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Ce Montréalais ramasse des déchets une course à la fois

James Guilbaud a pris goût à la course-nettoyage qui assainit le paysage partout sur son passage.

Photo Louis-Philippe Messier

James Guilbaud a pris goût à la course-nettoyage qui assainit le paysage partout sur son passage.

La ville est jonchée de détritus et les gymnases sont verrouillés ? Un Montréalais en a pris bonne note et s’entraîne dans les rues, un sac à la main, ramassant à la course tous les déchets sur son chemin. Je l’ai accompagné sur l’avenue du Mont-Royal.

Depuis janvier, James Guilbaud assainit ainsi chaque mois une rue, d’un bout à l’autre et des deux côtés. 

« Je découvre des endroits que je n’aurais pas connus autrement », explique ce spécialiste en marketing de 32 ans originaire de Nantes, en France, et immigré au Québec il y a deux ans et demi.

Sur Instagram, avec le mot-clic #1rueparmois, il espère inciter d’autres gens à l’imiter en dépouillant de ses immondices une rue chaque mois. Pas forcément à Montréal. 

« J’ai vécu à New York, où les trottoirs étaient recouverts de vidanges, et dans n’importe quelle ville, voire en bordure de certaines routes de campagne, il y a de quoi remplir son sac », déplore-t-il. 

Les gants de jardinage préviennent d’éventuelles coupures.

Photo Louis-Philippe Messier

Les gants de jardinage préviennent d’éventuelles coupures.

Vrai sport

L’écosport pratiqué par M. Guilbaud s’appelle « plogga », c’est-à-dire ramasser dans la langue des Suédois, qui ont lancé cette mode aux bienfaits incontestables sur la salubrité publique. 

L’athlète a rempli sept sacs de détritus lors des 11 km de la rue Wellington en janvier, en 1 h 27. Le mois suivant, il recueillait un « butin » de 10 sacs sur les 18 km de la rue Saint-Jacques en 1 h 42. 

« D’ici la fin de l’année, je compte faire la rue Notre-Dame lors d’un ultra-marathon solitaire de 70 km en une traite », affirme M. Guilbaud. S’il honore cette promesse ambitieuse, une deuxième chronique Montréal tout-terrain lui sera probablement consacrée.

Entre l’édifice du Journal de Montréal et la montagne, sur environ 6,5 km, James et moi remplissons au moins dix sacs de vidanges que nous vidons dans les poubelles publiques.  

Notre chroniqueur présente fièrement une petite partie de sa récolte de déchets sur l’avenue du Mont-Royal.

Photo Louis-Philippe Messier

Notre chroniqueur présente fièrement une petite partie de sa récolte de déchets sur l’avenue du Mont-Royal.

Au menu : couvre-visages, tasses de Tim Horton (le « déchet numéro un des rues de Montréal », constate James), contenants de McDonald, bouteilles de plastique, bidons d’antigel, fils électriques, jouets brisés, mitaines orphelines, etc.

S’entraîner tout en assainissant le paysage s’avère satisfaisant. Témoins de ce que nous accomplissons sur l’avenue, beaucoup de gens nous applaudissent et nous remercient. 

À force de remplir son sac, on développe la manie de ramasser. L’entrevue terminée, je dois combattre le réflexe qui me porte à vouloir m’emparer du moindre détritus à mes pieds pour le jeter aux vidanges... ce qui n’en finirait jamais ! Quoique, si tout le monde ramassait systématiquement... 

Enjeu

Faudrait-il moins compter sur la Ville et davantage sur les citoyens pour garder les rues propres ? Un candidat à la mairie de Montréal avec qui j’ai discuté récemment le pense.

« Les camions-balayeurs déresponsabilisent les gens qui se disent que, de toute façon, la Ville ramasse », déplore Félix-Antoine Joli-Coeur, qui a fondé le parti Engagement pour Montréal. Il jure d’inscrire la question des rues sales au cœur de la prochaine campagne.