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Future ambulancière en temps de pandémie

Alexe-Sandra Daigneault / AGENCE QMI

Le travail des ambulanciers a énormément gagné en complexité depuis le début de la pandémie l’an dernier et cette complexité accrue n’est pas passée inaperçue chez les étudiants se destinant à la profession.

Noémie Tessier, qui est sur le point de compléter sa formation en soins paramédicaux d’urgence au Cégep John Abbott, à Sainte-Anne-de-Bellevue, peut en témoigner. «Les procédures ont complètement changé, explique-t-elle. Ça a été toute une adaptation, parce qu’après avoir pratiqué les mêmes protocoles pendant trois ans, il a aussi fallu apprendre à se protéger pendant les interventions.»

En plus d’assimiler un maximum de connaissances sur l’anatomie, la gestion du stress et l’intervention d’urgence, l’étudiante de 30 ans a donc dû intégrer les nouvelles normes de nettoyage, de protection vestimentaire et de distanciation physique à sa pratique lors de ses stages.

«Par exemple, s’il y a un risque de COVID, je ne peux plus faire de compressions à un patient en arrêt cardio-respiratoire sans EPI (équipement de protection individuelle) parce que ça peut propager les particules virales. Même si le patient tombe par terre devant moi, je dois sortir de la maison pour mettre les lunettes, la jaquette, le masque et les doubles gants, alors que je voudrais intervenir tout de suite», explique cette mère de deux jeunes enfants.

Face à la détresse

Consciente que les mesures sanitaires lui font perdre de précieuses minutes, Noémie Tessier a ainsi été confrontée à la panique accrue des patients dès ses premières heures de stage.

«À chaque appel, le répartiteur demande si les gens ont été en contact avec la COVID ou s’ils ont des symptômes, mais ils sont en état de stress alors ils ne portent pas toujours attention, souligne-t-elle. J’ai eu des expériences avec des clients qui n’étaient vraiment pas contents que je répète les questions, alors j’ai dû apprendre à être ferme dans mes interventions parce que c’est ma sécurité et celle de ma famille qui est en jeu.»

Par ailleurs, Mme Tessier a rencontré nombre de patients réticents à se rendre à l’hôpital de peur d’attraper la COVID-19, ainsi que des proches surpris de se faire refuser l’accès à l’ambulance. «Il faut gérer beaucoup de gens qui veulent absolument venir avec nous pour accompagner les patients, raconte-t-elle. On doit leur expliquer qu’on n’a pas le droit, et qu’ils vont se faire refuser l’accès à l’hôpital de toute façon.»

Le poids du stress

Alors que l’angoisse des patients et la crainte de la COVID s’ajoutent au stress inhérent à leur pratique, bien des étudiants en soins paramédicaux peinent à terminer leur parcours scolaire.

«À chaque année, il y a des étudiants qui abandonnent quand ils sont confrontés à la réalité du travail sur le terrain, spécifie Noémie Tessier. Avec la situation actuelle, la santé mentale des paramédics est encore plus affectée: non seulement on vit des conditions difficiles avec le confinement, mais on reçoit beaucoup plus d’appels de patients en détresse psychologique, alors il faut composer avec la détresse des gens en plus de la nôtre.»

Noémie Tessier reste toutefois déterminée à réaliser son rêve de devenir ambulancière. «C’est sûr que la situation m’a fait déjà douter de mon parcours, affirme-t-elle, mais rendue là, je pense que ma pire erreur serait de ne pas essayer.»