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Violence conjugale: si nous en avions parlé, nous ne serions pas ici, dit la famille de Rebekah Harry

La famille de Rebekah Love Harry, cette femme décédée sous les poings de son conjoint le 23 mars dernier, s’est réunie, au square Cabot à Montréal samedi, entourée de quelques centaines de manifestants pour commémorer sa mémoire et dénoncer la violence faite aux femmes.

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L’organisateur et ami de la famille, Duraney White, encourage quiconque à discuter des formes de violence conjugale, soit des agressions physiques, verbales et psychologiques.

«La violence conjugale est présente dans nos communautés. Alors, ayez cette conversation, parce que si on l’avait eu il y a quelques semaines, on ne serait pas ici en ce moment», a-t-il dit alors que tous les membres de la famille allumaient des cierges et récitaient des discours honorifiques pour clore la marche au square Dorchester.

Rebekah Love Harry avait 29 ans, elle était maman d’un garçon de 9 ans. Elle aimait le rap et le freestyle, elle allait à l’église et était très aimée et aimante pour ses trois sœurs et un frère, ont-ils témoigné vers 19 h samedi.

Protéger les immigrants contre les féminicides

Les violences conjugales ne sont pas plus nombreuses dans les communautés ethnoculturelles qu’au sein des couples québécois de souches, tient à préciser la directrice générale du Bouclier d’Athéna, Melta Kamateros.

L’organisme que dirige Mme Kamateros s’assure d’informer la population immigrante sur les violences conjugales dans 17 langues.

«Les connaissances ne sont pas au même niveau à cause de la barrière linguistique, explique la directrice générale. Il y a des personnes qui viennent d’ailleurs qui ne sont pas autant sensibiliser que [les personnes qui résident au Québec depuis longtemps].»

Elle rapporte que plusieurs femmes apprennent, pendant leur discussion avec des intervenantes, qu’elles subissaient des violences conjugales.

«Après les sessions de sensibilisation, où l’on informait sur ce qu’étaient les violences conjugales, voilà le cycle de la violence, voici toutes les étapes, voilà le type d’abus, les femmes vivaient une épiphanie», souligne-t-elle.

Selon Mme Kamateros, les violences conjugales sont un enjeu de société qui mérite d’être davantage financé par l’État en investissant dans les ressources d’aide.

Un tabou d’en parler

Muriel Beya milite pour le droit des femmes au Québec depuis plusieurs années. Cette envie de protéger ses consœurs lui provient des souffrances qu’elle a été témoin dans son pays d’origine, le Congo. Les violences faites aux femmes c’est tolérance zéro et il faut que ce soit défini pour le bien de tous, dit-elle.

«Ce serait de sensibiliser le pays d’accueil, mais aussi de sensibiliser ceux qui viennent d’ailleurs en disant qu’il y a plein de ressources. Dans d’autres pays, il n’y en a pas d’aide, mais ici oui», dit-elle en réitérant que l’aide doit autant s’adresser aux hommes qu’aux femmes.

«Dans ma culture noire africaine, on est moins porté à mettre ses problèmes relationnels entre hommes et femmes sur la place publique. Le côté de dénonciation et de revendication il y a moins ça. On va peut-être en parler à une amie, mais ce n’est pas souvent une personne qui a les ressources adéquates», observe-t-elle.

L’immigration est une étape difficile en soi, la femme voue une reconnaissance très grande à son mari, mais va subir les violences par crainte d’être seule, indique Chrislaine Lucien, intervenante dans un organisme communautaire rencontrée lors de la marche.

«Elles ne savent pas prendre l’autobus, ne savent pas comment appliquer à un emploi, dit-elle. Ce sont des personnes vulnérables par le contrôle que leur parrain d’immigration a sur elle et aussi il y a des pressions économiques et religieuses», expose Mme Lucien.