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Débat douloureux sur le droit à l'euthanasie en France

Une «ultime liberté» ou une «transgression»?: les députés français poursuivaient jeudi un débat douloureux et philosophique sur l'ouverture d'un droit à l'euthanasie pour les personnes souffrant d'une pathologie incurable, à l'occasion de l'examen d'une proposition de loi dans un pays qui se déchire régulièrement sur le sujet.

Les Français «sont une immense majorité à être favorable au droit à l'euthanasie», une «ultime liberté» pour «éteindre en paix la lumière de notre existence», a lancé le député d'opposition Olivier Falorni, auteur de la proposition de loi. Visiblement ému, il a été accueilli par un tonnerre d'applaudissements debout, venant de tous les bancs.

Olivier Falorni estime qu'ouvrir le droit à une mort médicalement assistée permettrait de sortir de l'«hypocrisie» de laisser les personnes partir en «exil» en Belgique ou en Suisse pour y avoir recours, ou fermer les yeux sur les «2000 à 4000» euthanasies clandestines qui seraient pratiquées chaque année en France.

Le débat n'a toutefois pratiquement aucune chance d'aboutir faute de temps face à un barrage de milliers d'amendements déposés par les adversaires de la proposition. M. Falorni a fustigé ces milliers d'amendements, visant à «empêcher l'Assemblée de voter» dans le délai imparti, avant minuit.

De son côté, le ministre français de la Santé Olivier Véran s'est déclaré personnellement «pas convaincu qu'il faille ouvrir aujourd'hui ce débat d'envergure», citant notamment le lourd contexte de la pandémie de COVID-19. 

Il a cependant promis une meilleure application de la loi française actuelle, dite Claeys-Leonetti, adoptée en 2016, qui prévoit une sédation profonde et continue pouvant mener à la mort, mais sans euthanasie active.

L'article 1er de la proposition du député Falorni prévoit que «toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, provoquant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable», peut demander une «assistance médicalisée» pour mourir «par une aide active».

En Europe, les pratiques sont très disparates: l'Espagne est devenue en mars le quatrième pays européen à dépénaliser l'euthanasie, après les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. D'autres formes d'aide à la mort existent aussi en Europe, comme l'arrêt des traitements.

D'autres pays comme l'Irlande ou la Pologne y restent, eux, réfractaires.

En France, le sujet divise tous les groupes parlementaires et suscite l'embarras du gouvernement.

Douleurs insoutenables

Le patron des députés du parti présidentiel LREM, Christophe Castaner, a reconnu que son groupe n'avait pas «une position unanime».

Agnès Firmin-Le Bodo (groupe Agir, centre) a plaidé pour la «liberté de choisir notre mort et de l'encadrer», une position reprise par de nombreux élus dans la majorité comme l'opposition.

L'élu communiste Pierre Dharréville a pour sa part laissé pointer son trouble: «qui sommes-nous pour donner la mort? N'est-ce pas une transgression? Quelle humanité voulons-nous être?», s'est-il interrogé.

Les adversaires de la proposition estiment prématuré d'envisager aller plus loin alors que la loi «Claeys-Leonetti» est toujours mal appliquée. Un cinquième des départements français n'ont toujours pas de centre de soins palliatifs.

D'autres sont radicalement hostiles à la mesure pour des principes philosophiques et religieux.

La proposition de loi étant prévue dans le cadre d'une «niche parlementaire» où le débat dure maximum une journée, ce temps réduit ne permettra très certainement pas l'examen des plus de 3000 amendements (dont 2300 émanant d'une poignée de députés Les Républicains (LR, droite) hostiles à cette proposition), risquant à minuit de laisser un débat inachevé et un texte sans vote ni pour ni contre.  

Plusieurs affaires retentissantes sur ce sujet sensible ont déchiré la France. La plus emblématique est celle de Vincent Lambert, un ancien infirmier en état végétatif irréversible depuis un accident de la route en 2008.

Le quadragénaire est décédé le 11 juillet 2019 à la suite à l'arrêt de ses traitements, après une sédation profonde voulue par des médecins et son épouse, mais à laquelle ses parents s'opposaient devant la justice.