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Amir Attaran: «Go f*** yourself» n’est pas une obscénité, selon l’Université d'Ottawa

Photo d'archives

Un professeur émérite de l’Université d’Ottawa se sent trahi par l’établissement auquel il a donné 32 années de sa vie, après que celui-ci eut refusé de sanctionner le professeur controversé Amir Attaran pour des propos vulgaires tenus à son endroit. 

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Stan Matwin est une sommité en matière d’intelligence artificielle au Canada. Après avoir enseigné à l’Université d’Ottawa, l’homme de 72 ans est aujourd’hui titulaire d’une chaire de recherche du Canada à l’Université Dalhousie.   

Stan Matwin

Photo courtoisie

Stan Matwin

Le 26 mars 2020, il écrit un courriel, d’un ton posé, au professeur Attaran pour critiquer ses commentaires sur la gestion de la pandémie dans un article du Globe and Mail. La réponse plus expéditive d’Amir Attaran, tel que rapporté récemment par La Presse, se terminait par: «with all due respect: go f*** yourself».   

Dans une communication subséquente, M. Attaran fera valoir que le premier courriel était «offensant» parce qu’on l’y accusait d’«ignorer les valeurs de solidarité humaine et d’assistance aux gens dans le besoin».   

Mercredi, la secrétaire générale de l’Université d’Ottawa a répondu à une plainte officielle de M. Matwin en affirmant que les propos de M. Attaran ne contreviennent pas au Règlement sur l'utilisation du courrier électronique de l’établissement. L'Université d’Ottawa n’entend donc pas intervenir.   

Pas obscène?

«Ces courriels ne correspondent pas à une utilisation inacceptable au sens de cette dernière et plus particulièrement aux paragraphes 5.2 k) et n) auxquels vous faites référence dans votre lettre», écrit Annick Bergeron dans sa réponse.   

Les paragraphes en question donnent une liste d’exemples d’«utilisation inacceptable des systèmes de courriel» de l’Université. Le point K fait référence au harcèlement, tandis que le point N concerne «l’obscénité».   

«Comment est-ce qu’ils peuvent dire ça?» s’étonne le professeur Matwin en entrevue, en rappelant le sens très limpide de l’expression «go f*** yourself».   

«La personne a pris quatre semaines pour me répondre qu’il n’y a pas de langage obscène!» ajoute-t-il, cachant difficilement son incrédulité.   

De plus, M. Matwin estimait que l’échange contrevenait clairement au point 6.1 du Règlement, qui prévoit que: «Tous les utilisateurs ont la responsabilité de faire preuve de respect, de professionnalisme et de courtoisie dans leur correspondance électronique». L’Université n’a pas répondu sur ce point.   

Déception

Celui qui a œuvré durant plus de 30 ans pour l’université ottavienne se dit déçu de la réaction de son ancien employeur. «Je me sens comme une piece of trash, quand ils me traitent comme ça», déplore-t-il.   

Ses propos font écho à ceux d’un professeur de mathématiques de l’Université de Montréal, François Lalonde, qui affirmait la semaine dernière ne plus vouloir collaborer avec l’Université d’Ottawa en raison des récentes controverses.   

Rappelons que l’Université d’Ottawa, l’automne dernier, a suspendu la professeure Verushka Lieutenant-Duval pour avoir prononcé le «mot en N» dans un contexte académique.   

L’institution refuse également d’intervenir pour sanctionner Amir Attaran à la suite des nombreuses déclarations où il soutient que le Québec pratique un «lynchage médical», c’est-à-dire la mise à mort de ses minorités, et est dirigé par un gouvernement «suprémaciste blanc».   

Protection des travailleurs

Invité à commenter, M. Attaran souligne que Stan Matwin l’a «attaqué» pour avoir dit, au moment où des travailleurs de la santé canadiens mouraient à cause de la pandémie, que le Canada n’aurait pas dû exporter d’équipement de protection personnelle en Chine au début de la crise.  

«J'ai été offensé par sa suggestion peu intelligente selon laquelle la protection des Canadiens, comme ceux du CHSLD, n'était pas la bonne chose à faire», écrit-il.   

M. Attaran ajoute qu’il est «comique» qu’au plus fort d’une pandémie qui a fait plus de victimes au Québec qu’ailleurs au Canada, «la classe politique et les chroniqueurs du Québec, y compris l'Assemblée nationale et les journaux de Québecor» s’intéressent aux propos d’un professeur ontarien sur le «racisme systémique non reconnu et rétrograde du Québec».   

«Comme c'est pathétique que cela soit devenu la priorité nationale, vraiment», écrit-il.  

L’Université d’Ottawa, elle, a simplement fait savoir qu’elle «n’intervient pas dans les échanges entre professeurs».  

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