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Nouvelles règles sanitaires: la police aussi trouve ça compliqué

Le port du masque dans les petits groupes rassemblés sur les plaines d’Abraham demeurait marginal, samedi après-midi.

Photo Didier Debusschère

Le port du masque dans les petits groupes rassemblés sur les plaines d’Abraham demeurait marginal, samedi après-midi.

Les nouvelles règles qui encadrent le port du masque durant les activités à l’extérieur donnent des maux de tête aux Québécois confus et aux policiers qui ont de la difficulté à les appliquer. 

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Le Journal s’est rendu dans plusieurs parcs à Québec et à Montréal samedi après-midi. De nombreux groupes de plus de 10 personnes qui ont pratiqué le baseball, le volleyball, le basketball et le yoga ne portaient pas de couvre-visage à l’extérieur. 

«Je pense qu’on a le droit de faire notre yoga [...] même si on est plus que 10 et sans masque. On a tous deux mètres de distance. La police est passée à côté deux fois et elle ne nous a rien dit», explique Chloé Robertson, professeure de yoga, rencontrée au parc Laurier, à Montréal. 

À Montréal, au parc Laurier, il y avait une foule de jeunes et la boisson coulaient à flot, alors qu’ils profitaient de leur dernière soirée avec le couvre-feu à 21h30.

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

À Montréal, au parc Laurier, il y avait une foule de jeunes et la boisson coulaient à flot, alors qu’ils profitaient de leur dernière soirée avec le couvre-feu à 21h30.

CONFUSION ET CONTRADICTIONS 

Pourtant, depuis jeudi, le gouvernement exige le port du masque à tous les groupes d’au moins trois personnes qui font une activité extérieure et qui ne proviennent pas d’une même adresse. 

«Pas de problème, le groupe de yoga respecte la distance. Ils n’ont pas besoin du masque», certifie un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui était sur place. 

Contrairement aux policiers, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) mentionne au Journal que cette activité extérieure va à l’encontre des règles sanitaires. «Oui, ces personnes doivent porter un masque», rétorque Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS. 

Du côté de Québec, Le Journal a constaté que le port du masque était aussi très marginal dans les petits groupes qui se sont rassemblés à l’extérieur.

Photo Didier Debusschère

Des centaines de personnes ont envahi les plaines d’Abraham et le parc historique national Cartier-Brébeuf, samedi. Or, sauf pour quelques-uns d’entre eux, la nouvelle mesure a été ignorée. 

Photo Didier Debusschère

«On suit toutes les mesures à l’intérieur. Là, on est à l’extérieur, il n’y en a pas de propagation. C’est l’une des dernières choses qui nous restent à apprécier et on veut nous l’enlever», affirme Éric, qui pique-niquait avec son chien et quatre de ses amis. 

PAS AU COURANT  

Si la décision de ne pas respecter le port du masque à l’extérieur a été prise en toute connaissance de cause pour certains, nombreux étaient ceux qui n’étaient tout simplement pas au courant. D’autres croyaient qu’il s’agissait d’une mesure seulement «recommandée». 

«On en [a soupé] de l’actualité dernièrement, alors j’ai arrêté d’écouter les points de presse. Je n’avais aucune idée qu’il y avait une nouvelle mesure», a fait savoir Andréanne.

Un groupe de personnes âgées s’est offert une partie tout en portant le masque.

Photo Didier Debusschère

Un groupe de personnes âgées s’est offert une partie tout en portant le masque.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a affirmé qu’il y avait des équipes dédiées uniquement à la surveillance du port du masque dans les parcs au courant de week-end. Toutefois, le corps policier n’a pas l’intention de sévir dès la première offense.

«Les mesures sanitaires sont assez complexes à force d’évoluer qu’il faut informer les gens d’abord. Alors, on a d’abord une approche de sensibilisation», explique le porte-parole du SPVQ, Pierre Poirier.

La même confusion était perceptible au parc Jeanne-Mance à Montréal où une quinzaine de sportifs jouaient au baseball sans masque. 

«On est quand même confus avec les règles. La police est venue cinq fois nous voir, mais on continue. Je pense qu’on n’a pas vraiment le droit de jouer. Disons que ce n’est pas super clair», avoue Justin Devine. 

Le Journal n’a d’ailleurs aperçu aucun policier dans les deux heures où il était sur le terrain samedi après-midi.  

Urgence de clarifier  

Le gouvernement doit rapidement clarifier ses nouvelles directives, affirme Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

«Au bout d’un moment, les gens jettent l’éponge. C’est là le risque des consignes qui ne sont pas claires. Ça peut encourager un lâcher-prise au sein de la population. [...] Il faut se rappeler que le port du couvre-visage à l’extérieur et dans certaines situations nous permet de nous rapprocher du risque zéro», explique Mme Borgès Da Silva. 

«J’espère aussi que les policiers vont opter pour la sensibilisation plutôt que les contraventions par rapport aux gens qui ne respectent pas les règles du masque à l’extérieur, poursuit-elle. Sinon, ça peut créer beaucoup de tensions au sein de la population.»

- Francis Pilon, Le Journal de Montréal  

Des réponses à vos questions  

La confusion règne toujours quant au port du masque à l’extérieur. Voici quelques situations auxquelles vous pourriez être confrontés. 

En faisant une marche avec son/sa conjoint/e?

Non, les personnes qui vivent à la même adresse n’en ont pas besoin en faisant une activité extérieure ensemble.  

En promenant son chien?

L’obligation s’applique seulement aux groupes d’au moins trois personnes qui ne vivent pas toutes à la même adresse

En allant s’asseoir dans un parc avec des amis? 

Si vous êtes à deux mètres de distance, vous pouvez enlever le masque même si vous ne résidez pas tous à la même adresse. En zone rouge, la limite est de huit personnes ; en zone orange, il s’agit de 12.  

En faisant une partie de hockey dans la rue?

Vous devrez porter un masque puisqu’il s’agit d’une activité sportive, et s’il y a plus de deux bulles familiales. Les enfants de moins de 10 ans sont exemptés.

Je vais marcher en forêt avec des membres de ma famille?  

S’il s’agit de membres de votre famille qui vivent sous le même toit, ce n’est pas nécessaire de porter le masque. Il faudra porter un masque seulement s’il s’agit d’un groupe de trois personnes qui proviennent de bulles familiales distinctes.  

Si je discute avec un ami dehors?

Un élément qui porte toujours à confusion avec cette nouvelle mesure est le fait que deux personnes de bulles différentes doivent porter un masque si elles discutent ensemble à l’extérieur à moins de deux mètres. Mais si elles sont en train de faire une activité comme la marche, elles ne sont pas obligées d’en porter un.

- Elsa Iskander, Le Journal de Québec

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