/news/faitesladifference

Atteint d’un cancer, impossible de se faire vacciner

Messieurs Legault, Dubé et Arruda,  

J'ai été tellement naïf. En mars 2020, ma conjointe, infirmière éducatrice ouvrait avec son équipe les premières unités COVID au CUSM. 

Elle pouvait refuser, car une clause stipulait que « Si vous avez un membre de votre famille pour qui la COVID causerait de graves conséquences, vous pouvez être dispensé de soigner des patients COVID». 

Ma conjointe a à cœur sa vocation : soigner et sauver des vies. Après en avoir discuté en famille avec nos enfants de 10 et 14 ans, elle décidait d’être sur le terrain. Les besoins étaient criants et l’appel à la solidarité me parlait à moi aussi. Même si j’ai un cancer encore loin d’être en rémission et une fibrose pulmonaire idiopathique. 

Mesures très strictes à la maison

À la maison, nous avons alors élaboré un protocole sanitaire très strict : douche, vêtements dans la laveuse, désinfection régulière des poignées de porte et j’en passe. 

Comme tout le monde, j'attendais la venue des fameux vaccins. Je me disais que, quand nous les aurions, ces vaccins, j'allais être vacciné, comme tous ceux qui sont à très grands risques d'en mourir en peu de temps. 

Ma conjointe a travaillé d’arrache-pied, se donnant à la cause avec un dévouement sans borne pour sauver des vies. 

Souvent, elle rentrait à la maison complètement exténuée, physiquement et émotivement. Elle éclatait en sanglots devant le drame qu’elle vivait au quotidien. Vous savez quoi, je ne pouvais même pas la serrer dans mes bras pour la consoler. 

Nous faisions chambre à part, elle mangeait sur une petite table à deux mètres de nous. Plus tard, lorsque les enfants ont été de retour à l'école, c’est moi qui a hérité de la petite table (et encore aujourd'hui). 

Pour leur santé mentale, j’ai choisi l’école pour mes enfants, malgré tous les risques de plus qui s’ajouteraient pour moi. 

Plus de câlins, plus de rires face à face, vous savez, toutes ces petites choses qui rendent heureux. Quand vous disiez « rester dans votre bulle familiale », j’étais en colère. Il y avait des vaccins et j’étais aussi vulnérable qu’une personne de 80 ans. 

« N’allez surtout pas voir vos grands-parents », disiez-vous. Mais, après une journée en classe, mes enfants pouvaient rentrer à la maison, là où leur papa est à risque extrême. 

Vaccin refusé, malgré une recommandation du médecin

Le 3 mars dernier, j’ai fait une crise de zona. Le 5 mars, je consulte mon médecin de famille pour avoir des antiviraux et crèmes contre l’incroyable douleur du zona; attrapé par le stress, la prise de médicaments (15 par jour) et un système immunitaire faible. 

Mon médecin me demanda si j’avais été vacciné. Non, répondis-je. Elle ne comprenait pas comment des gens comme moi avaient été oubliés. Dans un CHSLD, j’aurais été vacciné depuis des mois. Sa secrétaire m’a appelé une heure après ma visite pour me dire que mon médecin avait pris rendez-vous pour moi pour une vaccination le jeudi 18 mars. 

Dès le lendemain, le 6 mars, j’ai reçu un numéro de confirmation du centre de vaccination. 

Le matin du grand jour, en prenant place dans la file d’attente, muni de ma bonbonne d’oxygène, mes émotions étaient à fleur de peau, car dans quelques minutes, après une année à vivre dans l’isolement presque complet, la délivrance. 

J’entre, je donne mon nom, un homme regarde sur sa tablette et me montre qu’il y a un X au bout de mon nom. Je suis refusé. Quoi ? Vous avez 62 ans et on vaccine les 65. Je monte le ton, j’ai la gorge étranglée par l’émotion. Le responsable arrive : « Monsieur, nous vaccinons les 65 ans, vous venez ici prendre la place de quelqu’un d’autre ». Pardon, regardez autour de vous, des gens de 65 ans en pleine forme, je prends la place de qui ? Vous savez comment je vis depuis un an ? J’ai un cancer, une fibrose pulmonaire idiopathique, deux enfants à l’école une conjointe qui travaille avec la COVID ! Mon médecin m’envoie ici en urgence pour un vaccin!» 

« Votre médecin n’a aucunement rien à voir ici, elle ne décide rien, même qu’elle est plutôt idiote de vous avoir inscrit » depuis deux semaines, on vaccine les gens de 60 ans à Montréal, sur la Côte-Nord et même à Laval depuis quelques jours. Je suis en zone rouge à 25 km de Montréal. 

Vous savez quoi, messieurs, je ne veux pas entendre de votre part un « je vous comprends » parce que non, vous ne comprenez pas. 

Dans la logique des urgences, vous avez pris la place de milliers de personnes, comme moi. 

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?