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Une retraite au paradis pour Serge Savard

Serge Savard

Photo François-David Rouleau

Il y a pire endroit sur la planète pour se reposer après une glorieuse carrière sur les patinoires. Depuis des années, Serge Savard traverse les hivers dans un véritable paradis. Cinq à six fois par semaine, le «Sénateur» tape sa balle sur l’un des plus beaux parcours de golf de la région. 

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Et à Hilton Head, une petite île où le prestige est omniprésent au sud de la Caroline du Sud, les parcours de golf, tous plus beaux les uns que les autres, sont cordés le long de la route 278. 

Le Journal a profité de son passage à Augusta pour aller à la rencontre de M. Savard dans son repaire hivernal, lundi dernier. Qu’est-ce qu’un petit détour de 215 km et 2 h 30 de route après avoir grugé 1800 km en 18 heures une semaine plus tôt? 

L’homme d’affaires âgé de 75 ans a trouvé son coin de quiétude. Profitant d’une vue imprenable sur l’océan, il savoure la vie. À raison de cinq fois par semaine, il s’élance sur l’un de ses deux magnifiques parcours du club Colleton River. Le Pete Dye Experience et le Nicklaus Experience sont cotés parmi les 100 plus beaux parcours privés des États-Unis. Rien de moins quand on connaît la richesse et la réputation des plus grands clubs au pays de l’Oncle Sam. D’ailleurs, le réputé architecte Pete Dye a fait apposer en 2007 une plaque derrière le tertre du premier trou où il révèle : «C’est le plus beau parcours que j’ai construit». 

Membre depuis près de 30 ans

Le coup d’œil sur l’Atlantique et la rivière Colleton est sublime. Le Sénateur y est membre depuis sa fondation au début des années 1990, construit sur une ancienne plantation. 

«Je viens à Hilton Head depuis mes premières années comme directeur général du Canadien en 1983. J’ai connu l’endroit avec les assises de la Ligue américaine de hockey à l’époque. Après trois ans de location, j’avais acheté un condo sur l’île (Hilton Head). Je l’ai revendu après quelques années en achetant un terrain donnant sur la mer et en bâtissant ensuite la maison, raconte-t-il sereinement. 

«C’est mon fils Serge Junior, qui est un bon golfeur, qui m’a dit de choisir ce club. Plusieurs connaissances m’avaient aussi conseillé de le choisir pour ses deux parcours et la facilité de s’y déplacer. J’hésitais avec le parcours de Long Cove. Je ne regrette surtout pas mon choix.» 

Au fil du temps, M. Savard s’est lié d’amitié avec plusieurs membres. Si bien qu’il est en demande pour titiller la petite balle blanche, a-t-il plaisanté avec un large sourire. Ses amis ont surtout appris à le connaître par sa biographie Serge Savard : Canadien jusqu’au bout, écrite par le journaliste et auteur montréalais Philippe Cantin. Traduite en anglais, il en a fièrement distribué des dizaines de copies à Colleton River. 

Mais plus que tout, l’ex-directeur général du Tricolore durant 13 ans adore sa qualité de vie qui lui permet d’oublier la rigueur de l’hiver québécois. «C’est certain que c’est plus frais que la Floride par ici en janvier ou en février, mais c’est un lieu idéal. C’est une bonne population, c’est sécuritaire et il n’y a pas de trafic. Ce qui n’est pas le cas en Floride», tranche-t-il. 

Reclus avec sa conjointe dans son coin de paradis, M. Savard a navigué tranquillement à travers la pandémie qui a durement touché les États-Unis. Maintenant vacciné, il espère que la vie normale reprendra un jour. 

Retour au Québec

Sa femme et lui prévoient rentrer à leur domicile de la Rive-Sud de Montréal à la fin mai, si la situation pandémique n’est pas catastrophique.

Pourquoi à la fin mai? 

Parmi les raisons énumérées : le début de la belle saison de golf au Québec. 

Celui qui se dit encore actif dans le milieu des affaires même s’il a pris sa retraite est maintenant l’un des copropriétaires du Mirage, à Terrebonne, depuis l’automne. 

Il compare cette acquisition à celle du Château Champlain par son groupe Messier, Savard et Associés au milieu des années 1990. 

«Je crois qu’on pourra offrir un bon rendement avec le Mirage. On a déjà resserré la gestion. On s’attendait à des années un peu plus difficiles au début compte tenu des restrictions pour organiser des événements, mais on est sûr que ce sera une belle saison 2021», explique l’homme d’affaires qui se réjouit de l’engouement pour le golf au Québec. 

Encore une fois, il a répété que le prestigieux club restera un complexe de 36 trous. Pas question de changer le zonage en plein cœur de la zone agricole et de transformer le secteur en quartier immobilier. 

«Je n’aurais jamais mis mon nom sur un projet semblable, assure-t-il pour calmer les anxieux. Dès le début, on a dit que ce n’était pas dans nos plans.»

Chose certaine, c’est qu’en passant d’Hilton Head au Mirage, il n’y a que le paysage qui changera. 

Impressionné par Palmer, peu emballé par Nicklaus  

Où et quand avez-vous appris à jouer au golf? 

Comme gars de l’Abitibi, il n’y avait pas vraiment de club quand j’étais jeune. J’ai commencé à jouer au golf lorsque j’évoluais pour le Canadien junior en 1964. Je m’étais présenté avec Carol Vadnais au club municipal et j’avais loué un sac. Ensuite, j’ai arrêté à la naissance de mes enfants. Quand ils ont été en âge de jouer, je suis revenu sur le terrain avec eux. Depuis ma retraite, le golf occupe mes journées. Au Québec, je suis membre au club de la Vallée du Richelieu depuis 45 ans. Je vais le rester même si je suis maintenant parmi les propriétaires du Mirage.  

Les restrictions de la pandémie auraient-elles pu annuler la transaction dans l’acquisition du Mirage? 

Non, pas du tout. Nous avions étudié le dossier et réalisé une diligence raisonnable. C’était évident qu’avec la situation, on resserrait la gestion. Nous sommes 18 actionnaires dans le projet.

Quel golfeur vous a particulièrement marqué? 

Sans aucun doute Arnold Palmer. Sa simplicité, sa facilité d’approche et son image ont aidé le sport. Il a fait beaucoup pour le golf. Quant à Jack Nicklaus, il ne m’a pas impressionné lorsque je l’ai rencontré. C’était lors d’une activité promotionnelle à l’Île-du-Prince-Édouard alors que j’étais copropriétaire du Rocket dans la LHJMQ. Il n’avait pas été très agréable.

Quel est votre plus doux souvenir du Masters? 

La victoire de Jack Nicklaus en 1986. Il avait gagné à 46 ans alors qu’il était accompagné de son fils. C’était un moment si spécial. J’ajouterais aussi l’incroyable coup de Phil Mickelson entre les arbres au 13e trou en 2010. Sa balle s’était arrêtée à trois pieds du fanion sur la normale 5. Il avait ensuite gagné. J’étais aussi content à la victoire de Mike Weir en 2003, car je suis un gaucher. On se faisait tellement écœurer à l’époque. En moins de 10 ans, deux gauchers avaient gagné quatre fois. Ils nous ont aidés!

Suivez-vous encore les matchs du Canadien à la télévision? 

Oui, je continue à regarder les matchs. Mais parfois, je vais me coucher avant la fin. Il faut aussi savoir décrocher. Il faut dire que les partisans n’ont pas vraiment été gâtés depuis quelques années. Je suis un amateur de hockey et de football.