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Patricia Tulasne poursuit Gilbert Rozon pour 1,6 M$

L’échec de l’action collective d’un regroupement de femmes contre Gilbert Rozon n’a pas découragé la comédienne Patricia Tulasne, qui vient de déposer une poursuite civile de 1,6 million $ contre le magnat de l’humour déchu qu’elle accuse de l’avoir violée en 1994.

« Elle demande que justice soit faite, que la vérité de l’agression qu’elle a subie soit démontrée, que les mensonges du défendeur soient exposés, que [Rozon] paie pour les dommages qu’il lui a causés et qu’il soit condamné à des dommages punitifs suffisamment importants pour dénoncer, punir et dissuader son comportement odieux », peut-on lire dans la poursuite civile déposée ce matin au palais de justice de Montréal.

En déposant cette poursuite civile en son nom, Mme Tulasne suit ainsi les conclusions de la Cour d’appel, qui avait rejeté en janvier dernier une action collective des « Courageuses » contre le fondateur de Juste pour rire. Le collectif de femme lui réclamait plus de 10 millions $, sauf que le plus haut tribunal de la province avait statué que la méthode de poursuite n’était pas la bonne.

« Les juges majoritaires [...] ont souligné que d’autres moyens légaux étaient à la disposition des victimes souhaitant le poursuivre », indique le document de cour.

Peur de dénoncer  

Mme Tulasne, qui était en en-tête de l’action collective, a donc déposé sa poursuite civile, elle qui affirme avoir été « brutalement violée » par Rozon en 1994, à la suite d’une représentation de la pièce de théâtre « Le dîner de cons » présentée au festival Juste pour rire.

« La demanderesse était dégoûtée et tremblait de peur », indiquent les avocats dans le document de cour, après avoir décrit en détail le viol allégué.

Et si Mme Tulasne n’en a pas parlé avant 2017, c’est en raison de la peur de s’en prendre à un homme puissant et influent, explique-t-elle dans sa poursuite.

« Elle avait peur de l’opprobre social, qu’on l’accuse d’avoir consenti à l’agression, qu’elle ne soit pas crue, qu’on la traite de séductrice, et que le public la condamne pour oser accuser un homme aussi respecté dans la société québécoise », est-il écrit dans le document de cour.

La comédienne y explique les conséquences du viol qu’elle dit avoir subi, allant de la dépression et de son incapacité à faire confiance aux hommes.

« Elle vivait, et continue encore aujourd’hui à vivre beaucoup de culpabilité, croyant à tort que l’agression devait être de sa faute », indique le document de cour.

Acquitté  

Ce n’est qu’en 2017 que la femme a dénoncé publiquement Rozon, qui a depuis pris sa retraite après avoir vendu ses parts dans Juste pour rire.

Il avait par la suite été accusé de viol, mais il avait été acquitté l’an passé, en raison du doute raisonnable. Entre temps, Rozon a intenté une poursuite en diffamation contre les animatrices Julie Snyder et Pénélope McQuade, qui l’avaient accusé d’être un agresseur sexuel durant une émission de La semaine des 4 Julie, en septembre, à la station de télé Noovo.

Il leur réclame 450 000 $.