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C’est la prison pour un pasteur

Un juge de Laval ne s’est pas gêné pour dénoncer le fléau des agressions sexuelles

Le pasteur montréalais Didier Bitemo Kifoueti est marié et père de trois enfants. Cela ne l’a pas empêché d’agresser sexuellement une fidèle dans une voiture, en 2018, ce qui lui a valu trois mois de prison.

Photo tirée du site Chrétiens en réseau

Le pasteur montréalais Didier Bitemo Kifoueti est marié et père de trois enfants. Cela ne l’a pas empêché d’agresser sexuellement une fidèle dans une voiture, en 2018, ce qui lui a valu trois mois de prison.

Un pasteur qui a commis des attouchements par-dessus les vêtements d’une fidèle s’est fait varloper par un juge, qui a lancé une charge contre ces hommes cherchant à contrôler les femmes, avant de le condamner à trois mois de prison.

« Une agression sexuelle n’est pas une “perte de contrôle”, mais bien une “prise de contrôle” de l’intégrité physique de la victime et l’imposition par la force de la volonté de l’agresseur », a rappelé le juge Serge Cimon en condamnant Didier Bitemo Kifoueti, cette semaine, au palais de justice de Laval.

Bitemo Kifoueti, 49 ans, marié et père de trois enfants, officie à l’église chrétienne de la Nouvelle Alliance, à Montréal. C’est là qu’il a rencontré une fidèle de 21 ans, que cette dernière considérait comme un père spirituel.

Sauf qu’au lieu de la guider dans sa recherche de spiritualité, Bitemo Kifoueti en a plutôt profité pour l’agresser sexuellement dans une voiture, en août 2018. Et ce, malgré les « non » répétés de la femme.

En plus de donner des baisers non consentis, le pasteur a commis des attouchements aux parties intimes de la victime, par-dessus ses vêtements.

Impact psychologique

Or, si le pasteur espérait une peine plus clémente parce qu’il s’agissait surtout d’attouchements, il s’est trompé. 

Citant un arrêt de la Cour suprême datant de l’an passé sur la violence sexuelle contre les enfants, le juge a rappelé qu’il ne devrait pas y avoir de « hiérarchie » de gravité selon le type d’agression, et que l’accent devrait être plutôt mis sur « les formes de préjudice émotionnel et psychologique, plutôt que seulement sur l’intégrité physique ».

« Même sans blessures physiques graves, une agression sexuelle peut laisser des blessures psychologiques importantes pouvant prendre toute une vie pour guérir », a rappelé le magistrat.

Dans le cas de Bitemo Kifoueti, sa victime était rentrée chez elle en pleurant, pour ensuite cesser de fréquenter l’église. Elle a ensuite dû être en arrêt de travail, annuler une session universitaire, en plus de s’isoler et de vivre une dépression.

« Heureusement, elle a trouvé le courage de demander de l’aide auprès d’un psychologue », a noté le juge Cimon.

Absolution demandée

Bitemo Kifoueti espérait toutefois obtenir l’absolution pour son crime, étant donné qu’il se considère comme une « personne-ressource » pour sa communauté, et qu’il s’était mis à genoux devant ses fidèles pour leur demander pardon, après la médiatisation de l’affaire.

Un fléau

Mais pour le magistrat, il fallait punir le crime.

« L’agression sexuelle est un fléau, a-t-il rappelé. Les tribunaux l’ont trop longtemps banalisée. Aujourd’hui, il est reconnu que toutes les formes de violence sexuelle, y compris [celles] faites aux adultes, sont moralement blâmables, parce qu’elles comportent l’exploitation illicite d’une victime par un accusé qui traite celle-ci comme un objet en faisant fi de sa dignité humaine. »

Ainsi, dans le cas de l’homme de foi, l’absolution n’était pas envisageable, même conditionnelle à un don et des travaux communautaires.

« Cela reviendrait à banaliser la gravité de l’infraction et ferait en sorte que les victimes hésitent à sortir publiquement pour dénoncer leur agresseur et à participer au processus criminel », a tranché le juge.

Il a ainsi condamné le coupable à trois mois de prison, suivis d’une probation de deux ans pendant laquelle il devra se tenir loin de la victime.


Didier Bitemo Kifoueti a en plus été inscrit au registre des délinquants sexuels pour 10 ans.