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Francisation des immigrants: la grande illusion

Photo d'archives

Une étude récente de l’Office de la langue française du Québec prédit un recul spectaculaire du français chez nous d’ici 15 ans. La question migratoire joue beaucoup dans ce phénomène.

Depuis plusieurs années déjà, l’immigration est présentée comme une solution à des problèmes comme le vieillissement de la population et le soi-disant manque de main-d’œuvre. Comme la majorité des nouveaux venus au Québec ne parlent pas français, des programmes censés les franciser existent depuis plusieurs décennies. Basée sur de fausses prémisses, cette approche nous a menés à l’échec.

Problèmes exagérés

On avance souvent que l’immigration est nécessaire pour rajeunir la population. L’idée est ici qu’il faut maintenir une certaine proportion de gens actifs par rapport aux retraités et aux plus jeunes qui ne travaillent pas.

Cette assertion ne tient toutefois pas compte du fait que les gens vivent sur une plus longue période en bonne santé et qu’ils sont productifs plus longtemps.

De plus, pour baisser de façon significative la moyenne d’âge, faute de pouvoir augmenter la natalité, il faudrait recevoir annuellement des centaines de milliers d’immigrants au lieu de dizaines de milliers comme en ce moment. Une telle avenue est complètement irréaliste.

Par ailleurs, l’arrivée de nouveaux travailleurs n’a aucun impact sur ce que le patronat appelle «le manque de main-d’œuvre». Quand un immigrant débarque ici, en supposant qu’il occupe tout de suite un emploi, il doit se loger, envoyer ses enfants à l’école, trouver un médecin, etc. Son installation crée une demande de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. Pour chaque poste comblé par un immigrant, d’autres doivent s’ouvrir ailleurs.

Outre cette réalité, l’expression «manque de main-d’œuvre» est trompeuse. Elle désigne en fait un faible taux de chômage, lequel a, pour les patrons, le fâcheux inconvénient de les forcer à hausser les salaires des travailleurs, faute de pouvoir recruter.

Il est bien plus avantageux, pour les patrons, d’avoir une main-d’œuvre immigrée meilleur marché. Pourquoi devrait-on s’émouvoir quand le marché de l’emploi favorise les salariés plutôt que les employeurs?

Pour le Québec, le seul avantage de l’immigration consisterait à recevoir une immigration 100% francophone et aussi éduquée. Les immigrants francophones et qualifiés s’intègrent naturellement. Une telle approche aiderait à la sauvegarde du français, mais elle implique de mieux cibler, et donc de réduire les seuils d’immigration.

Malheureusement, ce n’est pas du tout la voie que nous poursuivons. Après une baisse en début de mandat, la CAQ compte revenir à des niveaux d’immigration semblables à ceux des libéraux avant eux.

Par habitant, le Québec, minorité de 2% de francophones en Amérique du Nord, recevait alors presque deux fois et demie plus d’immigrants que la France et presque deux fois plus que les États-Unis.

Payer les immigrants pour parler français

Ce contexte condamne à l’échec nos efforts de francisation. D’abord, des ghettos linguistiques existent déjà dans la région de Montréal, où se concentre la majorité des immigrants. Il est donc relativement facile de travailler en anglais seulement. Et c’est la première nécessité des immigrants, gagner leur vie dans le pays d’accueil.

Ils n’ont évidemment pas beaucoup de temps pour apprendre à parler une langue dont ils n’ont pas absolument besoin. Même si on leur offre 185$ par semaine, comme c’est le cas en ce moment, moins du tiers des immigrants non francophones s’inscrivent à des cours de français dont le taux de réussite est très faible. Quand il faut payer pour que des immigrants veuillent bien apprendre notre langue, et que ça ne fonctionne toujours pas, force est de constater que la francisation est une grande illusion.

Il ressort de tout cela qu’il est absolument nécessaire de baisser l’immigration. Mais poser le bon diagnostic en la matière suppose toutefois qu’on soit prêt à braver la rectitude politique, suivant laquelle baisser l’immigration est un sujet tabou. À l’heure actuelle, seul le Parti québécois a le courage de le faire.

Frédéric Bastien, historien

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