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50 ans de carrière à la télé et au cinéma pour Rémy Girard

Photo Jocelyn Michel, byconsulat

Il fait partie de notre paysage culturel depuis tellement longtemps qu’on a tendance à oublier que sa carrière a démarré sur le tard. Rémy Girard avait déjà 35 ans quand il a décroché l’un des rôles principaux du Déclin de l’empire américain, le classique de Denys Arcand qui l’a propulsé au statut de vedette du grand écran. « À partir du Déclin, tout a changé pour moi », confie-t-il. 

Après la sortie du Déclin de l’empire américain, en 1986, les propositions de rôles au cinéma et à télévision ont commencé à se bousculer pour Rémy Girard. Jusque-là, l’acteur avait surtout travaillé au théâtre et dans des émissions jeunesse à Radio-Canada (Minibus, notamment).

« J’ai jamais vraiment joué les jeunes premiers dans ma vie. Je n’avais pas le physique pour ça ! », lance en riant Rémy Girard, dans une longue entrevue accordée au Journal à l’occasion de la sortie du film Le Club Vinland, dans lequel il interprète un frère enseignant.

Avec le recul, Rémy Girard ne regrette pas d’avoir dû attendre de franchir le cap de la mi-trentaine avant de percer au grand écran. Il se félicite plutôt d’avoir ce point en commun avec son idole, l’acteur français Philippe Noiret. 

« Pour lui aussi, c’est à 35 ans que ç’a débloqué », souligne-t-il en rappelant que Noiret avait exactement cet âge-là quand il a joué dans Alexandre le bienheureux, en 1968.

Une leçon de vie

Rémy Girard n’a jamais eu la chance de travailler avec Philippe Noiret. Mais il a tout de même pu passer quelques heures avec lui lors d’un dîner, il y a plusieurs années.

« Il m’avait dit cette chose merveilleuse : “Ça fait combien de temps, Rémy, là, que vous faites ce métier ?” », relate Rémy Girard en empruntant le timbre de voix unique du légendaire acteur français. 

« Je lui avais répondu que ça faisait 25 ans. Il m’avait alors dit : “on doit commencer à vous casser du sucre sur le dos, là ? On doit vous dire qu’on vous a assez vu ? À moi, on me dit que je fais du Philippe Noiret. Ce à quoi je réponds : oui, mais c’est moi qui le fais le mieux !” J’ai souvent repensé à cette remarque dans les années qui ont suivi. Parfois, quand ça allait mal et que j’avais de mauvaises critiques, je repensais à ce que Philippe Noiret m’avait dit ce jour-là. »

Car des commentaires suggérant qu’on le voyait trop au cinéma, Rémy Girard en a entendu des tonnes au fil des années. Les humoristes ont même écrit des blagues sur le sujet. L’acteur ne s’en est jamais offusqué. « J’aimais beaucoup la blague de Peter MacLeod qui disait : comment on appelle ça, un film québécois dans lequel Rémy Girard ne joue pas ? Un flop ! », s’exclame-t-il en riant.

Immense succès populaire et critique, Le déclin de l’empire américain aurait pu servir de tremplin à Rémy Girard pour le lancement d’une carrière internationale. Il a d’ailleurs reçu quelques propositions en France, après la sortie du film dans l’Hexagone. 

« Je pense que pour faire carrière en France, il aurait fallu que j’aille m’installer là-bas, comme l’ont fait Yves Jacques et Marie-Josée Croze, observe Rémy Girard. Ce n’est pas arrivé pour moi. Mais je n’ai pas de regret. Et j’ai beaucoup travaillé au Canada anglais. »

Le triomphe des Invasions

Dix-sept ans après la sortie du Déclin de l’empire américain, Rémy Girard a repris son personnage de Rémy dans une suite, Les Invasions Barbares, qui lui a valu un nouveau concert d’éloges. Il serait même passé à deux doigts de remporter le prestigieux prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes en 2003. L’organisation du festival l’avait même contacté pour s’assurer qu’il serait présent à la remise de prix. 

« Je pense qu’il y a eu un changement de dernière minute dans le vote du jury. Je l’ai appris par la suite. C’est sûr que c’est frustrant », admet-il.

C’est ce même rôle qui lui a permis d’avoir droit à un portrait flatteur dans le New York Times en février 2004. L’équipe de rédaction du prestigieux quotidien avait inclus l’acteur québécois dans leur palmarès des performances cinématographiques les plus marquantes de l’année 2003, aux côtés notamment de Tim Robbins, Charlize Theron et Benicio Del Toro.

« Ça, je ne m’attendais pas à cela, souffle-t-il. Ils m’avaient demandé d’aller à New York pour une séance photo, mais je n’avais aucune idée c’était pour quel genre d’article. Je ne pensais pas que ça serait publié dans le New York Times Magazine dans un dossier sur les dix meilleurs acteurs et actrices de l’année au cinéma. C’était tout un honneur. La photographe m’a envoyé une copie de la photo originale. Je l’ai encore à la maison. »


Le film Le Club Vinland a pris l’affiche hier. 

Rémy Girard en 6 rôles marquants  

Rémy dans Le déclin de l’empire américain et Les Invasions Barbares

Le déclin de l’empire américain

Photo d’archives

Le déclin de l’empire américain

« C’est avec Le déclin que tout a commencé pour moi. Et ça aurait pu ne jamais arriver parce que les producteurs du film voulaient avoir un acteur connu pour le rôle, ce qui n’était pas mon cas à l’époque. J’ai donc dû passer une audition, même si Denys Arcand avait écrit le personnage en pensant à moi. Quand je suis arrivé à l’audition, Arcand m’a demandé si j’étais nerveux. Je lui ai répondu que non, parce que c’était juste une audition. Il s’est choqué et m’a lancé : attends, tu n’as pas encore le rôle là. Tu dois le gagner. Là, j’ai eu un peu peur. Mais je l’ai finalement décroché. »

Steve dans Dans le ventre du dragon

Dans le ventre du dragon

Photo d’archives

Dans le ventre du dragon

« Ce film-là a été une aventure vraiment spéciale. Pendant le tournage, le réalisateur, Yves Simoneau, a décidé de rajouter des scènes avec mon personnage de Steve et celui de Bozo (joué par Michel Côté), deux passeurs de circulaires, parce qu’ils étaient tellement payants à l’écran. Le film est d’ailleurs toujours resté entre deux chaises. C’est un thriller de science-fiction, mais en même temps, c’est un film sur des passeurs de circulaires. »

Léo dans La Florida

« La Florida a été un hit terrible. La fin de semaine où c’est sorti, il y a même un cinéma qui a manqué de popcorn tellement il y avait du monde dans les salles. Ç’a aussi été un tournage assez spécial, parce qu’on est arrivé en Floride deux semaines après l’ouragan Andrew [en août 1992], qui a été très dévastateur. La ville où on tournait était à moitié détruite. Certains techniciens n’avaient plus de maison. Comme c’est souvent le cas après le passage d’un ouragan, on a eu droit à deux semaines de tempêtes tropicales. On a pris deux semaines de retard sur le tournage à cause de cela. »

Stan dans Les Boys

Les Boys

Photo d’archives

Les Boys

« Stan et ses Boys ont tellement marqué les gens. C’est un personnage que j’aime beaucoup. D’abord, c’est un père qui ne s’entend pas toujours bien avec son fils. Mais c’est un homme qui rêve à une sorte d’idéal avec ses Boys. Pour lui, sa ligue de garage, c’est aussi important que la Ligue nationale de hockey. Ce que j’aime dans Les Boys, c’est que ces gars-là n’étaient pas destinés à devenir des amis, parce qu’ils viennent tous de milieux différents. Il y a un médecin, un avocat, un vendeur d’assurances... C’est leur ligue de garage qui les unit. »

Paul dans Les Bougon

Les Bougons

Photo d’archives

Les Bougons

« Je me souviens que quand j’ai lu les premiers épisodes des Bougon, j’ai appelé mon agent en lui disant : je veux ce rôle-là, appelle-les tout de suite pour leur dire. On a eu tellement de fun à faire ça. Et quand on voit le succès que le sketch avec les Bougon a eu au dernier Bye Bye, je me dis qu’ils n’ont peut-être pas encore dit leur dernier mot. »

Tom dans Il pleuvait des oiseaux

« Tom, c’est un autre personnage que j’aime beaucoup. Pendant le tournage du film, je trouvais qu’il y avait une bonne chimie entre Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte et moi. Mais quand j’ai vu le film, j’ai été étonné de voir que mon personnage avait plus d’impact que je pensais. Même l’auteure, Jocelyne Saucier, a dit qu’elle avait été surprise par l’importance du personnage de Tom dans le film, parce qu’il était beaucoup moins présent dans son roman. »

« Je suis choyé »  

film Le club Vinland

Photo Chantal Poirier

La dernière année a été marquée par des anniversaires importants pour Rémy Girard. En plus d’avoir fêté ses 70 ans, l’acteur chouchou du public a célébré ses 50 ans de carrière en 2020. « Ç’a été une grosse année, convient-il. J’ai même reçu récemment ma première dose de vaccin ! » 

En cette année de pandémie où la culture et les artistes ont beaucoup souffert, Rémy Girard s’estime choyé de faire partie de la catégorie des chanceux qui ont pu continuer à travailler. Le populaire acteur ne s’est pas tourné les pouces pendant le confinement. Depuis le milieu de l’été dernier, il a enchaîné les tournages : District 31, Portrait-robot, la série pour ados Les mutants...

« Il y a eu évidemment un ralentissement à l’hiver 2020, quand la pandémie a commencé et que tout a fermé. Mais quand les tournages ont repris, j’ai eu la chance de pouvoir reprendre le travail. »

Le public n’a pas eu le temps de s’ennuyer de lui non plus. Rémy Girard a été présent au petit écran pendant une bonne partie de l’année grâce à ses personnages dans District 31 et Les mutants. On le verra aussi bientôt dans la nouvelle série policière Portrait-robot, qui débarque sur Club illico le 15 avril.

L’acteur est aussi de retour au grand écran ce printemps, dans le nouveau film de Benoit Pilon, Le Club Vinland. Rémy Girard y joue un frère bienveillant qui œuvre dans un collège de garçons de Charlevoix, à la fin des années 1940.

Le Club Vinland

Photo courtoisie, FILMS OPALE

Le Club Vinland

De l’école au théâtre

Le Club Vinland lui a permis de se replonger dans sa jeunesse, puisqu’il a lui-même fait son école secondaire chez les Jésuites. Il garde d’ailleurs de bons souvenirs de cette époque.

« Les frères enseignants étaient des gens très dévoués qui m’ont donné le goût du théâtre », se souvient-il.

« J’étais un élève un peu turbulent alors il y a un des mes profs, Gabriel Riverin, qui s’est dit : tiens, on va le faire travailler un peu, lui (rires). Il m’a donné une façon de canaliser l’énergie que j’avais en me donnant un rôle dans une pièce de théâtre. Ça m’a donné la piqûre, parce que j’ai fait beaucoup de théâtre par la suite à l’école secondaire et à l’Université Laval. » 

« J’étais en droit à l’université, mais je faisais plus de théâtre que de droit ! J’ai finalement quitté la faculté de droit pour entrer au Conservatoire de théâtre du Québec. Mon père était très déçu au début. Mais quand il a vu que je m’inscrivais dans une école de théâtre pour trois ans, il a bien vu que ma démarche était sérieuse. Et quand ça a commencé à bien marcher pour moi, il était fier ! »

Cinquante ans plus tard, on peut présumer que cette fierté paternelle aurait été encore plus grande aujourd’hui. En 50 ans de carrière, Rémy Girard a interprété des dizaines de rôles mémorables, à l’écran et sur scène.

« Je suis choyé, admet Rémy Girard. J’ai eu la chance de jouer des personnages différents, dans plusieurs domaines, tant au théâtre qu’à la télévision ou au cinéma. Juste dans la dernière année, j’ai joué un frère dans un collège de garçons des années 1940, un homme atteint de la maladie d’Alzheimer [dans le film Tu te souviendras de moi, qui sortira plus tard cette année] et un policier un peu malade qui fait ses interrogatoires à coups de batte de baseball [dans la série Portrait-robot]. Ce sont tous des beaux rôles le fun à jouer. »