMI

«Air Transat, dans la situation actuelle, ne pourra pas survivre. La situation est beaucoup trop problématique, sachant que le Canada est pratiquement le seul pays où le transport aérien n’a pas été aidé par les gouvernements. Ç’a contribué à détériorer encore plus la situation», a-t-il dit.

Transat dispose toutefois de quelques sorties de secours, toutes au Québec, selon M. Ebrahimi.

L’offre de Pierre Karl Péladeau, à 5 $ l’action, ne ferait pas l’unanimité à l’interne, mais reste une option «à considérer», dit le professeur.

«Si c’est la seule option, oui, mais peut-être que c’est l’occasion pour nous, les Québécois, ensemble, de réfléchir et de dire qu’Air Transat, c’est une excellente marque de voyage d’agrément dans le ciel, et comme aujourd’hui le prix est très bas, c’est 190 millions $. Pour une compagnie de cette envergure, ce n’est pas grand-chose», a-t-il résumé.

Ainsi, M. Ebrahimi croit que la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ, par exemple, pourraient considérer la sauvegarde de la plus grande ligne aérienne québécoise.

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