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Une clinique de naturopathes milite contre la vaccination

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Photo Hugo Duchaine

Une clinique de naturopathes de l’Estrie a envoyé à ses abonnés un courriel les décourageant de recevoir le vaccin contre la COVID-19, alléguant qu’il a « tué des millions de personnes ».

« Mes beaux-parents ne se font plus vacciner à cause de ça [...] C’est inconcevable que des affaires de même soient tolérées », enrage Sylvain, qui souhaite taire son nom de famille. Il n'a pas digéré le courriel que la Clinique de jeûne Pierre Graveline a envoyé à ses proches.

Intitulé « Bulletin spécial urgent », le courriel de la clinique remet en doute la pandémie de la dernière année et qualifie la campagne de vaccination de « fraude scientifique d’envergure ». 

« Nous croyons que c’est notre responsabilité légale et morale de vous informer dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard », peut-on lire dans le message, qui ajoute même que le « sort de l’humanité » est en jeu.

Ses proches étaient déjà craintifs à l’idée de se faire vacciner, selon l'homme qui nous a acheminé le courriel, et le courriel de cette clinique, qu’ils ont l’habitude de fréquenter, les a fait reculer.

Rencontré à la clinique en bordure du lac Brome, le naturopathe Pierre Graveline a refusé de s’expliquer. 

« Je vous demanderais de quitter la propriété », s’est-il buté à répéter, ne niant pas être l’auteur du courriel.

Ce dernier est membre de l’Académie des naturopathes et naturothérapeutes du Canada. 

Propos pas condamnés  

Joint au téléphone, Daniel Loignon, de l’équipe de direction de l’Académie, n’a pas d’emblée condamné les propos dans le courriel, demandant à voir son contenu.

« En tant que Regroupement de thérapeutes, il n’est pas dans nos fonctions d’enseigner ni d’endosser les propos ou opinions de nos membres », a-t-on ensuite répondu par courriel.

« Ce n’est pas une pratique qui est encadrée », souligne Laurence Sauvé-Lévesque, infirmière et conseillère à l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). Sans un ordre professionnel pour protéger le public, il y a peu de recours contre les discours complotistes, fait-elle valoir.

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva invite les gens à rester critiques.

« Pourquoi faire confiance à cette clinique-là ? demande-t-elle. Est-ce que ces personnes-là véhiculent un discours scientifique, crédible ? »

Elle rappelle que la vaccination a par exemple réussi à éradiquer une maladie comme la variole. 

« Ces personnes-là n’ont pas été formées pour évaluer l’effet, les bénéfices ou les risques des vaccins. Ce ne sont pas des experts en santé publique, en médecine, en virologie ou en immunologie », déplore-t-elle.

Le médecin Gaston De Serres de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) s’est dit attristé et même désemparé devant « l’énormité de ce qui est dit » par la Clinique de jeûne Pierre Graveline.

Il a rappelé que les vaccins sont des produits « hyper étudiés ».