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Gangs de rues: l’importance de faire confiance à nos policiers

Le 7 février dernier, une adolescente de 15 ans, Meriem Boundaoui, perdait la vie lors d’une fusillade dans l’arrondissement montréalais de Saint-Léonard, victime innocente de ce qui s’apparente à un règlement de compte relié aux gangs de rues.  

On se souviendra que la mort malheureuse du jeune Daniel Desrochers, le 9 aout 1995, lors de la guerre des motards, avait donné l’impulsion aux autorités publiques pour s’attaquer sérieusement à ces groupes criminalisés. 

En tant qu’ancien superviseur au SPVM, ayant pris ma retraite dernièrement, je suis très inquiet du climat social actuel, ou certains militants idéologiques, qui accaparent l’espace public, versent constamment dans la généralisation et les amalgames sur le travail policier. 

Des questions se posent. Peuvent-ils faire preuve de nuances? Sont-ils conscients ou non de leurs biais et préjugés envers les policiers? Ces militants, ne sont pas représentatifs et ne parlent pas pour la très grande majorité des citoyens, pour qui les policiers leur inspirent confiance à 76 %, selon un sondage Léger publié le 15 mars 2021. (1) 

La série Fugueuse  

N’en déplaise à ces militants, les gangs de rues ont un profil de criminalité similaire à la série Fugueuse et à ses personnages. Ces criminels se déplacent souvent avec des véhicules de luxe, souvent loués, qui ne correspondent pas à leur âge ou à l’environnement où ils circulent. Ça peut éveiller un questionnement légitime chez les policiers, qui peuvent vouloir confirmer ou infirmer des faits observables. 

Ces gangs se spécialisent en proxénétisme et ils déplacent leurs jeunes proies d'un hôtel à l'autre, d’une province à l’autre, pour les utiliser comme esclaves sexuelles à leur seul profit. 

Ils sont souvent armés et dangereux et n’ont aucun respect pour la vie. Ils confient même leurs armes à leurs proies, pour ne pas être pris sur le fait avec celles-ci. Des armes, peu importe les lois, ils en trouveront, la majorité par le biais de la contrebande que l’a bien exposée l’émission J.E du 25 mars dernier. 

Est-ce que ces militants ont pris la peine de parler aux familles des victimes pour comprendre l’importance pour celles-ci que les policiers fassent tout en leur pouvoir pour ramener leurs filles en fugue? 

Plusieurs questions   

Les policiers pensent que les droits à la vie et à la sécurité des femmes devraient être priorisés. Les droits et libertés sont-ils exclusifs aux criminels? Est-ce que ces militants prennent le temps d’expliquer ces concepts aux membres de gangs de rues? 

Est-ce qu’il arrive que des citoyens soient interceptés, trop fréquemment, alors qu’ils ne sont pas du tout criminalisés? Oui, bien sûr. 

Est-ce qu’on pourrait mettre en place des mécanismes technologiques qui permettraient d’éviter certaines interpellations multiples non nécessaires? Souhaitons-le, dans une optique de sensibilisation et d’amélioration. 

Est-ce nécessairement du profilage racial à tous les coups? Non, il faut éviter les amalgames. Il faut viser l’équilibre dans les interpellations et mettre dans la balance les avantages et les désavantages. 

Est-ce que certains policiers peuvent faire du profilage? Oui, certains cas ont été révélés. Mais ce n’est pas le cas de l’immense majorité des policiers et policières qui sont professionnels. Rappelons-le, nous sommes dans une société de droit. La présomption d’innocence devrait aussi s’appliquer aux policiers. L’est -elle toujours dans l’espace public? 

Les policiers glissent vers une démobilisation   

Selon des témoignages reçus, tout nous porte à croire que plusieurs policiers, très motivés à prévenir le crime et à arrêter des criminels, lèvent actuellement le pied et en font le minimum possible. 

Ce phénomène connu, aux États-Unis et ailleurs, se nomme « Depolicing ». Quand l’action sera à droite, ils regarderont à gauche pour éviter les ennuis. Cette démobilisation, n’en doutez pas, créera d’autres problématiques sociales à moyen et long terme. 

Sommes-nous conscients que les organisations policières déploient des réels efforts pour embaucher des gens issus de la diversité pour remplacer les policiers qui prendront leur retraite et que d’entretenir ce climat de suspicion empêchera plusieurs bons candidats de postuler? 

Nous constatons l’acharnement sur la place publique, d'une minorité de personnes militantes, qui accapare constamment, l’espace médiatique, en décrétant ou en laissant supposer qu'il y aurait du profilage racial généralisé dans tous les cas où une personne racisée est interceptée. 

Entretenir et nourrir ces préjugés, consciemment ou non, de leur part, nuit à la sécurité et au sentiment de sécurité de la majorité de la population. 

À qui profite cette généralisation ou ce qu'on pourrait appeler ce « profilage policier »? Réponse: seulement aux criminels, qui profitent de ce contexte. On devrait être inquiet comme société. Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais réaliste. 

Sommes-nous prêts à sacrifier plusieurs vies innocentes avant de revenir au bon sens et de laisser les policiers faire leur travail? 

Voulons-nous vivre à notre tour, le « depolicing » comme à Toronto et vivre environ 450 fusillades par année (3)? Souhaitons-nous plus de victimes innocentes? 

Le contexte social fait en sorte que certains policiers hésitent maintenant à intercepter des criminels en prévention du crime, comme ils le faisaient auparavant. Qui veut passer dans le tordeur de l'opinion publique d’une minorité bruyante, comme étant un potentiel profileur racial, alors que la véritable intention est de prévenir un crime, d’obtenir des renseignements criminels ou d'arrêter un criminel recherché? 

De nos jours, des policiers et policières qui ont des comportements racistes sont dénoncés par leurs propres confrères et consœurs qui sont contre toute discrimination. 

Les policiers à Montréal sont de toutes les couleurs et de toutes les origines. Ils sont tous des Québécois de la même race : la race humaine. Pourquoi chercher la division? Pour quel intérêt? 

Solutions   

Les solutions sont multiples : introspectives, communautaires, préventives et répressives. Elles passent par l’introspection, par l’éducation parentale, sociétale et organisationnelle, sur la réalité de l’autre. 

La discrimination et les préjugés existent partout. Le gouvernement s’y attaque avec des actions. Les comportements racistes existent dans toutes les communautés et chez certains policiers. Mais évitons de généraliser ceux-ci. Ils sont le fruit d’une minorité. 

Multiplions les projets permettant aux citoyens de côtoyer les policiers et policières pour mieux connaître leurs réalités mutuelles. Favorisons le mentorat entre les policiers et la jeunesse multiethnique, pour augmenter leur présence dans les organisations policières. Un partenariat intégré bilatéral (2) permettrait d’augmenter la confiance, la transparence et par le fait même, le sentiment de sécurité. 

Rassembler, au lieu de diviser. Travailler ensemble, au lieu de toujours accuser l’autre. 

S'attaquer constamment aux policiers est contre-productif pour la majorité de la population. Ils sont vos frères, vos sœurs, vos amis et sauvent des vies, chaque jour. 

Stéphane Wall, Superviseur SPVM Retraité

Références : 

(1) https://www.journaldemontreal.com/2021/03/15/le-barometre-des-professions-qui-inspirent-le-plus-confiance 

(2) Communautés de pratique en usage judicieux de la force. Sauver des vies de citoyens et policiers, par un maintien des compétences constant et un partenariat intégré bilatéral. Page 33. 11 septembre 2020. Réflexions sur la réalité policière. Livre vert du ministère de la Sécurité publique.

(3) https://torontosun.com/news/local-news/violent-2020-almost-surpasses-last-years-gun-crime-figures

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