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Des CV de bébés pour une place en garderie

Après avoir fait des dizaines d’appels et envoyé des courriels dans des services de garde, Maude Caron a dû se résigner à faire un CV virtuel pour son petit bébé. C’est comme ça qu’elle a réussi à lui trouver une place.

Photo courtoisie

Après avoir fait des dizaines d’appels et envoyé des courriels dans des services de garde, Maude Caron a dû se résigner à faire un CV virtuel pour son petit bébé. C’est comme ça qu’elle a réussi à lui trouver une place.

Rien ne va plus dans les garderies : des parents sont forcés de partager des CV et des photos de leurs bébés sur les médias sociaux pour se trouver une place et la pénurie d’éducatrices est si sévère que le ministère de la Famille recommande maintenant aux services de garde d’embaucher des mamans. 

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Comme des milliers d’autres parents, Maude Caron vivait avec l’angoisse de ne pas trouver une place en garderie. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle a rédigé un CV pour son bébé, et a publié sa photo sur les médias sociaux. Et cela lui a permis de décrocher une place en milieu subventionné.

« Je vis beaucoup de culpabilité et j’ai le cœur gros. La façon dont ça se passe ce n’est vraiment pas correct. J’ai une place, mais moi je m’exprime bien, je parle bien, mon petit garçon est mignon, il a de beaux cheveux blonds, il est blanc. On rentre parfaitement dans le moule », dit-elle en entrevue avec Le Journal.

« Aurais-je été capable d’avoir une place si j’étais une mère monoparentale, immigrante, ou si mon français n’était pas bon ? Il suffit d’avoir des contacts ou d’avoir un enfant qui fitte dans le moule pour sauter la ligne », déplore la maman, qui s’est rangée derrière le collectif Ma place au travail, qui réclame des solutions à la pénurie de places en service de garde. 

Son cas illustre l’échec de Place 0-5, une plateforme qui est censée être le guichet unique pour l'obtention d'une place, et qui a d’ailleurs été vertement critiquée par la vérificatrice générale l’automne dernier. Et Maude Caron n’est pas la seule à passer par les médias sociaux. Le député libéral Marc Tanguay a profité de la période de questions pour éplucher le CV de bambins.

« J’ai entre les mains le CV de Rose, huit mois. [...] Il y est écrit, et je cite : « Vous rêvez d’un bébé gentil, heureux, qui aime jouer et qui fait ses nuits, je suis le bébé qu’il vous faut. Avec moi, pas de crise le matin », a-t-il lancé.

« Le ministre reconnaît-il que de telles démarches qui ne cessent d’augmenter ne sont pas normales et qu’elles traduisent l’existence d’une véritable crise ? », a-t-il ajouté. Le ministre de la Famille Mathieu Lacombe a répliqué qu’il était « d’accord » et a blâmé les anciens gouvernements pour la situation actuelle.

Recruter des mamans 

Mais son propre ministère a une solution inusitée pour combler la pénurie d'éducatrices, qui allonge davantage la liste d'attente de plus de 50 000 familles : embaucher des mamans. 

C’est ce qui a été proposé à des propriétaires en manque de personnel.

«C’est vrai qu’il faut être créative pour intéresser des personnes à venir travailler à la garderie, mais avez-vous pensé que dans votre clientèle, des personnes seraient intéressées à venir en appui à votre personnel? Vous offririez la chance à de jeunes mamans d’en apprendre sur la petite enfance», suggère le ministère de la Famille.