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«Mégantic» : un devoir de mémoire

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Atteindre le juste équilibre entre spectaculaire et empathie, sans devenir voyeur ni tourner le fer dans la plaie : c’est le grand défi d’Alexis Durand Brault, réalisateur de la série «Mégantic», inspirée de la tragédie ferroviaire qui a dévasté la communauté de Lac-Mégantic, dans la nuit du 6 juillet 2013.

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Un devoir de mémoire important : voilà comment les créateurs derrière «Mégantic» (Québecor Contenu et ALSO Productions) définissent la raison d’être du projet, qui arrivera sur Club illico au printemps prochain.

«S’ils ont fait "Tchernobyl", il n’y a pas de raison pour qu’on ne fasse pas "Mégantic". C’est important pour les enfants qui n’ont pas connu cette époque, pour l’histoire, pour les survivants, pour ceux qui sont décédés. Cette histoire mérite qu’on l’inscrive quelque part, que ça devienne une référence», estime Alexis Durand Brault, qui voit l’œuvre comme un hommage à la force et au courage du peuple solidaire de Lac-Mégantic.

«Dans la grande adversité, il y a des gens qui arrivent à faire des choses extraordinaires», signale-t-il, respectueux.

Points de vue divers

À l’origine, le documentariste Jean-François Proteau, natif de Lac-Mégantic, a proposé à ALSO Productions de réaliser un documentaire sur le drame de son patelin. L’idée n’a pas été complètement remisée et verra sans doute le jour sur une autre plateforme, mais s’y est également rapidement juxtaposée celle de relater les faits sous forme de série de fiction.

Aidés de Jean-François Proteau et de deux autres collaboratrices de la région, Karine Blanchette et Stéphanie Girardeau, Alexis Durand-Brault et le scénariste Sylvain Guy («Mafia inc», «Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde», etc), ont été mis en contact avec plusieurs citoyen(ne)s méganticois depuis trois ans.

À partir de leurs discussions avec les victimes, proches des victimes et autres témoins, ont été élaborés les scénarios des huit épisodes de «Mégantic», qui raconteront chacun l’horrible événement (et ses heures d’avant et d’après) d’un point de vue différent. Chaque tranche d’une heure suivra un personnage ou une famille en particulier, et on revivra l’accident chaque fois, selon la perspective donnée. Parfois, on sera au cœur même du train qui déraille; d’autres fois, on en sera très loin. Les différents protagonistes se croiseront constamment d’un épisode à l’autre.

«Sylvain Guy avait envie de faire un truc choral, un chassé-croisé. Chaque épisode est comme un film à part entière, aucun n’est similaire», mentionne Alexis Durand Brault, qui anticipe le plaisir de tourner pareils tableaux, mais également la sensible et délicate responsabilité qui repose sur ses épaules.

«Je ne veux pas décevoir les gens de Mégantic. Je veux rendre justice à ce qu’ils nous ont raconté, ce qu’ils ont été assez gentils pour nous partager. Je sais qu’il faut que j’assure.»

Reconstruire un village

La distribution de «Mégantic» n’est pas encore commencée. Il y aura bien sûr une comédienne pour incarner la mairesse Colette Roy-Laroche, ou son équivalent dans le récit, mais Alexis Durand Brault n’avance aucun nom pour l’instant. La recherche active des acteurs débutera dans deux semaines.

Car ce n’est qu’en août que Durand Brault entamera officiellement son tournage. Quelques scènes seront filmées à Lac-Mégantic même (celles tournant autour de l’église, de l’Observatoire, du lac), mais les lieux de l’accident ayant été rasés par celui-ci, il faut les reconstruire pour les besoins de l’écran. Les équipes de chez MELS, à Montréal, sont donc à pied d’œuvre depuis déjà un bon moment pour faire revivre la petite ville dans ses moindres détails.

«On reconstitue complètement le village en deux étapes, d’abord avec le Musi-Café et la rue devant l’église, avant l’accident. Puis la rue, après, une fois que tout a explosé, résume Alexis Durand Brault. C’est beaucoup de travail. Je me suis engagé à ce que ça ressemble au centre-ville que ces gens ont connu à une certaine époque. Je veux qu’ils revoient leur rue, mais je dois la reconstruire, car elle n’existe plus. Et personne ne va me prêter un train...»

ALSO Productions (qui appartient à Alexis Durand Brault et Sophie Lorain) est aussi derrière trois autres séries actuellement en chantier : «Portrait-robot» (que Club illico dévoilera la semaine prochaine), «Sortez-moi de moi» (à venir bientôt sur Crave) et «Un lien familial» (à voir en août sur ICI Tou.tv Extra).